DÉPÊCHES DU DUC DE PARME
nière fois à Paris, le voulant persuader de procéder avec douceur contre ceux qui avoient pendu le premier président et les conseillers. .le voulus excuser don Diego, luy disant qu'il ne falloit s'esnierveiller si ledict don Diego avoit voulu sauver la vie h ces gens-là , attendu qu'ils estoient catholiques et recognus de longue main fort zélés et affectionnés à nostre party, surtout pour le bruict qui lors couroit qu'on osteroit l'auctorité des autres catholiques ; mais puisque suivant sa résolution il avoit passé outre en l 'exécution , il ne devoit nullement douter de notre appuy. Et d'aatant que j'ay bien cognu qu'il n'a faute de soupçon que don Diego fust cause et n'eust quelque participation en ceste affaire, je tascheray à luy oster de la teste. Quelques jours après je me vis avec ledict duc en intention de calmer son humeur et sa résolution; estant d'avis que c'estoit ce qu'il convenoit de faire au royal service de Vostre Majesté; et il entra en mille plaintes tant pour le regard de l'argent que pour le faict de don Diego. Enfin nous entrasmes sur la matière principale de la convocation des Estats , et sur le surplus de l'eslection et déclaration d'un souverain catholique, luy rappelant l'instruction de Yostre Majesté touchant la sérénissime infante ; à quoy il dit qu'il la serviroit comme il estoit obligé; mais qu'il estoit nécessaire de gagner plusieurs gentilshommes pour parvenir à ceste fin , me vou-
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lant faire entendre que, sans cela , rassemblée des Estais seroit de nul profit; monstrant par-là qu'il avoit peur de les réunir sitost, ce qui est bien loin du langage qu'il nous a autrefois tenu , quand il prétendoit bien souvent nous estonner par le moyen de ladicte assemblée; de sorte que pour dire vray, il me semble qu'il prend le chemin de reculer en ce qu'il pourra sur ces affaires. »
Cependant l'armée espagnole marchait * au secours de Rouen qui jetait de temps à autre ses braves défenseurs dans de périlleuses sorties. Le siège continuait avec persévérance , et les catholiques redoublaient de zèle, en face de cette troupe huguenote et royaliste qui menaçait ses murailles. La population des halles, des métiers, les bouchers , tisserands , les clercs des écoles , tous couraient aux remparts, maniaient l'arquebuse ou la couleuvrine. S'il y avait des traîtres, des hommes malintentionnés qui songeassent à Henri de Navarre , ils étaient dénoncés par le peuple , frappés par le parlement , « Vu par la cour, toutes les
* Archives de Simancas, A 57''°. — 30 mai 1592. — Philippe II à don Diego de Ibarra : " J'ay appris avec satisiVction la nouvelle que vous me donnez sur mon neveu le duc de Parme, qui marche de nouveau au secours de Rouen, ainsi que cesle Aille paroist en avoir besoin encore. Il la deslivrera , je l'espère, et obliendra sans doute bien d'autres succès , dont vous m'informerez à temps. »