PASQUIER SUR LA S.-IJAUTUÉLE.MY
pression de crainte linildeelle avait inspirée aux honnnes modérés, c'est (jue Pasquier , expression du tiers parti, qui consacre une de ses lettres à la mort de M. l'amiral , n'a pas une seule larme , un seul soupir pour les malheureux huguenots égorgés. Dans les crises, les tiers partis s'effacent; ils trendîlent pour eux-mêmes.» Vous souvient-il, écrit Pasquier , que quand l'admirai arriva en ceste ville avec un si grand appareil , je vous dis qu'il eust esté très-heureux s'il fust mort en ce période , se voyant embrassé d'un si favorable accueil. Quand nostre heure est venue , nous ne pouvons l'esviter. Vous savez ce qui lui est depuis advenu et connue le tout s'est passé; grande chose, et qui montre bien qu'il y a un merveilleux et espouvantable jugement de Dieu qui court contre nous, (jue tous les premiers chefs de nos troubles sont décédés de mort violente*.»
Les devins et astrologues tirèrent aussi bon pronostic de la grande journée de la Saint-Barthélémy , à l'occasion « d'une belle estoile qui parut dans le cercle de Mercure; clic estoit lumineuse et brilla plus d'un an et demi, contre l'usage des cstoiles et comètes , (jui jamais ne paroisscnt si long-temps '".n
■ Est. PAhonKR, liv. >, IcUro ii.
'* Exorta est litre siclla in ioncaio Mcnurii, me use
TRAGÉDIE DK f.OLlGW (1572). 227
Mai-i la plus curieuse expression des opinions populaires, celle qui inoiUre à (juel point d'exaltation »'laicnt parvenues les halles, c'est la tragédie de la mort de Coligny*, contenij)orainc, et (jui fut jouée en toutes les villes de France pendant plusieurs années. L'amiral , Monfgonimery, le peuple, Charles IX , le conseil, sont mis en scène; d'Andelot sort des enfers accompagné des Furies : « 0 Satan! ô Calvin! s'écrie l'admirai, ouvre-moi les enfers, où mes frères et toi grillez de divers feuv ; désormais je renonce à toute religion; je quitlerois mesmc celle que l{èz,e annonce; je demande le renversement de la foy; exempt de toute loy, estre roy je désire **; je veux mourir, ou transférer cautement la couronne sur moy.
— Admirai . n)on amy . répond Montgommery, tu sçais que c'est moy qui ay jadis renversé mort Henri II à Paris ; j'espère bien encore tuer le roy et massacrer son frère. »
nov. 1572, lumimosa valdè eral . annum et dimidium fulsit ronira morem tiellarum et cometarum quœ tanto tempore tideri non soient.
"Les acteurs de la (r.it;édie : l'amiral ; — Monlgommery ^
— le peuple ; — le roi ; — le conseil du roi ; — Briqueniault ; — Cavagne , — Mercure ; — Piles ; — d'Andelot ;
— les Furies ; — le délateur ; — le messager.
** 0 Satan !ô Calvin, ouvre -moi les enfers, Oti mes frt^res et toi . urillniit de feux di\rrs, bfspitcz lîlasphemcz m luirlcmeiis horrihifs.
228 TRAGÉDIE DE COLICNY (1572).
Alors le peuple français, indifjné, demande à j^rands cris la tuerie de ce meurtrier endiablé; il appelle les foudres royales contre la gaspardine tète *; le sang espandu de cet excellent duc de Guise le rend craintif et esperdu; « Une femme ne t'a nourry , Chastillon malheureux ; non plus toy , Montgommery; tous deux une louve eshontécavez en un antre testée. 0 Seigneur , vois la pauvre Eglise coupée en mille tronçons , et escoute nos hurlemens piteux qui requièrent vengeance amère ! » Le roi assemble son conseil : « Messieurs leshuguenots me poussent à ma ruine **; ils nuisent à la France , ils mangent mon royaume ; je suis bien afflige; donnez-moi des conseils; dictes-moy si je dois poursuivre la guerre, si je dois donner la paix. — La paix. Sire, la paix; les huguenots viendront à prompte repentance; ils despouilleront leur première arrogance; mariez Madame avec le prince Navarrois , et les rebelles se soumettront. » Le roi donne la paix ; le peuple joyeux la salue : « Nous allons avoir nos terres, nos champs , long repos; nous allons cstre hors de la main mutine des traistres huguenots, et notre bon roy garde la saine foy. Quand Tadmiral est blessé, Montgom-
* D'un lôuge bras darde et les jette Dessus la gaspardine tête.
** 0 moi, prince chctif, ô misérable royl iNon pas pour le respect tant seulement de nioy.
TRAGEDIE DE COLI^,^\ (1Ô72). 229
lueiy lui crie : « C'est le roy, c'est le roy qui le coup ((ue tu as t'a faict donner au bras, hvpocrisant sa mine, il te va visiter ;mais il faut dans un jour nous en desbarrasser et faire nouvelle cour *. — Non ! non ! s'écrie le peuple; l'admirai est un incendiaire; il ne peut rester dans notre ville sans recevoir tels coups. » D'Andelot apparaît sortant des enfers : « Je rostis d'un feu qui ne cognoist la mort ; je languis desehire par de fortes tenailles; si j'ai froid, j'ai la glace pour mechaufrcr; quand j'ai faim, je ne trouve à ma table que serpens ei crapeaux; pour luths et pour chansons j'ai les cris forcenés de ceux qui sont comme moy damnés sans espoir; bien que non moins ([ue moy, le cardinal mon frère et l'apostat Calvin ne font qu'hurler et braire: et ce qui me faschc le plus, c'est que cette moinaille , ces prestres , cardinaux et toute la prestraille que je mesprisois jadis, vivent bien doucement en paradis **. Je m'en vais voir mon frère l'admirai. — 0 d'Andclot mon frère, demande Coligny, où as-tu tant demeuré loing de nous ? — Je sors d'enfer où m'envoya ta guerre; je viens remettre devant tes yeux le dommage que t'a faict le prince des papaux ; le
* C'est le roy , c'est le roy qui le roiip que tu as , Invincible admirai , t'a faict donner au bras.
*' Ces prestres , cardinaux, et toute la prestraille Que tant je mesprisois, que je tuois jadis. Sont morts , et sans douleurs vivent en paradis.