PAMPHLETS LUTHERIENS
Marguerite , par un goût pur de la langue nationale, voulut que son livre d'heures, enluminé de belles miniatures , fût écrit en français : toutes les prières du catholicisme n'y étaient point comprises; on en avait supprimé un bon nombre à la Vierge et aux saints *. Dans le livre pieux qu'elle composa sous le titre de Miroir de l'âme pécheresse, àl'époque où Marguerite était revenue à repentance de ses contes des Amans fortunés **, il n'y est question ni du purgatoire, ni de l'éternité des peines , et , ce qu'il y a de plus hétérodoxe, la prière toute virginale de Salve, regitia y est appliquée au Christ ***. A Paris commençait déjà cette petite guerre de pamphlets populaire?, destinée à anéantir toutes les vieilles croyances ; on affichait des placards contre l'Eucharislie , contre la messe surtout , jusque dans le palais du Louvre embelli par les arts. Les portes des églises , les poteaux des places publiques, témoignaient chaque matin de cette ardeur de prosélytisme qui caractérisait la réforme. François P' sévit encore d'une manière sanglante. Des lettrespatentes du roi ordonnèrent de n'imprimer aucune chose sans la permission du conseil ou de
* Heures de la j-oyne Marguerite. Paris , 1533. ** Publié d'abord sous ce titre : Paris, 1558 ; puis sous celui de : Nouvelles île la rojiie de IS\a'arre , avril, 1559. *** Bf iB , Hist. eccles. pag. 13.
198 CAUSES DE LA TERSÉCUTlON.
justice *• Six luthériens furent condamnés au feu , et la place de l'Estrapade retient encore le cruel souvenir de ces supplices multiplies **.
Au milieu de ces intérêts qui rapprochaient François I*"" des princes protestans d'Allemagne contre Charles-Quint , l'histoire peut se demander comment le roi de France ne seconda pas le protestantisme qui surgissait avec tant de persévérance et pénétrait dans son palais. Henri VIII, dans une lettre confidentielle , l'engage à proclamer une Eglise nationale et à suivre l'exemple qu'il a donné en Angleterre. Plusieurs causes s'y opposaient pour la France. D'abord le catholicisme était une force immense dans la population ; tout était organisé autour de cette large cause d'un vieux principe social , la royauté , les institutions et les masses. D'un autre côté , le concordat avait intéressé la couronne au maintien de la suprématie romaine. Par la nomination aux bénéfices, François P'' était maître, en quelque sorte , des biens de l'Eglise et de son clergé. On aurait eu besoin de tout remanier dans la monarchie , sans résultat profitable pour le roi. Une pensée préoccupait François l""^ ; il s'était pénétré
* Archwes de la préfecture de police , '6^ volume des bannières, fol. 107.
** SleidAn , liv. vni, pag. 282. — Florimond de Réhosd , Naiss. de V Hérésie , liv. vu, chap, iv.
FRAIVÇOIS I" ET LES PRINCES D'ALL. (1535). lO'J
de cette invariable conviction que la réforme religieuse entraînerait la réforme politique , et que ces hommes d'austérités et de hardiesses, qui venaient ébranler les croyances du peuple , frapperaient simultanément la vieille foi et la royauté. Et pourtant François I" continuait cette vie contradictoire de persécutions contre les réformateurs actifs , et de confiance pour l'école philosophique. Les princes protestans d'Allemagne, entrés dans son alliance contre Charles-Quint, s'étaient plaints à lui de ces tristes poursuites qu'on faisait subir à leurs frères de France. François P»", qui venait de suivre à pied une procession expiatoire des outrages reçus par l 'Eucharistie , répondit:» Je n'ai pas sévi contre quelques uns de vos frères, mais contre quelques esprits turbulens qui ont tourmenté la paix du royaume sous prétexte de religion ; d'ailleurs , ne peut-on pas s'arranger sur ce dernier point ? Je serais très- aise que vous m'envoyassiez quelques uns de vos théologiens , afin de discourir avec eux et de nous entendre*. »Mélanchton^ esprit flexible, accommodant, fut désigné à cet effet; il écrivit à Sturraius , son ami . « Puis-je faire le voyage en sûreté ? ma prédication pourra-t-elle être utile à notre Église ? S'il en est ainsi , je partirai comme avec
* Freder , rcr. gcrmam'c. coUcct. tome m. — LUter. Francise. /,
200 FRANÇOIS I" ET MELANCIITOIN (1535).
des ailes pour secourir nos frères persécutés. » Mélanchton ne dédaigna pas d'écrire à l'évèque de Paris , Jean du Bellay , expression des doctrines modérées du catholicisme :« Vous gémissez comme moi des malheurs qui agitent la France et l'Eglise universelle ; ne serait-il pas possible de les prévenir en arrêtant les esprits fanatiques et séditieux , mais en permettant la libre parole cvangélique ? 0 vous, très-cher pasteur, employez encore votre crédit à fléchir l'esprit des princes, .à les porter à la douceur ! Si vous désirez que la puissance des évêques soit conservée, fixons d'abord la doctrine de l'Eglise *. »
Ces avances de l'école réformatrice , le caractère élevé qui distinguait Mélanchton , engagèrent François I" à écrire directement à l'ami, au disciple de Luther. Dans une lettre datée de Guise, le roi dit : « Je connais vos bonnes intentions pour la paix de l'Eglise universelle ; elles se sont manifestées par la lettre conciliante que vous avez écrite à Jean du Bellay, évèque de Paris. Venez donc au plus tôt à ma cour pour y conférer avec grand nombre de docteurs sur les moyens de rétablir le bon ordre dans la police ecclésiastique : cette lettre vous servira de saufconduit ; je vous prie de ne pas vous laisser détourner de ce pieux dessein par de mauvais con-
* CvMERiKirs , v'f. Melanch. pag. 144 et 146.