CHAPITRE L
RÉGENCE DE CATHEBINE DE MÉDICIS. — ORGANI- SATION DES POLITIQUES ET DES HUGUENOTS.
Acles de la régence. — Circulaires. — Lettre du duc d'.Vlençon et du roi de Navarre. — Convention entre les hu;;upnols et les polili(iues. — .\sscniMéc oalvinisle de Millaud. — Rapports avec les prolestans d'Allemagne. — Articles de la conférence.
Charles IX expirait , et Catherine de Médicis, la lèle toute rcmpHe de son pou\oir, préparait la régenec . rherehait .'^lulout â éviter , par des me-
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sures promptes et complètes, le reiioiivellenient tles tristt's guerres religieuses *. Le lendemain de la mort du roi , Catherine écrivait à tous les gouverneurs de province : « Mou cousin , vous avez ci-devant pu entendre la maladie du feu roy . monsieur mon fils, lequel cognoissant enfin (jue Dieu vouloit l'appeler à soy , a ordonné de sa dernière volonté , ([uant à l'administration des atFaires de ce royaunie , a voulu m'en remettre la charge, attendant le retour du roy de Pologne, monsieur mon lils. Oiielcfue temps après il a rendu lesprit et (|ui(té les misères de cette vie, m'ayant laissé une bien grande et naturelle douleur qui me faict désirer de quitter et remettre toute adaire pour chercher quelc(ue tranquillité de vie; néanmoins, vaincue de l'instante prière qu'il m'a faiete par son dernier proposd'embrasser cet oflice, au bien de ceste <'ouronne. j'ai esté i-ontrainte d'accepter ladicte charge, csjiéraut que Dieu me fera la grâce , assistée de la bonne ■ volonté de mon fils le duc d'Alençoii , et du roy
* f Charles W i-staut mort, MM. les prcvost dts iiiarchaiids el eschevins donnèrent les ordres nécessaires pour la garde, siirelc et tranquillité de la irillo de Paris. « Reg. de l'Hotelde-Ville , X, fol. 140. —Du f.il. 151 au fol. 170 du rci;. X on ne trouve (prordDiinanccs du bureau delà \ ilic , pour la garde , tuition , police et défense d'icelle. Id. du loi. 170 nu fol. 225.
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de Navarre, mon beau -fils, et autres bons serviteurs de cestc couronne , de conduire toute chose eu telle modération que ce désastre n'altérera rien du repos et tran([uillilé de cet Estât, au bien duquel je scais que avez tousjourseu tant de volonté et dévotion qui me faict promettre que vous voudrez bien tousjours continuer, dont je vous prie bien fort : le roy de Pologne, mondit sieur et fils, recognoistra vos mérites et bonne volonté. Vous vous aiderez de la force et auctorité que vous avez en main contre tous ceux qui s'oublieroient à ce point de décliner de l'obéissance à laquelle ils sont tenus, de manière qu'ils soient punis et chastiés, et les bons conservés comme ils méritent *. »
A quelques-uns plus intimement dans sa confiance, Catherine écrivait les détails douloureux sur le trépas de son fils : « La maladie du feu roy, monsieur mon fils, a esté une grosse fièvre continue causée d'une iuflammation de poulmons que l'on estime luy estre proccdée des violens exercices qu'il a fiiict. Kt, ayant esté ouvert après sa mort, l'on a trouvé toutes les autres parties de son corps aussi saines et entières qui se puisse voir en homme bien composé, et est à présupposer que sans les diets exercices violens il estoit pour \i\rc fort longuement**. «Elle adressait des lettres
* Mss. de Béthune , vol. cof. ST.OS , fol. 59. '• Ihiil. \oI. cot. 8765, fol. 94.
