LE DUC DE FERIV SUR MAYENNE
river jusqu'à lui et de le faire changer d'avis ? L'F.spagiie n'avait-elle pas en ses ressources un mobile pour le rattacher à ses opinions , afin de proclamer les droits de l'Infante? Ce mobile fut trouvé : « Le duc de Mayenne vient d'appeler J. B. Taxis et Diego de Ibarra ( se hâte d'écrire le duc de Feria ), et leur a dict qu'il accepteroit volontiers l'eslection de la Sérénissime Infante avec un prince françois, et qu'aussitosl on pourroit en arrester les conditions; quanta luy, il uc pouvoit rendre obéissance et soumission que lorsque ladicte Infante sera entrée dans le royaume, mariée avec ce prince françois, et luy, entretenu dans sa charge de lieutenant-général , comme il est à présent. Ledict duc de Mayenne nous fit part du désir qu'il avoit d'une entrevue avec nous chez le légat. J'y suis allé accompagné des principaux ministres de Vostre Majesté , et là , en présence des cardinaux, des princes et ambassadeurs, des ducs de Lorraine et de Mercœur, il se resjouit beaucoup de l'honneur que Vostre Majesté faisoit à la maison de Lorraine en choisissant dans son sein l'époux de la Sérénissime Infante ; et les ducs qui estoient présens, le cardinal de Sens et les ambassadeurs des princes absens dirent tous qu'ils acceploient la proposition faicte par Vostre Majesté de donner l'Infonte à un prince françois; cependant il estoit nécessaire de garder le secret. Tous ont juré de l'observer d'une manière invio-
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l.ible , et pour ceste raison la response ne sera pas donnée par les Estats; on retardera la décision jusqu'à l'arrivée du premier des deux envoyés extraordinaires que Vostre Majesté va expédier, lequel fournira un mémoire de vos conditions. Voyant que eeste attaire traisnerait en longueur, je ne me suis pas contenté de ce moyen ; j'ay insisté pour que les Estats me donnassent eux-mesmes la response ; mais le duc de Mayenne n'a point approuvé ceste manière d'agir. Tout ce retard ne peut servir qu'à favoriser la cause hérétique du prince de Léarn. *. »
11 n'y avait jamais rien de net, rien de précis dans la conduite du duc de Mayenne; il se tournait à droite et à gauche, cherchant partout ses intérêts. L'Espagne avait voulu dominer les Etats- Généraux; elle n'y avait point réussi. Il y a des temps où les choses en viennent à ce point que la corruption elle-même est impuissante : le duc de Mayenne exprimait mieux la majorité; son parti était plus français; et ce ne fut que lorsque le prince fit quelques démarches pour se rapprocher de l'Espagne que les Etats adoptèrent, et encore dans un sens vague, l'une des propositions du duc de Feria. En efïet, quelques jours après, la réponse solennelle et officielle des Etats fut donnée dans le sens de l'alliance : « M. le duc de
Archi\cs(]e Simancas , col. B 75" à '\
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Miiyenne, lieutcnaiil-général de l'Eslal el couronne (le France, et les princes ici assemblés, ayant pris conseil des oiîiciers de la couronne, des principaux seigneurs et gens du conseil d'Estat, sont d'advis que l'on doit dire à M. le duc de Feria et autres ministres d'Espagne, que les Estais tiendront tousjours à très-grand honneur et obligations infinies s'il plaist à Sa Majesté de donner la Scrénissinie Infante sa fille à un prince françois , sous les conditions qui seront trouvées justes " et raisonnables, comme lesdicts Estats Font cidevant faict entendre et baillé par escrit. Mais sur la proposition qui a esté faicte au\dicts Estats par M. le duc de Feria et autres ministres du roy d'Espagne de créer présentement et establir une royauté, lesdicts Estats estiment qu'il seroit nonseulement hors de propos, mais encore périlleux pour la religion et pour FEstat de faire ceste élection et desdaration en un temps où nous sommes peu fortifiés et d'hommes et de moyens. Mais continuant en la volonté qu'ils ont ci-devant déclarée à Sadicte Majesté de liiy donner tout le contentement qu'ils pourront aux justes et légitimes conditions, ils se réservent d'en deslibérer plus avant lorsqu'ils verront une armée preste, ])ar le moyen de laquelle leurs desiibérations et résolutions pourront cstre soutenues et exécutées. Et cependant supplient très-humblement Sadicte Majesté Catholiqtie. en la personne de ses ministres, de VI. 20
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Iture préparer et advancer les forces desquellci elle prétend nous faire secourir *. »
Les Etats subordonnaient ainsi leur concours à l'appui que l'Fspagne leur prêterait. Les bourgeois, les parlementaires , les députés des États pris dans ces trois opinions ne repoussaient pas absolument l'Infante ; seulement ils voulaient que cette combinaison fût appuyée de forces suffisantes pour vaincre la chevalerie huguenote. Le duc de Mayenne avait depuis modifié ses opinions ; autant il était opposé à l'Espagne dans le principe , autant il semblait alors s'en rapprocher. Ce changement dans les opinions du duc de Mayenne pourrait être expliqué par une dépêche de l'ambassadeur de Savoie au duc son maître. « Les desmarches et prétentions de M. de Mayenne ont fort altéré les affaires. Je dirai donc à Vostre Altesse qu'avant que le duc de Feria arrivait en ceste ville , lorsqu'il estoit à Soissons avec Icdict duc de Mayenne, ils entrèrent en capitulation de ce que ledict sieur de Mayenne voudroit avoir du roy d'Espagne afin de le faire parvenir à son dessein pour l'Jnfante. Le traiîé en fut faict pour la somme de six cent mille escus payables à certains termes , dont le duc toucha lors en pur don , comme m'a dict le duc de
' Réponse des Éiats aux propositions du duc de Feria. — 3ÎSS. Foninnieu , ann. 1593.