‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 73 sur 113 · NEGOCIATIONS A L'ETRANGER. — LE DUC D'ANJOU, ROI DE POLOGNE · texte numérisé non relu

NEGOCIATIONS A L'ETRANGER. — LE DUC D'ANJOU, ROI DE POLOGNE

(iaiactère des relations au deliors. — Double politique. — Alliances du nord. — Système espa;;nol. — Mémoire de M. (le llorvilliers pour l'union a\ec TEspagne. — Question (le Pologue. — Kégocialion pour le duc d'Anjou. — État de rélection. — Intrigues. — Engagcmens. — l.e duc d'.\njou , roi de Pologne.

lo72 — 11573.

l)tpii!< l:i S;iiiil-l{arlli(''lciny , les relations à l'e.xh'i'iciir avaient été toutes callKilicjiies. Les iiistruc-

MÉHOIUE SrU L'ALLIANCE I Sî'A(i>OLE (1 372). im

lions données à M. de Schombcrg pour justifier les san{jl;uil'\s journées n'avaient eu d'autre but t[ue de ealmer les resscntiniens armés et de maintenir les alliances existantes. 11 était impossible que le eojiscil se méprit sur le caraotère ([ue d(!vaient avoir désormais ses rapports d'intimité au dehors. Deu\ intérêts avaient divisé jusqu'ici l'Kurope depuis la prédication de Luther : le système protestant qui embrassait les puissanees du >'ord ; le système calboliciue et espa<i;nol. Puisque celui-ci avait triomphé dans les dernières violences, on allait subir l'instinct de ses nécessités; ou ne |)fMivail plus se rapprocher ni de l'Allemagne ni d'Klisabelh ; il lallail marcher droit a ralliance espagnole. C'est ce que 31. de Morvilliers développait dans un Mémoire qui fut soumis à la reine Catherine de Médicis : « Les princes d'Allemagne, ont toujours tendu au but de tomenter leur religion en ce royaume , et luy faire preiulre tant de racines qu'il ne fusl au pouvoir des homnu's de l'en extirper, et toutes les démonstrations d'amitié qu'ils oui laictes ont été fondées sur celte intention. Mais en présupposant (jue lesdits princes contractassent avec droite intention d'observer ce qu'ils promettroieut. on sait bien quelle fermeté l'on doit estimer en semblables traités; des occasions surviennent de jour eu jour, lesquelles font naître des diftèrenees entre <'eux qui sont ainsi obligés, et chacun se persuade pouvoir se des-

270 DES Al.LlANCKS DE l,.\ FRANCE (1572).

pni'lir d'un traité quand il l'a eimuyt-. Alors le roy, au lieu de destourner tic soi l'ora^Te dont il doute ,niettroit ses aflaires en plus {5;raiid dang;er, en s'eiiveloppant dans une g^uerre contre l'Espajjne, et se trouvant abandonné ])ar les autres qui l'auroient embarqué. Quant i\ ralliance avec le roi d'Espagne , eonsidérant son naturel et connue il s'est gouverné jus([u'à présent, il no coniniencera pas la guerre : lestât de ses ail'aires est tel qu'ores ([u'il eust pacifié les troubles des Pays- Bas, contenu le prince d'Orange et ses frères, il n'a pas nioins besoin de paix ([ue le roy pour asseurer et afFermir ee qu'il aura faict. Pour ce"* causes, je ne vois pas qu'on doive craindre que le roy d'Espagne commence la guerre. Au regard des discours qu'on fait en Allemagne du mauvais vouloir du roy d'Espagne , je ne crois pas qu'il se faille esniouvoir, estant le plus souvent artifices de ceux qui veulent tousjours nourrir les desliances entre les plus grands princes *. » Ce mémoire était parfaitement logique : l'alliance catboli(jue ne pouvait être qu'espagnole. Cependant se jeter absolument dans les voies de l'Espagne, n'était-ce pas compromettre les intérêts terriloriauv ':' Ea Erance appelait la réunion des Pavs-lîas; elle voulait abaisser la puissance inqiériale par l'agrandissenient des droits et prérogatives électorale!*;

• Ms!,. (luBélhunc, \o\ col. 8821 , loi. IG.

Rvproins wïx: (".k>è\e (1573), 271

ses relations do couiiuerce et de subsides lu ri\\)prochaiLMil rjjaleiiierit de l'AMpieterre; poliliniienieiit eii\isa[jée, ralliaiice de l'Espagne lui était dune antipathique. Cette silvialion créait mille embarras. On nirna^jeail les électeurs allemands, pour <[u'ils n alinienlassenl pas les troubles en France par leurs reitres et lansquenets : Elisabeth était portée à lavoriser un débarquement en jNoruiandie et en Urelajjnc. Les Suisses pouvaient Iburnir quelque mille hommes aux batailles; et l'on faisait courir le bruit dans les nionla;;nes que le roi Charles I\ allait s'enqiarer de (ienèvc, le chef- lieu de la religion huguenote. Lue dépèche de }L de liellicvre, ambassadeur en Sui.sse , adressée au roi le 14 février lo7â, porte : « Sire, nous nous trouvons ici en peine des menées que faiet M. le duc de Savoye , qui sont pour mettre les cantons en troubles et divisions. Il est après à se faire niaistrc de la ville de Genève , et ne » porte respect (jue la ouest son avantage seulement. Le diel sieur duc a scu si bien mener son fai(;t que plus de deux mois après mon arrivée en ces ligues, il a fiiiel croire aux nus et aux autres que vostre dessein étoit d'occuper Genève , et surtout l'avoit si bien inq)rimé aux cerveaux de ceux de Berne et autres prolestans , (ju'ils tcnoient pour certaiji que \ o.strc .Majesté avoit conjuré la ruine de ce pa\s. Ce désespoir les pouvoit exciter de faire chose qui eu5l pu porter un bien grand

