‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 112 sur 185 · THÈSE DU LIBKE ARBITRE · texte numérisé non relu

THÈSE DU LIBKE ARBITRE

toute alliance , Erasme, pressé par ses amis , entra en lice contre le réformateur ; mais , avec habileté , il ne voulut pas prendre parti pour les mystères et les doctrines purement théologiques ; il se jeta en plein dans une thèse de philosophie rationnelle. Il écrivit un livre du libre Arbitre, contre Luther qui soutenait l'opinion contraire. Érasme ne sortait pas de ses manières polies et modérées; il prouvait par les Ecritures, et par la raison svirtout , « que Thomnie avait été créé libre et jeté dans sa plénitude de volonté sur cette terre ; sa liberté a reçu une rude atteinte par le péché du premier homme , mais la grâce du Seigneur ne lui manque pas. Cette grâce , la nature en a mis la voii au fond de la conscience humaine. La grâce aide la raison , mais ne la détermine pas*. » Cet ouvrage , traduit en allemand , amena une réponse de Lutlier. Ce ne fut ni le ton modéré, ni la douce logique d'Erasme. La diatrible de Luther fut violente, outrée ; il insulta son adversaire , le déchira par le sarcasme , pour arriver à cette conclusion : « Personne que Dieu n'est libre ; sa prescience et sa providence divine fonj; que toute chose arrive par une volonté immuable , éternelle , qui foudroie et met en pièces tout libre arbitre **. » Ce livre de Luther fit une certaine

* Érasme, Diatriha de lib. aii. adc. Luther, interoper. t. m. ** Infor opem Luther, de scrvo arbilrio , lom. ii , fol. 426 à 435.

208 ÉCOLE DE MÉLANCUTON (1525—1530).

impression sur l'àme faible d'Erasme ; on le voit timide reculer devant une rupture complète. « Je suis surpris , écrivit-il dans son Hypéraspiste, que vous vous soyez attaché avec tant d'acharnement à mon traité , qui ne contient rien que de rationnel , tandis que tant d'ennemis tombent sur vous. Qu'ai-je dit auprès des fureurs d'Emser, de Jean Cochlée , de Zwingle et d'OEcolampade ! Vous êtes bien imprudent , Luther , d'accuser d'ignorance et de toujours insulter ceux qui ne pensent pas comme vous*. »

A côté du parti philosophique restant dans les conditions modérées , venait l'école de Mélanchton , soumise à Luther , mais moins éloignée que lui d'une transaction. Ami et disciple dévoué du maître ,Mélanchtonn'en combattait point les doctrines ; il les adoptait sans objection : toutefois, si , pour amener une fin à cette situation désordonnée de l'église , il avait fallu abandonner quelques points, 3Iélanchton y eût volontiers consenti, ne faisant pas de toutes ses pensées des vérités absolues. Le docte professeur penchait vers un rapprochement avec le parti philosophique de l'école romaine , afin de donner à la réformation une force nouvelle , et d'y rattacher surtout ce noyau scientifique qui était resté fidèle aux vieilles et grandes traditions du catholicisme. Quand

CocHLa;rs, in act.eiscnpt. Luther, adann. 1526,p. 144.

ÉCOLE SACRÂMENTAIRE (1519—1535). 209

il s'agissait de ménagement et de modération , c'était toujours Mélanchton qui intervenait. Tandis que Luther voulait tout briser de ses mains impitoyables , son disciple et sofi verbe tempérait les orages^de son âme maladive.

Luther , après des hésitations , des changemens , avait arrêté ses doctrines dans les livres de la Captivité de Babylone et de sa Confession majeure ; la plupart des réformateurs adhéraient aux principes posés dans ces puissantes œuvres d'érudition et de controverse ; mais de larges fractions d'opinions s'en étaient déjà séparées et marchaient plus loin dans les idées de réformation.

Les écoles de Carlostad et de Zwingle , presque semblables , avaient fait d'immenses progrès ; elles venaient d'acquérir OEcolampade , savant professeur de grec , un des premiers disciples de Luther ; elles différaient particulièrement du luthéranisme en ce que ses deux chefs niaient , quoi que avec des formules diverses, la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Ils soutenaient que la parole de Jésus-Christ* : « Ceci est mon corps, » ne s'appliquait que dans un sens figuré et n'entraînait point la réalité. Puis , les deux écoles abolissant le culte des images, modifiaient la Cène pour la réduire aux paroles apostoliques de Jean. Luther n'osa point d'abord attaquer de face cette

* Exegcsis arnica et expositio tolitts Eucharisfiœ ncgotii,

210 CARLOSTÀD ET ZWINGLE :1527).

école ; mais de plus intimes réflexions l'éclairèrent sur la puissance morale des deux symboles qu'attaquaient les sacramentaires. Le dogme de la présence réelle , les pompes du culte des saints avaient inspiré ces magnifiques cathédrales, ces cérémonies d'encens et de parfums, ces pieuses commémorations qui saluaient la présence d'un Dieu sur l'autel. C'était bien assez que la révolution tentée contre l'Église de Rome et la philosophie scolastique secouât jusque dans ses dernières fibres la vénération populaire pour de saintes mémoires ; n'était-ce pas compromettre le succès que de froisser la solennelle émotion produite par le grand mystère de l'Eucharistie ? Lorsque ces doctrines eurent été fixées et leurs progrès constatés , le chef de l'école luthérienne publia son manifeste contre Carlostad et Zvvingle , qui à leur tour se prononcèrent contre Luther*. Ils déclarèrent que la messe n'était pas un sacrifice : en conséquence , les sacramentaires abolirent les cérémonies et toutes les pompes catholiques. Les principaux disciples, Bucer, Conrad Pellican et Léon de Juda répondirent en termes très-vifs aux pamphlets de Jean Pomeranus, Billicanus et Brentius, zélateurs enthousiastes de la pure école luthérienne**.

OEcolampadii seciinda jiisia cl œqua rc.iponsio ad Martiniim Luthortim. Juin 1527.

Voij, parliculièrcment l'ouvrage rare de Léon de Juda,

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