‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 133 sur 202 · PLAINTES DU DUC DE IIAÏENNE · texte numérisé non relu

PLAINTES DU DUC DE IIAÏENNE

sur tant d'assurances que l'on ni'avoit données que nous serions , sur l'occasion de l'assemblée des Estais , assistés des forces et moyens que nous j)Ouvons désirer, pour faire en peu de temps de jjrands progrès , j'en avois conçu des espérances si certaines que je puis dire n'avoir séjourné à Paris qu'en l'attente de leurs eflects. Il faut (jue j'advoue que je uie suis trouvé bien esloigné et desçu de ce que l'on m'avoit promis , quand j'ay vu le duc de Feria et Taxis ; tant plus en l'espace de quinze jours , je les ay pressés de s'ouvrir à moy de ce que leur raaistre vouloit et pouvoit faire pour nous ayder à sortir des misères, tant moins en ay-je pu avoir de lumières ; je erains bien fort que leur dessein et leur pouvoir ne respondeat aucunement au besoin ny à la nécessité de nos allai res. Je vous ay touché le faict d'argent; ils n'ont voulu fournir plus de dix-huict mille escus par mois pour toutes choses; jugez si cela a esté suffisant pour payer et entretenir les forces et donner quelques moyens à mes amis. Maintenant vous parleraije de l'armée ^ Quel grand effort pouvons - nous entreprendre avec environ quatre mille hommes de pied et cinq à six cents chevaux qui encore diminuent tous les jours et seront resduicts à néant ou à un fort petit nombre avant que nous commencions d'attaquer quelque chose ? Quant aux forces de Sa Saincteté , il n'y a pas plus do

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mille hommes. J'ny prié le légat de faire une despesche à Sa Saineteté pour luy faire trouver bon qu'au lieu de ee qui manque du nondîre d'hommes promis, l'on fis! iey une levée de douze cents François pour les compléter. Ce secours par ce moyen seroit de plus grande cou- i sidération ; il vous sera facile , à mon advis , . de la porter à cestc résolution , car la despense n'en sera pas plus grande. » ,

Le duc de Mayenne voyait avec répugnance ' l'élection de l'infante, parce que, déjà marié luimême, il ne pouvait partager la couronne avec elle ; il écrivait bien au roi d'Espagne qu'il le seconderait efllicacement , car là était la source des bons doublons et des subsides; mais dans l'intimité, le duc de Mayenne travaillait pour lui-même, i Il ne peut le dissimuler dans des instructions pré- 1 parées pourRosne, qu'il allait envoyer auprès du pape. Ces instructions pouvaient ainsi se résumer : « Créer des difficultés pour toute autre eslection que la rnienne ; et si cette dernière est accordée, promettre à Sa Majesté Catholique la cession de la Provence et une autre province de France à sa convenance , en laissant entendre pourtant que ce sera la Picardie; céder encore Blavet en Bretagne à Sa 3Iajesté, à la condition qu'elle s'obligera à secourir cette province quand besoin sera; de plus les places d'Ardes, Calais, Bologne et Chatelet, lesquelles quatre sont en ce

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moment au pouvoir des ennemis. Accorder dans Rome la préséance à l'ambassadeur de Sa Majesté Catholique, ainsi que cela a eu lieu jusqu'à ce jour, sur l'ambassadeur francois. Avec cela. Sa Majesté fournira un secours de douze mille hommes d'infanterie et deux mille chevaux , tous payés par elle ; dans les douze mille fantassins, six mille seront auxiliaires et les six autres au service et serment de France ; Sa Saincteté fournira en outre l'argent pour le payement de quatre mille Suisses dans le même but. On donnera à M. de Guise à sa satisfaction la province de Guyenne , comme luy demande la Bourgogne et la Champagne en simple suzeraineté pour son frère. Si on ne peut s'accorder sur cette eslection ainsi présentée, il faudra se tourner vers les propositions faictes à l'égard de l'infante et de M. de Guise ; mais alors on exigera six cent mille écus comptans ou bien assurés , et tous les autres articles dont il a été question en cette hypothèse. Le sainct-père seroit la caution de ce mariage * et le garant de ces bénéfices promis. Alors il faudra demander trois mille onces d'or pour que le duc puisse dégager la Bourgogne de ceste somme , et aussitôt après ces conditions remplies, l'armée entrera, et aura lieu l'eslection de l'Infante avec le duc de Guise **. »

Séria fidor S. S. dcl cafta iiiicnlo.

** Archives de Simaiicasjcot. B 78"'.

222 mTlUGUES POUR LA COURONNE (1593).

Toutes ces intrigues petites, étroites, ces vues intéressées qui retentissaient dans le public, ce morcellement du territoire, avançaient les afiaires de Henri le Béarnais. Tandis que ses compétiteurs se partageaient la France , se disputant un sceptre en mille pièces , le roi de Navarre actif, habile surtout, attirait à lui toutes les convictions incertaines, multipliant à tous les promesses, conquérant les villes une à une, en achetant d'autres })ar de l'argent et des dignités. Henri était en rapport avec tous, n'avait de répugnance pour personne , alors que les opinions extrêmes préféraient s'exposer à une ruine complète plutôt que de céder sur un point de discipline ou de doctrine religieuse. Une dépêche de l'envoyé de Savoie donne une juste idée de ces mouvemens des partis et du caractère des personnages dans cette vaste scène d'intrigues qui se croisent et se neutralisent.

« Ce seroit chose trop longue de discourir de toutes les humeurs des parties intéressées aux affaires de la France, dit l'envoyé; pour ce, je traicteray seulement des princes les plus nécessaires. Le Kavarrois de religion calviniste, si aucune y en a, a grand désir de se maintenir par les calvinistes en opinion de grand observateur de religion ; toutefois il a eschappé souvent, et croit toutes choses d'une autre façon. Pour l'intérest il ne changera pas de religion , et s'il le faict , il

l.'AMBA.SS\D. DE SWOIK SUR LA COUU (1503). 'i'iJ

sera d'accord avec les siens , et feindra. II est courageux et soldat, niais sans discipline militai re , plutôt comme chef de soudards et bannis que comme général d'une armée. Il est libéial, agréable, un peu moqueur et gausseur; faict profession de bon François , grand amateur de la noblesse ; et encore qu'il monstre d'oublier les injures, mais en effect il en a bien souvenance. Il est adonné surtout au plaisir de la chair; mais cela ne l'affectionne pas , et trouve moyen de le conjoindre avec les armes. — Mayenne est tenu pour un soldat à l'espagnole, non pas à la françoise ; il e.st posé et calme, sansarrest et exécution. En cela il n'est pas Espagnol. Il est très-grand ennemy de la peine et des nécessités, et de son naturel très-induict au repos et à ses plaisirs. — Conty, le premier de la maison de Bourbon après le Navarrois, est quasy inhabile , sourd , mal parlant et demy fol. — Le cardinal de Vendosme , îi présent de Bourbon , est tenu pour pire que le Navarrois, encore plus avec l'instruction de Bellesano son maistre et du cardinal de Lenoncourt, homme au jugement de tous tenu pour athéiste. — Le comte de Soi.ssons est dict un très-gracieux et a.ssez religieux prince, mais pauvre et malcontent. — De Guise, je ne scay qu'en dire, parce que je suis ignorant. — De Nemours. Vostre Altesse le cognoist mieux que moy. Je diray seulement de luy qu'il faict profession de grands sen-

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