‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 108 sur 202 · OÉMARCHE DB L'ESPAGNE FOUR L'ÉLECTION D'UN ROI · texte numérisé non relu

OÉMARCHE DB L'ESPAGNE FOUR L'ÉLECTION D'UN ROI

Élats de Reims. — Sans résulta(s. — L'Espagne presse pour la con\ocatioii des Etats réguliers. — Mouvement de troupes. — Garnison espagnole et napolitaine à Paris. — Correspondance de Philippe II pour dominer les États. — .Yrrivée des députés. — Corruptions.

La pensée dominante de Philippe II était la convocation des Etats du royaume. Il avait cette conviction profonde que le catholicisme étant la hase de cette société, les députés qu'elle enverrait a la grande assemblée y apporteraient des

dispositions favorables à l'unité d'une couronne posée sur la tète de l'infante et d'un roi type de la pensée religieuse D'ailleurs les sacrifices d'argent étaient tout préparés , pour seconder un si haut intérêt; on en avait déjà beaucoup dépensé pour le soutien de la ligue : ce n'était pas au moment où l'on touchait le but qu'il fallait s'arrêter. Le duc de Mayenne , et surtout le bureau municipal de Paris , ne pressaient pas l'élection d'un roi, événement qui limiterait dans d'étroites bornes le pouvoir qu'ils exerçaient sur les cités liguées. Un simulacre d'Etats avait été réuni à Reims, mais sans résultat, quoique Philippe II y eût délégué le duc de Feria. Les députés arrivaient lentement à Paris ; et pour rehausser leur zèle, le roi d'Espagne leur envoyait une nouvelle lettre gracieuse et continuait les pouvoirs à son ambassadeur. Cette lettre était à peu près dans les mêmes termes que la précédente ; tant Philippe II paraissait préoccupé du vaste objet de la délibération ! « Nos révérends , illustres , magnifiques et bien-aimés ; je désire tant le bien de la chrestienté et en particulier de ce royaume, que voyant de quelle importance est la résolution qu'on traite pour le bon establissement des affaires d'iceluy , je veux que chascun sçache ce qui a esté cy-devant procuré de ma part et quelle assistance j'ay donnée et donne encore à présent. Je ne me suis néanmoins contenté de tout cela ;

j'ai voulu, en outre, deslcguer par devers vous un personnage de telle qualité qu'est le duc de Feria , pour s'y trouver en mon nom , et de ma part faire instance que les Estais ne se dissolvent qu'on n'aye au préalable résolu le point principal des affaires , qui est l'eslection d'un roy ; lequel soit autant catholique que le requiert le temps où nous sommes, à ce que par son moyen le royaume de France soit restitué en son ancien estre et derechef serve d'exemple à la chrestienté. Or , puisque je fais en ceci ce qu'on a vu et qu'on voit, la raison veut que ne laissiez par-delà escouler l'occasion et opportunité, et par ce moyen j'aye le contentement de tout ce que je mérite à l'égard de vostre royaume, en recevant une satisfaction, laciuelle, quoyqu'elle vise purement à vostre bien, j'estimeray néanmoins estre fort grande }>our moy-raesme.Et pour autantj'ay voulu vous admonester tous ensemble, vous qui marchez pour le service de Dieu , de faire voir maintenant et montrer par effect tout ce de quoy vous avez jusqu'à présent faict profession , attendu que ne sçauriez rien faire qui soit plus digne d'une si noble et si digne assemblée , comme plus particulièrement vous dira le duc de Feria auquel je m'en remets *. De Madrid, le 2 janvier. Moi le Roi. »

' 2 janvier 1593. — Lellre du roi Philippe aux ré\érends, illusdes., magnifiques et bien-aiiiiés dcjmlés dus

THILIPPE II AUX ÉTATS (15!)2). Ifi5

Les Etats de Reims n'avaient été qu'un simulacre; on y était seulement convenu d'un point, à savoir : que l'assemblée se tiendrait à Paris , oii quelques députés étaient déjà arrivés. Le duc de Mayenne avait promis cette réunion solennelle ,

