‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 69 sur 113 · LA S.-BAKTIIELEMY EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA S.-BAKTIIELEMY EN ALLEMAGNE

Si , en Espagne et à Rome, les journées d'août j)roduisirent un enthousiasme si général , si profondément senti, l'eflct fut horriblement divers dans tous les pays calvinistes. Les instructions que le conseil avait adressées à M. de Schomberg n'avaient point apaisé les princes , et surtout les penples d'Allemagne. M. de Schomberg écrivait, le 10 octobre , à M. de Limoges :« II faut faire consolider la playe que la mort de l'admirai et l'effusion de sang des huguenots de France ont faicte au cœur des princes , car présentement ou n'aura nulle raison d'eux. C'est au roy à faire cognoistrc , par effet et par un gracieux traitement qu'il jiourra faireaux huguenots, qu'on ne veut exterminer la religion , car Sa Majesté se peut asseurer qu'on ne cache rien ici de ce qui peut mettre desfiancc au cœur des princes à l'encontre de Sa Majesté. Le temps peut-être adoucira les cho.ses , estant la haine de l'Espagnol et la tromperie de ceux de ses complices aussi bien que leur fausseté , tellement cngravée au cœur desdits princes , qu'on ne l'en ôtcra jamais , sinon pa> un cruel dcspit et exécrable désespoir*.»

• Mss. bibliothèque royale de Saint-nermain-des-Prés. Il ajoulo , dans une nuire, dépêche: "J'ai l'aict plusieurs amples reinoniranccs a l'clcclour , où lui mettant devant les yeux comme sans juste occasion et à tort il se forniali- ■iiit ainsi pour rn fairt de Tari»;; mais je n'ay jamais pu

LA S.-BARTIIÉLEMY F.^ EUROPE (1572). 247

Vainement Charles IX avait envoyé des ambassades spéciales, des lettres explicatives, en Suède,

obtenir une seule ligue du responsc , sinon ((u'il m'a tousjours faict dire qu'il ûenicureroit bon ami de Vostrc Majesté , et ([ue vous l'ayant promis une fois il ne s'en desdiroit jamais , luais qu'il ne pouvoit rien chan<;er à ses résolutions, vu et considéré ce qui s'estoit passé en France, et tout ce qui s'y l'aisoit encore continuelieiueut , et aPiii que je cognoisse ce qui le faisoit mouvoir, il me feroit communiquer plusieurs vrais et seurs advis , par lesquels est desmoniré que pareille effusion de sang que celle do Paris s'est faicte au même jour à Orléans et à Rouen , à Lyon et autres endroits de la France, et que jouruelleniont il s'y ooutinue par toutes les bonnes villes de vostre loyaume ; ijuc l'exercice de religion est défendu par toute la France ; le roy de Navarre , le prince de Condé , con- (rnincts d'aller ù la messe; (jne les eufaiis baptisés à la liujneiioie sont rebaptisés de nouveau é la catholitjue ; (jue le mot du guet par toute la France est , ou la messe , ou à la rivière ; par-là il infère que ce qu\ a esté faict contre l'admirai et ses adbérens a esté par préméditation et pour la ruine et extermination de ceux de la religion et de lu rcli,';ion même. Ils m'ont allégué ([uebiues points f[ue je diffère à vous faire entendre de bouche , et purticulièreuient le secours qu'ils disent que Vostre Majesté soit en propos d'envoyer au duc d'Albe. Je n'ay pu les faire desmordre de leur opiniastre opinion ' •

* Despêche du sieur (le Scliombfrg au roy Charles IX, sur ses lU'gocialions avec Pclcctcur de Saxe , le 9 oelubre 1372. — Mss. lie M. Soguicr, n" 1504. Bibli'flh. royale, iK-ji. des Mss., fonds d'' Saint -Gcrmâin-dcs-Prés.

•i48 PVMPIILKTS SUR LA S-BVIITIIKLEAIÏ (1572).

auprès d'Klisabeth , à Genève , dans tous les pays enfin où la Saint-Barthéleniy pouvait produire un dt'plorable effet ; il s'éleva un sentiment d'indignation qui ne s'apaisa point de quelques ;innées. La guerre des pamphlets qu'entendait si bien l'école calviniste fut renouvelée plus violente. Les académies de Genève et d'.\llemagnc lancèrent toute espèce de nuinifeste , et le plus curieux sans doute est celui qui parut sous le nom de Zacharie Furnestcrus. C'était une réponse à la brochure publiée pai" Montluc , évèquede Valence. Montlue, chargé de l'ambassade de Pologne , avait senti l'importance de justifier Charles IX et le duc d'Anjou spécialement au moment de ses prétentions au trône des Jagellons ; et la manière dont il explique la Saint-Barthélémy me paraît digne d'être reproduite : « Messieurs , d'une chose dont je suis bien certain et que j'ai, apprise de gens bien dignes de foi , ces gentilshommes massacrés dernièrement à Paris avaient délibéré de tuer le due de Guise en la maison du roy où il estoit. On dict (jue lescli<'ts gentilshommes ont esté ainsi traités pour avoir conspiré contre le roy ; je n'oserois ni ne voudrois rallirnier; tant il y a qu'en voulant tuer M. de Guise , le roy et les autres princes estoient enveloppés en un merveilleux danger. Mais accordons que ce soit une accusation controuvéc jtar le roy cl par ccuv

JLSTIFICATION DE LA S.-BAUTllKLKHÏ (1572). 24;»

qui l'ont inventée; pour certain il faut confesser que ces gentilshoiunies allèrent trouver le roy par deux ou trois fois et le prièrent d'ordonner proniplenient un chastinient de l'outrage faict à l'admirai. Le roy leur respondit en ternies fort gracieux; toutefois ijt resplicjuèrcnt arroganiraent que pour se venger ils avoient cinquante niillc hommes tout prêts. Le jour suivant on descouvrit la conspiration ; si le duc de Guise n'estoit pas pendu , toutes les Eglises évangcliques dévoient empoigner les armes; de leur costé les catholiques n'eussent jamais souffert que le roy eust chastié le duc de Guise, qui avoit juste douleur de la mort de son père traistreusement occis par Poltrot, lequel estant sur la géhenne , accusa l'admirai de l'avoir induit à cela, Je ne sçaiss'il est vray ou faux. Or le peuple de Paris , lequel fut tousjours fort prompt à esmouvoir séditions en France , s'estant joinct avec des soldats qui ne demandoient qu'à butiner , tuèrent tous ceux qu'ils purent rencontrer. Le roy admonesté par les princes et autres conseillers du danger où estoit l'F.stat sans telle exécution, l'approuva ou du moins en fit sckiblant. Il ordonna à toutes les villes d'observer sonesdict; il ajousta un second esdict au premier , afin de chastier ceux qui y contreviendront: voilà ce ({ue fil ce prince (ju'on apj)ellc ^éron, llérode et Pharaon. Po.son3 le cas que

Page 1