‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 61 sur 113 · MASSACRES A TOULOUSE · texte numérisé non relu

MASSACRES A TOULOUSE

Lyon aient pris les armes pour secouer un danger qui déjà les avait menacés, et pré\enir ainsi une (louiination dont ils gardaient un triste souvenir ? Toulouse se trouvait dans la même situation ([ue Lyon; elle était placée comme un oasis catholique au milieu des populations montagnardes et huguenotes de la Languedoc. « Ce fut le dimanche , huictième jour après les massacres de Paris, (jue les catholiques eurent advertisscment de ce (juis'estoit passé. Commandement fut faict à toute personne de dcscelcr ceux de la religion ([u'on savoit estre cachés; au moyen de quoy plusieurs estant descouverts , furent constitués prisonniers. Entre iceux estoient cinq ou six conseillers, hommes doctes et notables , lesquels consoloient les autres. Un samedy matin , avant le soleil levé , on les fit sortir les uns après les autres de ladicte prison, et furent incontinent massacrés, sans avoir aucun loisir de parler ni moins de prier Lieu. Les conseillers furent pendus avec leurs robes longues au grand orme <[ui est eu la cour du palais. Il est bien certain qu'en trois semaines ou un mois, on a faict mourir tant de milliers de personnes, que c'est une horreur de s'en souvenir ; encore que plusieurs de la religion , esbranlés par si cruels traitemcns, abjuroient de jour en jour *. »

*• Massiidcs iulvi-iius cil l.i \illi' il'- Toulouse.» 1572. (Riocliiirc. )

JOIKS POriJ.MKF.S (1572). -IS-i

Ainsi, c'est loujours le peuple. In iiiultiUide ijui ajjit et se lait justiec. L'ceole histori([ue qui a supposé des circulaires iiiipérativcs pour coiuniandcr une tuerie des liujjueuots comprenait bien mal ces temps île haine et de {juerre civile. L'idée des vêpres siciliennes était passée dans la croyance des multitudes ; les cités religieuses et CiUholi(|ues considéraient comme une population étrangère ces fils d'un autre culte et de la campagne; elles couraient s'en délivrer, non j»oint par une conjuration , mais parce qu'elles avaient en mains le droit de la force , le glaive , et qu'elles s'en servaient. Acte de religion et acte de patriotisme se confondaient dans une époque d'émotions pieuses, quand la patrie en deuil apparaissait dans CCS églises dégradées par la ha<"he d'arme des calvinistes. Je ne justifie pas , j'c\pli([uc un temps; car cette histoire est moins un jugement ([ue la révélation des idées et des passirms (|ue la société a laborieusement traversées pour venir juscju'a la tolérance religieuse.

Toutes ces horreurs dans les provinces , tout ce sang verse dans les rues de Paris soulèvent le cœur, et pourtant rii*n de plus populaire et (|ui excita plus d'enthousiasme dans la bourgeoisie et les métiers <jue la Saint-Uarthélemy. Les confréries, les halles étaient ivres de joie, ne se las- .saicnt pas de célébrer la gramie et belle victoire du ca(Iiolici''mc. Pari- était sillonne de longues

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processions. Le jeudi 28 août fut célébré en la cité un jubilé extraordinaire, avec la procession générale, à laquelle le roi assista ; et le 3 septembre autre belle et notable procession à Sainte-Geneviève *. Chaque jour les plus saintes confréries portant bannière s'offraient à l'admiration de la foule : on célébrait en chaire la victoire des vrais chrétiens; plus de trois cents petites brochures furent publiées sous les titres de «grande victoire, merveilleux triomphe contre les hérétiques maudits de Dieu ! » On vendait les images des principaux huguenots tués ou écartelés ; on allait voir à Montfaucon les corps étranglés et dûment pendus ; on chantait noëls et couplets sur la malheureuse conspiration contre Dieu et monseigueurlle roi **. Cette sainte journée devait être à Ijamitis en toute la postérité : on en perpétua la mémoire dans des monumens. Favier , général des monnaies, présenta au roi deux sortes de médailles pour souvenance des massacres. « La médaille populaire contenait la figure du roi Charles IX« séantjcn un trône royal, tenant son (sceptre en

• Regist. de lUolel-de-Ville, X, foL 14, vers.

*' lin certain eatliolique se ^anta^l d'avoir tué de sa main |)lusjde quatre-vingts huguenots pour un jour. 11 mangeaithabitnellcmcnt avec les mains et les bras ensanglantés, disant ■ que ce luy éloit honncrir , p;iree que ce sang étoil sang fl'hérctiqui'N. ■■{/ouiikiI ilc Henri tll. l')/2. )

PASQl'lF.R SIR l.V S. liAKTHÉLEMY (1572). 223

une main et l'épée iiuc eu l'autre, à l'eutour de laquelle est la brauehe de paluie dénolaut la victoire , avec couronne close en son chef, ayant sous les pieds les corps morts de ses rebelles. Le dicton en la légende porte : Virius in rebellas : au revers dicelle sont les armoiries de France avec les deux colonnes et la devise de long-temps prise par le roi, accommodée au fait : Pielas excitavit justitiain.'i^uT les deux colonnes y a deux chapeaux d'olivier signifiant la paix obtenue ])ar la subjugation des rebelles, et auprès, deux branches de lauriers pour triomphe de victoire *.

• L'autre médaille à l'antique contient l'effigie du roi exprimée près du naturel avec ses armes et dictons français : Charles IX , dompteur des rebelles, le 2-i août lo72; au revers de laciuelle est figuré Hercule couvert de la dépouille du lyon , sa massue ferrée en une main et le flambeau ardent en l'autre, par le moyen de quoi il défait l'hvdre à ])lusieurs tètes**. • Des manifestations de joie, des représentations de théâtre durèrent long-temps***; cl ce qui prouve (juelle im-

* l'oyez les deux médailles dans la collection des gravures (fin du règne de Charles IX , Uibliothéque du Roi ).

•• Portefeuille Fontanicu; n"' 324, 32.5 et 326.

*" Déluge des huguenots acer leur tombeau et les nains des chefs el principaux punis à Paris , le tingl-quatricme jour d'août et autres jours ensuicans. 1572, Jean Daillipr. nibl. du roi, recueil de pièces in-8°, cot. L "*'/' , pièce i.

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