MORCELLEMENT DE LA RÉFORME
drie. Les doctrines qvii avaient triomphé dans les conciles d'Ephèse, de Constantino})le et de Nicée, n'étaient, à vrai dire, que l'acceptation des principes d'une des sectes de philosophie , revêtus des formes et de la technologie catholiques.
Cette même division se produisit sous Luther, et partout se montrèrent des écoles opposées . haineuses et s'accusant respectivement d'erreur et d'hérésie. Il y a deux périodes dans l'histoire de Luther : dans la première il attaque avec verve , et alors il établit comme un principe la liberté de croyance et d'examen ; une fois en possession d'un fait accompli , il se pose comme le juge infaillible , comme le pouvoir qui seul peut déciderde l'orthodoxie des opinions. Chefd'oppcsition contre l'Eglise catholique , il appelle la liberté ; chef d'un nouveau système , et par conséquent autorité établie, il constitue et proclame la souveraineté de ses idées et l'erreur de toutes les autres.
L'esprit superbe du chef de l'école luthérienne n'était pas capable de se ployer aux concessions indispensables pour amener la fusion des diflerentes doctrines qui s'étaient élevées en opposition. Luther voulait dominer ; tout ce qui se séparait de sa suprématie, il l'attaquait avec violence; il ne souffrait pas les contradictions ; et au milieu de ce travail d'intelligence , de cette confusion d'idées , ce caractère impérieux devait lui- I. 18
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même contribuer à briser \a réforme en mille systèmes.
Je place en tète le parti de résistance philosophique, qui n'avait point osé une séparation complète avec l'Eglise catholique : le chef de ce parti , Erasme , avait toujours ménagé Luther et ses sectateurs ; sa correspondance avec Mélanchton et OEcolampade constate que , sans adhérer au système religieux de la réforme , Erasme en respectait les adeptes, et même les croyances. « J'ai lu le livre d'OEcolampade , écrit-il aux magistrats de Bàle ; il est savant , disert , travaillé , ce serait même un livre pieux , s'il pouvait y avoir de la piété à combattre le sentiment de l'Eglise , duquel je juge qu'il est toujours dangereux de s'éloigner *. Erasme ne se croit pas assez fort ; il n'est pas surtout assez imprudent pour engager une lutte ouverte, décidée, en s'appuyant sur les doctrines du catholicisme pur; il voudrait amener une transaction, si elle était réalisable, qui , sans -détruire le vieil édifice , pût le mettre mieux en rapport avec les besoins nouveaux. L'esprit implacable de Luther rendant impossible
* Perlegi Uhrutii Joannis OEcolampadii de eerbis cœnœ Domini, med scnlcntid dotum, diserlum cl claboralum, addercm eliam jiium, si qiiid pium esse posset, qiiod pngnat cum sententid sensuque Ecclesiœ, à quâ disscntire periculosum esse judico. {Epist. Erasmi, liv. vu.)