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de coiicili:Uioii au in-irici- de Coiulé afin d'obtenir de lui une amiable atlliésion à son pouvoir; cl comme le roi do Navarre et le duc d'Aleneon étaient les noms de jirinees autour desquels se réunissaient les deux partis calviniste et politique, la reine leur imposait loblijyation d'écrire des lettres aux gouverneurs, aiin d'imprimer une jilus forte impulsion à l'autorité de réjyente : < Mon cousin, écrivait Henri , je ne scaurois assez vous exprimer l'extresme rcfjret que je porte de la mort du rov monseigneur ; par la dernière lettre que Icdict seigneur vous a escrite , vous avez j)u voir comme il a remis l'administration et intendance de toutes les affaires de ce rovaume à la royne madame et mère , attendant le retour du roy de Pologne. Je vous prie bien fort de donner tel ordre au dedans de vostre gouvernement, que toutes choses y passent au repos et trancjuillité qu'il est rc(juis; estant asseuré que lailicte royne pour la prudence et longue expérience qu'elle a et pour la dévotion singulière qu'elle porte à ccste couronne, elle sçaura disposer toutes choses au bien et rc[ios public*. »
Les premiers actes de la régence révélaient l'esprit du gouvernement de Catherine ; elle s'était hâtée de ilépuler auprès de son fils en Polo-
' • Lettre riii r<i\ de Navarre el du duo d'Aleneon iui\ gouverueurs. 1574. ' ( Liocliuie.)
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gnc trois de ses plus inlimes confidens pour lui evposer l'état réel de la France , et le presser de s'acheminer vers son trône , car si son absence était longue, elle ne répondait pas que le duc d'Alençon ne tentât (juelque entreprise; elle demandait en mémo temps la confirmation de son titre de régente qu'elle a\ ait obtenu de Charles IX avant sa mort. Des lettres datées de Oacovie rem- }>lissaient les intentions de Catherine , et reconnaissaient son grand pouvoir : « Considérant que nostre sieur et frère dernier décédé (que Dieu absolve) , a confié la régence à la royne , nostre honorée dame et mère, il ne pouvoit faire eslection de personne, ([ui avec plus de zèle et dévotion embrassast ce qui touchoit le bien et conservation de nostre royaume, confirmons et approuvons par ces présentes le pouvoir qui luy a esté octroyé pour la régence, gouvernement et administration du royaume , et tout ce qu'elle a ordonné aura son plein et entier eflect , force et vertu. Et ce pendant notre absence dudict royaume , jusqu'à ce que Dieu permette que nous y puissions estre (ce que nous espérons bientost) ; nous lui donnons plein pouvoir, puissance et auctorilé de commander et ordonner toutes les aflaires comme si nous y estions , tant pour le gouvernement de nos provinces que du faiet de nos guerres, nommer aux bénéfices, faire des despesches et expéditions «[ucllc advi.">era au bien de nostre service ; coui-
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iiiaiuler ;uiv goincriicurs et lieuteiians-géncraux ce (jii'ils auront à faire, les desposer et en mettre tl'autres, onloiiner et ilisposer de toutes nos finances; et faire au demeurant tout ce ([u'elle \erra estre à propos pour le bien et repos de nosdii-ts royaumes et subjeets; priant et requérant nos très-ebers et très-aniés frères, les due d'Alenron et roA de Aavarre , d'assister esdietes adaires , ladiete dame et royne, et luy rendre la mesme obéissance, respect et bonncurs qu'ils feroient à nousmesme*. » MM. de Chiverny et Mareet apportèrent égalenient d'autres lettres par lesquelles Henri III avertissait de son proebain départ pour France; il exhortait la ville de Paris à rester dans le devoir de fidélité**.
Kn vertu de son pouvoir, la reine-mcre cberchait a mettre t{uel([ue ordre au milieu de l'agitation des partis. Sa première ordonnance est relative ù la police des goiis de guerre qui commettaient grandes pillcries, violences et oppres-
* • Lfttrcs liu roy Ircs-rhrestieii Henry , Iroisii-me de ce nom , roy île France et de Pologne , ])or(ant conlirmation , ratirication et aniplialiou dii pouvoir de la royne-mère touchant la rcgence , gouvernement et administration du •■oyaume de France, le 15* jour de juin 1574. •( Brochure.) " — Rcg. du parlement, vol. "2 i'. , fol. Ifi.^. — F'o^Tti^o^ , loni. II , p. 23.
•* Regist. de llInlel-de-Yille. —M»*, de Colberl , \o!. 201, in-fol.. p.2',)8.