INSTRUCTIOIVS AU PRESIDENT JEANNIN
Je moyen ou la volonté de mal faire. Et combien que la France ne soit préparée aujourdhuy à ce dessein , on pourroit espérer de l'y disposer. Le premier et principal moyen , seroit d'avoir Lientost de grandes forces armées ; faire assembler, au raesnie temps que nos forces seront prestes, les Estats catholiques et non plus tost ; publier que c'est pour l'eslection d'un roy catholique; montrer qu'on est tousjours disposé à recevoir les princes de la maison de Bourbon , si (juelqu'un se sépare des hérétiques et veut entrer en ce party de bonne foy ; tenter après les volontés d'un chascun , tant en l'assemblée des ï'stats qu'es provinces à l'égard de ceux qui peuvent ayder à ce changement ; adjouter aux raisons les offres d'hommes, bienfaicts et autres rescompenses qui ont accoustumé de porter les hommes à pareils changeinens. Sa Majesté en a les moyens, et il y a de quoy dans le royaume, en pairies, duchés , marquisats, etc., sans néanmoins dissiper l'Estat de la grandeur duquel tous ses membres despendent. Pépin et Charlemagne, qui estoient estrangers et Saxons de natrort, en firent ainsi pour occuper le royaume auquel ils n'avoienl autre droict que celuy qu'ils acquirent par leur prudence et la force; et après eux Hugues Capet , moindre beaucoup en appuy, force et auctorîté, suivant leur exemple , eut aussi la mesme fortune pour luy et sa postérité qui dure
PUILIPPE lï SUR LE DUC DE MAYENNE (1591). 101
encore. Sa Majesté peut estrc sure d'en estre le roi/ par nionseioriciir le duc de Mayenne * avec alFection et fidélité , et qu'il n'aura jamais autre passion , but , ny dessein que l'exécution de ses volontés et coinmandemens. »
Le duc de Mayenne était-il de bonne foi dans les offres qu'il faisait au roi d'Espagne ? N'appelait-il pas seulement des subsides pour servir ensuite sa propre cause ? Dans toutes ces circonstances, le duc de Mayenne, expression de la bourgeoisie, conservait ce caractère mitoyen qui lui était propre, ce désir de traiter avec tous les partis et de les servir tous, pour éviter une crise trop vive, trop décisive, et en tous les cas retirer le profit possible de sa situation. Le roi Philippe semblait juger cette avidité bourgeoise de Mayenne quand il écrivait à son ambassadeur, Don Diego de Ibarra : « Ce que vous me dictes sur les prétentions du duc de 3Layenne me paroist fort estrange; je devois, dict-il, lui fournir cent mille escus par mois pendant le temps mentionné ? — Cette demande est sans fondement; il doit se référer à la response que je fis dans le temps au président Jeannin : j'y promettois de payer les troupes du duc de Mayenne sur le niesme pied que celles sous le commandement
' Archives de Simancas, col. A 57^'"'. — 3'émoiie du pi csident Jeannin à Sa Majesté Catholique (sans date).