Elats-Géiiéiaux de France. Voici le texte eu espagnol: . Muy R<io» iiro.^ Maf°* y bien araados nueslios; desco lanfo cl bien de la ohristiandad y en particolardeesse reyno, que vieudo quanto couviene para lodo el buen asiento ([ue se frata, de tomar en las causas del auuque es noiorio al niundo lo que autes se ha procurado de mi parte y se ha assislido , e assiste para ello no me he contentado . siii en\iar tauibien ahora persona de la qualidad y parles que es el duque de Feria, para que se halle eu mi nombre a iusistir de niy parte en que se no des\(duan los estados , sin la resoluciou que coiivicne y que esta sea de eleccion de un rey tan catholico, romo pide el tiempo para que el reyno de Francia se restituya a su antiqua fe y exemplar (ihristiandad, y pues ago esto Iras lo de mas que se ha \isla y vee, razon sara que ella se poye approvechar délia occasion y que a niy se me pague todo la que meresco a esse reyno eu darraesatisfaccion tan in beneficio vuestro que aunque lo espuramente , la tendre" yo muy grande de ello y por eso os lie querido amonestar a todos juntos que ahora mostreis los que vais has el servitio de dios todo lo que haveis professado hacer por el hasta aqui que sara tan proprio y diguu de un tan grand ayuutamiento, como mas particolarmenie os dira el duque de Feria a qui en me remito. — De !^Iadrid , à 2 de ciiero 1593. Yo el Rey. » — Mss. de Daiuze, vol. in-folio, cot. 9675 Y..

si long-teraps retardée, sous différens prétextes de batailles ou d'un défaut d'argent. Il était en cela secondé par les parlementaires qui poussaient à un arrangement avec Henri IV, lequel aurait évité la bruyante expression d'une assemblée d'États catholiques. Philippe II se croyait joué : voulaiton exploiter son argent sans lui donner satisfaction ? « Don Diego de Ibarra et J. B. Taxis , écrit le roi ; j'ay reçu vos lettres concernant la grande négociation dont il s'agit; j'y retrouve vostre zèle du bien , et vous engage à continuer avec la confiance que je mets en vous *. Il est facile de voir qu'il existe peu d'empressement à assembler les Estats-Généraux. On peut mesrae soupçonner que la conduite tortueuse que l'on tient par rapporta l'eslection de l'infante n'a d'autre but que de s'emparer de nostre argent , de retarder les Estats et d'arriver à leurs fins **. Geste considération

* Archives de Simancas , cot. A57'^^ 25 mars 1592. — 12 août 1592, Philippe écrivait à don Diego de Ibarra, après un succès obtenu par le prince de Béarn : « Il faut prévenir l'effect moral produit par ce succès: empescher la réussite des nesgociations de paix qu'il pourroit faciliter: disposez de 100 mille écus à cet effect : ne mesnagez rien, ni argent» ni peine. »

** Que la plalica de que dan mueslra en lo de la infanfa con los rodéos perdonde la lleoan sen con fin de aprocecharsc del dinero de nra y de alargarlos estados y ir en caminando sus intentos.

doict nous engager à ne pas nous commettre avant que la négociation soit dépouillée de toute incertitude et les Estats-Généraux bien dessinés. Il faut croire que les desputés ecclésiastiques et ceux des bonnes villes, comme on les appelle en France *, et en général tous ceux intéressés à la justice et à la tranquillité, seront plus faciles à gagner et à moins de frais. Il faut s'en servir pour modérer les prétentions de la noblesse qui porte en général fort haut son ambition; de manière à ce que les uns servant de contre-poids aux autres, ou puisse négocier plus aisément avec tous**. On dict encore, etj'ay lieu de le soupçonner, que le duc de Mayenne aspire à la première place de l'Estat; rien ne sçauroit nous convaincre davantage de sa mauvaise foy à l'esgard des droicts de l'infante que les raisons spécieuses dont il colore et ses retards et ses intentions ultérieures, car il est clair qu'il ne peut arriver au throsne sans léser nos intérests, puisqu'il est marié; tandis que ceux qui ne le sont pas, comme son nepveu, par exemple, offrent deux chances de succès pour une; ce que ne présente pas l'oncle. Faictes bien sentir ces rai- I sons aux membres des Estais. Il paroist d'ailleurs que l'oncle et le nepveu ne sont poinct d'accord

* Coino génie llama.

** Y se podra cou los unos haccr contrapeso a losotros y ncqnciar vins rnn lodns.

quanta leurs prétentions res{)ectives; soachez tirer party de ceste division * ; il faut pour cela les maintenir dans des dispositions telles à nostre esgard , que l'un ignorant nos relations avec l'autre , ils en viennent à leur insçu à faire ma volonté **.

