CRUAUTÉ DES MOEURS
subtil ou le poignard qui servaient ses fatales divinations, lorsque les lois multipliant les supplices, frappaient de mort pour le moindre délit, est-il surprenant que ces mœurs cruelles fissent également sentir leur influence sur des sectaires qui ébranlaient le vieil édifice des croyances et des institutions publiques ? Que ceux qui veulent connaître l'esprit de cette époque parcourent les gravures grossières qui reproduisent les supplices de quelques malheureux gentilshommes, bourgeois ou manans, ils verront partout un caractère de joie et de fêtes , de nobles dames aux mille fenêtres pavoisées, un peuple bruyant et satisfait *. La vie n'avait point alors ce haut prix que les lois lui ont assuré depuis qi.ie l'homme a été rappelé à sa dignité.
Le premier symptôme du luthéranisme eu France suivit de quelques années seulement la prédication de Luther. Un gentilhomme flamand , du nom de Berquin , d'habitudes irréprochables , mais ennemi des ordres monastiques , de cette grande dissolution des mœurs du cloître, fut dénoncé comme hérétique et fauteur de Luther. Il n'annonçait pourtant qu'un simple dogme : « C'est une grande superstition , disait-il , que d'invoquer
* Collection des graviu'es , cabinet du Roi. — Règne de François \" et de Henri II. — f-'oyez surtout le supplice du Anne Dubourg et la morl des conjures d'Amboise.
L'HÉRÉTIQUE BERQUIÎV (1523). 191
la Vierge de préférence au Saint-Esprit. » On crut trouver dans ce principe une tendance à la réforme , et le parlement ayant fait fouiller dans les papiers d'études de Berquin , on y recueillit la plupart des compositions théologiques de Luther *. Un premier arrêt renvoya cette affaire d'hérésie devant l'évêque de Paris **, et un second arrêt fut ainsi conçu :
a Vu les déterminations prises par la Faculté théologique de Paris, la Cour a ordonné que tous les livres composés par Luther seront brûlés publiquement au parvis de Notre-Dame , et pour ce faire, sera enjoint de par le roi , à toute personne, d'apporter et mettre au greffe lesdits livres hérétiques, sous peine pour ceux qui les garderaient d'être bannis du royaume , et la confiscation des biens. » Il était également défendu de soutenir les livres et la doctrine dudit Luther , et les officiers du roi avaient droit de saisir toutes ces personnes , et de les mettre en mains des diocésains , comme suspectes d'hérésie. Le parlement se montrait moins rigoureux à l'égard des principes timides de Mélanchton ; ceux qui avaient ses livres devaient les apporter au greffe ; ils seraient communiqués ensuite à l'évêque de Paris , qui
*Beze, Hist.ccclès. liv. i. Érasme raconte ce fait avec indignation, liv. xxiv, Epist. 4, et liv. xxx, Episl. 48. ** D'Aegent. Collect.juilic. noi'. erroiib. tom. i, jiaj;. 106.