MORT UE JOYEUSE (Î
«Depuis long-temps M. de Joyeuse avoit Yilleiuur pour object de sou principal dessein , et pour eu faciliter l'issue , il se campe devant , le dixième de septembre. Le sieur de Desme , capitaine du grande valeur et générosité, se jette, sans hésitei-, dans Villemur avec un bon nombre d'arquebusiers. Tandis que M. de Joyeuse s'estoit avancé pied à pied et avoit dressé une batterie de huict pièces de canon et deux couleuvrines, les plus pratiqués et mieux discourrans sur le faict de la militie , présagèrent qu'un mesme jour metlroit fin au siège de Villemur et à la prospérité de M. de Joyeuse, et que la fortune ( qui jusqu'à présent l'avoit si doucement œillade) ne tardcroit pas à lui faire sentir les effects de sa bizarre inconstance.» En effet, malgré la vaillance du brave Joyeuse , » lequel déployant toute sa sulfisance au mestier de la guerre, montra un haui courage et un bien grand bon sens, » après des assauts réitérés sans aucun succès, les assiégt firent une sortie inopinée et tombèrent à l'imjjrovisto sur les troupes catholiques. Le duc de Joyeuse , voyant son armée dispersée, fit sonner la retraite ;« mais ceste retraite lui fut si mal assurée , que les siens se croyant poursuivis par | l'armée victorieuse , s'enfuirent à l'estourdie ii se précipitèrent dans le Tarn. Le pont qu'il avoit j basti estant coupé, causa la mort de presque | tous ses gens d'armes. » Joyeuse , au désespoir '
ACCROISSE)! OT DU TIERS PARTI (1592). Ifil
ne put survivre à une si triste défaite ; on le vit , se débattant au milieu de deux soldats qui voulaient le retenir , se précipiter dans le fleuve à la face de l'ennemi vainqueur , qui le poursuivait à outrance. «Vers la fin d'octobre, le corps de M. de Joyeuse a esté tiré de l'eau et porté à Yillemur pour y estre enterré; et le Tarn se vit \)endant un long espace tout plein et jonché des testes et des corps de ceux qui a voient eu recours à un élément si maupiteux *. »
Joyeuse, brave compagnon d'armes, qui mourait là de désespoir , se trouvait dans ce pays du Languedoc à peu près en la même situation que Henri de Béarn dans le centre de la France ; il avait à lutter avec les cités ferventes huguenotes de Montauban , Castres , avec les paysans des Cévennes. Sa marche était lente , ses moyens arrêtés. Au reste, tous ces mouvemens militaires étaient encore sans résultats décisifs , et les esprits commençaient à se fatiguer. Quand rien n'indique la fin d'une lutte entre des opinions vivaces, la puissance d'un tiers parti s'accroît et se fortifie. La cause en est sim})le : c'est que lorsqu'on ne voit pas une issue probable dans le triomphe des opinions tranchées , on en recherche une dans le parti des transactions et des sentimens mitoyens La force morale passe là.
* « Le vray et entier discours du siège de Villen\ur, et de la desfaicte de M. de Joyeuse. ■• (Brochure.)