» Ayez la plus grande attention dans toute ceste négociation , et de quelque manière qu'elle tourne , de nous faire assurer les villes de Béarn , qui confinent TEspagne. Telle a esté la capitulation convenue avec le cardinal de Bourbon et plus tard avec ceux de la ligue, qui m'oftVirent clairement ces provinces. Or il est juste qu'ayant rempli mes engagemens , ils accomplissent les leurs. Mentionnez t-galement d'autres clauses favorables contenues dans ces capitulations, telles que la navigation et la sûreté des Indes***. »

« Don Diego, ajoule-t-il dans une autre dépêche, vous vous entendrez avec mon neveu

* Y se procure sacar provecJio de eslo.

** Il y avait: In volonté de Sa Majesté. Philippe II l'a efTacé en écrivant en marge : ce mot est inutile ; je crois qu'il ne convient pas de dire de Sa Majesté, il faudra le supprimer {non esta bien derir de Su M'^ romo h rreo , y sera men ester mudarlo). On peut remarquer ici cette locution habituelle de Philippe II: c'est toujours, j<? crois, je pense (ijo creo, conio lo créa).

'" Archives de Simancas , col. A 57*'".

pour la répartition des deux cent mille cscus nécessaires à gagner les voix au moment desEstats; vous devez parce moyen atteindre un bon résultat , c'est-à-dire obtenir de ces gens-là la promesse de vous servir, en leur donnant parole de la reseompense promise un an après l'eflect obtenu *. »

« Juan Baptiste de Taxis ; ce zèle que vous déployez pour mon fils et moy , c'est en faveur de l'infante qu'il faudroit jplustost l'employer; en faveur de l'infante qui seroit un lien entre les deux couronnes; de l'infante dont les droicts sont mieux establis que ceux de tous les autres potentats ou princes. D'aillei^rs , que ceux qui traictent de ceste affaire à Paris ne s'imaginent pas que nous allons nous laisser entraver sans cesse et donner nostre argent pour establir leur cause. Efforcez - vous tousjours à repousser le prince de Béarn ; à remémorer ses anciennes pratiquer, ses esdicts contre l'Eglise et ses chefs ; dictes que c'est là un polnct arresté entre Sa Saincteté et moy **. Cest un malheureux contretemps que ceste nécessité où se trouve le duc de Parme mon neveu d'aller aux eaux de Spa pour réparer sa santé deslabrée , circonstance, comme

* Archives de Slmancas , cot. \57*'■^ Philippe à J. B. Taxis, 30 mai 1592.

'* Ibid., cot. A 57"''', J. B. Taxis, 12 août 1592. VI. lo

je l'ay dict, bien triste, et par le vuide que va laisser sa place vacante, et par la rapidité avec laquelle les ennemis vont en profiter sans doute. Il ne faut cependant poinct fléchir devant cet irréparable accident; il faut soutenir et nostre resputation et celle des bons catholiques, et entraver par tous les moyens en vostre pouvoir, les projets et entreprises des hérétiques *. C'est avec une confiance d'autant pluj grande que je vous adresse ces instructions , que vostre zèle et vostre intelligence *" peuvent seuls nous soutenir, au moment oîi mon nepveu vient de nous faire faucte.

« Il ne faut pas perdre de vue les négociations *** continuelles du prince de Béarn pour la paix. Remarquez bien que ses succès derniers ont pu luy en faciliter les voyes. Cependant je crois qu'en mettant tous vos soins à faire persévérer les catholiques dans eeste route de salut, comme il leur importe, vous parviendrez à les destourner d'une affaire de dupes. Après cela, pour donner des encouragemens au duc de Mayenne , pour ne pas luy laisser penser que je ft\is desfaut en présence des besoins de nostre

Emharazar lo que se pueda los intenios de los hereses per los medios que mejor pudieres.

