LA LIGUE.— GUYENNE
l'en sollicitent; promettant à la noblesse, aux villes et aux peuples toute oubliance du passé et tout favorable traitement. Et si ce malheur arrivait, il est certain que le peuple, travaillé par si longues guerres et appauvri par faute de commerce, ayant gousté la douceur de la paix , ne voudra , pour quelque occasion qui se présente, retourner à faire guerre ; ce que cognoissant Henry de Bourbon , il taschera de faire comme Henry VHP d'Angleterre; il advanccra d'honneurs et de gouvcrncîuens et d'estats de justice les plus aflTamés loups qu'il pourra , afin d'avoir bientost extermiiié les pauvres brebis catholiques; et pour faire perdre les chiens qui les desfendent, il donnera les esveschcs pour récompense aux gens de guerre , afin qu'ayant chassé les prélats et ecclésiastiques , il ne se Hisse plus mention de la religion catholique ; et les frontières de France, possédées par l'hérésie , infecteront les subjects de Sa Majesté catholique , comme le voisinage d'Allemagne a perdu les François qui sont aujourd'huy en erreur. » En réponse à cette lettre , le roy d'Espagne envoya des secours au duc de Joyeuse en Languedoc ; quelques régimens passèrent les Pvrénées et prirent garnison à Toulouse et Montpellier *.
Dans le Lyonnais et la Bourgogne le duc de
* Archives de Siniaiicas , rot. B 67.
LA LIGrE— LYOIV (1590—1592). IH)
Nemours obtenait le même résultat au profit de la ligue. Jamais la sainte ville de Lyon ne s'était démentie un moment de ses sympathies et de ses croyances ; elle était toute pour le catholicisme et la digne association : elle en avait hautement arboré les couleurs; et, pour imiter la ville de Paris, ses consuls et échevins écrivaient au roi d'Espagne, leur protecteur : « La bonté de Vostre Majesté nous faict prendre la hardiesse de lui faire représenter par le sieur de Pellissier, une partie de nos aflaires et l'insuffisance des moyens de conserver ceste ville, tant importante a la saincteunion des catholiques, en laquelle nous sommes les premiers volontairement entrés après le massacre des princes à Blois , et depuis, parla grâce de Dieu, maintenus jusqu'ici contre toutes les entreprises que les ennemis ont bravées sur nous ; pour rompre lesquelles nous avons appelé quatre compagnies de Suisses , auxquelles nous avons fié la garde de nos portes. Le dedans de la ville est gardé par les naturels habitans qui font guest jour et nuict d'un grand courage, encore que cela leur apporte une très-forte despense et incommodité indicible , qui faict qu'il nous est impossible de pouvoir lever sur eux un seul denier pour iç solde desdictes quatre compagnies , outre quelques françoises, tant de pied que de cheval , qui sont à la suite de l'armée de monseigneur de IVemours. Cela, Sire, nous a donné occasion de re-