LE TRONE DE POI.OWE
•Ml l'cstendne de voslro charge , qu'il n'y puisse lien entreprendre; et aussi qu'il n'y advienne aueune émotion , mais faire en sorte f[ue tout y continue en repos et tranquillité, ne voulant pas aussi qu'il soit aucune chose entreprise par les miens qui puisse préjudicier à la bonne amitié et intelligence entre la royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et moi et nos communs sujets; et au contraire , je veux procéder sévèremenl à rentretenenicnt de nos traités : et si de la part de ladicte royne et de ses sujets, il est contrevenu, je désire en être ad\erli pour en faire la remontrance par mon amb;issadcur qui est auprès d'elle, et après avoir eu réponse de lui, pourvoir ainsi (jue je verrai être à l'aire , et lors vous adverlirai de mon intention *. » Le conseii craignait plus que jamais une rupture avec Klisabelh , qui pou\ail faire une si favorable diversi«m auv assiégés de I..a llocliollc. Les huguenots le .««ivaieut , et ils entretenaient auprès d'elle , ainsi qu'auprès des électeurs, des envovés secrets pour les yiousser a des hostilités plus ou nujins ouvertes contre le parti catholi({ue(]ui dominait jlors. Dans cette complication d'intérêts opposés, Catherine suivait avec j»ersévérance une hante négociation, «jui devait assurer un tronc à son fdsbien-aimé le duc d'\nj(Mi. Je remonte à l'ori-
■ >lss. de Déihune . vol. cot. 8765 , fol. 74.
270 Lt ?iAn r.uvsoski (lôT'i— i,>7:j).
fr'me. La grainle race des Jaj^elloii venait de s'éteindre dans le dernier de ses deseendans, Sigisniond-Augnste : le trône de Pologne , soumis à tous les orages de réleetion , devenait ainsi vaeanl. M. Vulcop , ambassadeur de Franee à Vienne , se hâta d'en donner avis par une dépêche du 17 juillet lo72 *.
Cet événement était prévu depuis près d'une iinnée , et le parti protestant , (jui dirigeait à cette cpoqu€ le conseil ( c'était avant la Saiîit- BarlhéJemy ), cherchant à s'attirer le duc d'Anjou, voulut lui donner une couronne; on le jetait ainsi en dehors du théâtre des intrigues. C'était là un complément au système de politique extérieure contre l'Espagne. La réforme calviniste avait de nonibreuv partisans en Pologne, et l'élection du du(; d'Anjou, favorisée par les huguenots de France , devait y produire le triomphe des opinions réformatrices. Ce système se développait sous l'influence de Coligny. Il fallait le mettre à exécution , et la reine-mère , ambitieuse du grand titre de uière de rois, se chargea elle-même d'engager les négociations. Elle emjjloya dans cet ol»jct, comme son agent secret, un Polonais tout petit nain qui avait fait les délices des fêtes de 40ur. et que le.s dames de la reine s'étaient disputé, tant il était gentil et d'agréables manières.
' Porlcfciiillo Fontanifiii, n"' 327-S2S.
Ml'ÊCUE DU ?i\IN ClUSOSKl (1572— 137;i). '277
Son noiut'lail Crasoski *. Comme les nains des romans de chevalerie , il était fort disert et malin. En (juittant le service de Catherine , il était retourné en Polofjne , et là , dans les banquets dos magnats, il aimait à narrer les belles fêtes et joutes du palais de la reine, les prouesses de la chevalerie à la cour de France. Les Polonais, sympathiques pour toutes les nobles choses , sétaicnl épris pour les princes de la famille des Valois qui présidaient à ces pompes de gentilshommes. Catherine n'hcsita pas à suivre avec la plus \ive sollicitude les rapports du petit nain tant chéri des dames. Lue correspondance s'engagea , et pour en donner une idée, je rapporterai l'une des réponses de Crasoski, toutes écrites en italien et adressées a la reine-uière ; «.Madame, quoique monsignor de Valence , vostre ambassadeur, vous écrive plusieurs choses particulièrement, je prends la hardiesse de vous mander ce petit mot. A notre arrivée en Pologne, nous avons trouvé tout ce royaume a la dévotion de vostre cher fils. Entre toutes les petites diètes , on en a tenu une grande, dans lacjuelle il y avoit la moitié et plus
* Dans la curieuse rollerlioii FniiCanieu il esl |ilii<iie)irs cartons consaiTés aux pièce» de la négociation ponr le (rône de Pologne, f'oycz eot. 324 à 328. — J'oyrz ati'si Acica et Jrniiés inlercenu» en l'élerlion du dur d' Anjou, loi de Pologne. Ms5. de Brienne. vol 94.