272 LIS PR1^CES D'ALLrM.V^.NK (1572—1573).

|)r<^juflice en vos affaires. Sire, j'ai recouvert \c ilouble d'une instruction que niondiel sieur le duc (le iSavoye a envoyée à Berne ; ])arnii ses j)ro])os il leur dict que je les voiilais paistre de bonnes paroles pour tant mieux [)arvcnir au but de Vostre Majesté et entreprise qu'elle avoit sur ladicte ville de Genève *. »

Pour échapper à ces difficultés , le conseil agrandit le système des pensions et des secours secrets envers les princes protestans , la plupart pauvres et sans ressour<es. La France s'engageait à leur paver un subside annuel. M. de Morvilliers s'en plaint encore : « Quant à contracter avec les princes et leur bailler argent sous main , je doute de beaucoup d'inconvéniens, et qu'enfin l'on soit frustre du fruit que l'on en attendra , non sans perte de réputation. On ne pouvoit pas le faire si secrètement avec eux , que ce ne soit incontinent divulgué. Le roy d'Espagne même le sçaura, et lesdicls princes à l'adventure ne le voudroient pas autrement, encore qu'ils vous disent le contraire , car il leur plaist que le roy d'Es- [>agne cognoisse qu'ils sont appuyés et soutenus de Vostre Majesté. Si donc cela vient en évidence, le roy d'Espagne le prendra comme un acte d hostilité d'aider ses suhjccts rel)elles a lui faire la guerre , et se plaituira rjuc ce soit en une cause

* .Mss. Colbei», \o\. inlol. M. R. col. 127.

PUl\(.ES U\f.l.K\)Ar.M . ail.lii>\ (1573). T^'S (iiii ne doit être moins odieuse ;uj roy qu'a

i'.r lai'jje >vslemc de pensions donnait un j)eu de réjrit a Catherine; cHe olait assurée que les électeurs ne remueraient pas ; son ambassadeur avait ordre de se montrer empressé , de n'ollénser aucun d'entre eux : mais pouvait-elle accéder à toutes les solli«itatious de ces princes h u{i;uenots'/ Le landj^ravc de Hesse écrivait à Catherine pour qu'elle reprit en "friK^e les cnfans de Coligny, et (lu'elle leur rendit leurs biens. La reine, sous. 1 inlluenee du parti callndique, rc|)()ndit à M. de Schomberg : • Mon cousin le land{jra\e m'escrit et prie que je fasse tant envers le roy nronsieur mon fils . qu'il veuille reprendre en grâce les enfans du léu admirai; je vous dirai , M. de Schomberg, (jue j'en ai parlé à mondict sieur et fils avec telle atlcclion ijue me sera toujours recrommandé ce que provient de mondict cousin ; mais le roy >uon<iict fils le prie de considérer que les choses sont passées par les lois de son royaume et par le jugement des princes, juges des plus recommandés en probité et intégrité, ducpiel jugement eu faict de telle consétjuencc il ne ])eut faire aucune grâce en faveur de (luchpie jKirsonne (jue ce soit , ni cmpeschcr le cours de la justk-e. \ ous ferei entendre ce que dessus à mondict cousin,

• Mss. (Il- nélhuiii-. >ol. col. 8821. fol. Ifi.

•27i INSTllUaiOiVS SUR ÉLISAHKTU (1572— 157^).

et ferez dextrcmcnt les excuses envers lui de ce ([lie moiulict sieur et fils ne lui peut accortler *. »

Il y avait ainsi des intérêts opposés toujours hostiles : on était Espnj^ïiol de conscience et de dévouement; on sentait qu'on ne pouvait l'être pour les ([ucstions territoriales. Philippe il était rcnnenii politique, et l'allié intime pour les opinions: tant que ces opinions dominèrent les intérêts, l'alliance fut maintenue ; quand elles cédèrent, la France rompit brusquement une situation (contradictoire.

Elisabeth promettait de gfardcr une exacte neutralité; et toutefois elle favorisait sous main l'exjiédition du comte de 3Iontgommery ; de braves matelots avaient été recrutés en Angleterre, et la reine désavouait une tentative qu'elle confondait avec la piraterie; l'expédition parcourut les côtes et jeta de profondes alarmes à la cour. Le roi s'en occupait comme d'un danger ; il écrit lettres sur lettres à M. de Matignon , gouverneur de Normaiulic : ■■ Continuez à me donner advis de ce que deviendra le comte de Montgommery , et quelle route, lui et les vaisseaux qu'il a, prendront et tiendront. M. de 31atignon, advertissezuioi , je vous prie , le mieux qu'il vous sera possible , de ce que deviendra ledict comte de Montgonunery et ses vaisseaux, ayant l'œil si ouvert

• Mss. dcColluTt.lM fol. \<.l. <(.l. IT). iul. 101.

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