** Vostra sahidaria.

**' Platicas.

saiiicte cause; enfin pour imprimer de la chaleur aux paroles *, faictes distribuer la somme de cent mille escus , notamment au profit dudict due. Préparez-en la distribution de manière que tous ces gens-là ne soient pas tousjours à attendre de l'argent de cet endroict où tousjours on en donne **. Je félicite le duc de Guise de la noble persévérance qu'il monstre ; je ne sçaurois mieux la recognoistre qu'en vous donnant l'ordre de faire compter de ma part cinq mille escus par mois à celuy qui si jeune a sçu se monstrer si ferme en toute circonstance ***. »

Pour seconder le mouvement politique des Etats , Philippe II promit aussi des secours d'hommes. Des régiraens espagnols et napolitains durent occuper Paris , que la gentilhommerie de Navarre menaçait à chaque moment. Les bourgeois étaient fatigués; les seize quarteniers, le bureau de ville même appelaient une aide de troupes régulières pour défendre leurs hautes murailles. On avait fait beaucoup d'efforts ; pourrait-on les renouveler- encore ? Les quarteniers partageaient les sentimens de Plàlippe II sur la nécessité de tenir les Etats-Généraux afin d'élire

Para dar calor a las joalahras.

** Donde tanto se ha dado.

"* Par conservarse fal en todo caso. Tous ces mois sont iijoulés de la propre main du roi d'Espagne.

172 LES QUARTEiNIKUS A PHILIPPE 11(1592).

un roi ; et pour favoriser les prétentions de l'Espagne n'était-il pas nécessaire d'avoir quelques régimens h la dévotion des bons partisans de madame l'infante? Telle était l'opinion des halles, des confréries, des métiers; tous avaient salué l'intervention de l'Espagne. Quand le duc de Parme avait marché .sur Rouen , n'avait-on j)as fait prières et processions à Sainte-Geneviève *? n'avait-on pas porté le rel'quaire du glorieux martyr Saint- Denis ** ; et en Notre-Dame n'y

' t M. de Neuilly, colonel ; nous avons advisé faire prières à Dieu , et processions le jour de jeudi prochain au matin . partis de l'hostel de cette ville et aller à Saincle-Geneviève, afin qu'il plaise à la bonté divine assister nos chefs d'armées pour la prompte deslivrance de Rouen, vous priant a ceste cause de nous venir trouver à liuict heures du matin au plus tard avec les capitaines et lieutenans de vostre quartier , pour nous accompagner eu ceste procession. » 10 février 1592. — Pareil mandement aux autres colonels, quarteniers , dixainiers et conseillers de ville. — Registre de rHôlel-de-Ville , Xlll , fol. 284, vers.

** • M. le Lièvres : ayant eu advis que les armées estoient sur le point de se joindre pour le secours de Rouen , nous avons désiré conjoindre avec leurs forces les prières d'na chascun , et à ceste fin résolu faire demain une procession sortant de l'église paroissiale de Sainct-Jehan pour aller tu l'église de Sainct-Denis-du-Pas et de la Chartre, en laquelk procession sera porté le reliquaire du chef dudict glovionx martyr sainct Denis; vous priant nous y accompagner a\i-';

LES QUARTEMERS A PIIIUPPE: II (1592). 173

avait-il pas stations et a-tions de grârc pour les bonnes victoires des Espaonols, et la délivrance de Rouen , la cité confédérée * ?

« Sire , écrivaient les seize quarteniers au roi d'Espagne; le repos de la France consiste à avoir proinptement un roy , lequel, avant tout, soit agréable à Sa Majesté catholique , et tellement lié avec elle que il se puisse dire une mcsnie chose. Si la maison de Bourbon ne s'en fust esloignée par l'hérésie et l'assistance favorable qu'elle a faict et faict journellement à l'hérétique, pour abolir et ruiner du tout la religion catholique , c'estoit un assuré et prompt remède de repos. Iceux exclus, faut regarder les princes qui ont droit sur ceste couronne, laquelle, attendu ce que dessus, est dévolue au droit d'eslection:

MM. les capitaines, lieutenans et enseignes de vostie colonelle. » 21 avril 1592. —Registre de l'Hôtel-de Ville, XllI, fol. 310, vers.

'« Monsieur de Santeui] , colonel : ayant plu à Dieu par sa bonté deslivrer la ville de Rouen du siège, duquel de long-temps estoit environnée et pressée par les ennemis , nous avons estimé qu'il estoit de nostre devoir de luv en rendre grâces, ainsi qu'avons advisé faire cejourd'Juiy , incontinent après vespres en l'église Nostre-Dame; vous priant de vous rendre en l'hostel de cetle ville à trois heures après raidy pour nous accompagner en ladicte action de grâces. » 28" avril 1592 — Registre de rilôtel-de-Vilie, XIIT , fol. 31 1 , vers.

lo.

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