INSTITUTION CHRÉTIENNE DE CAL\'IN
symbolique appel à la tolérance pour ses frères persécutés. Obligé de fuir Paris , Calvin alla par les campagnes prêchant la réforme , et le peuple venait à ses sermons dans le désert. Le sceptre de la reine de Navarre s'étendit sur ce nouveau réformateur , comme il avait protégé Scaliger , Agrippa et Clément Marot.
Calvin passa de la parole au culte , et bientôt on essaya dans l'église de Bourges l'oraison dominicale et la messe en français. Cette liberté religieusc fut dénoncée , et le diacre de Noyon forcé de s'exiler de France. Ces opinions de Calvin s'éloignaient du luthéranisme et rentraient tout-àfait dans les principes sacramentaires *. C'était un nouvel adversaire de Luther, mais faible alors. A cette époque Calvin était à peine connu ; son n»m ne se mêlait pas encore à la grande école de science dans laquelle il prit depuis une haute place , par la publication de son bel œuvre de Y Institution chrétienne.
Le livre de V Institution est un large résumé de toute la théorie de Calvin. Il est formulé dans le même esprit que les Apologies de Tertullien et le livre d'Orygène contre Celse , modèles qu'il semble s'être proposés. C'est aussi à François V"^ , au
vint Not^iodunœi illustrati. Paris, apud Cyaneura , 1532. (Édition extrêmement rare.)
- * La plus complète des éditions des œuvres de Calvin, celk sur laquelle j'ai travaillé, est d'Amsterdam, 1^67.
I?ïSTITUTION CnRÉTlEME DE CALVm (1530). 213
prince persécuteur , qu'il est adressé , pour suivre l'usage de l'Église primitive qui jetait ses doléances aux Césars !
« J'entreprends la cause commune de tous les fidèles, et même celle du Christ, laquelle aujourd'hui est en telle manière du tout déchirée et foulée en votre royaume , qu'elle semble désespérée , ce qui est bien advenu par la tyrannie d'aucun pharisien , plutôt que de votre vouloir. Elle est grandement affligée. Car la puissance des adversaires de Dieu a obtenu jusque là , que la vérité du Christ, combien qu'elle ne soit perdue et dissipée , toutefois soit cachée et ensevelie comme ignominieuse ; et ainsi que la pouvrette Eglise soit ou consumée par morts cruelles , ou par bannissemens déchassée , ou tellement par menaces et terreur étonnée , que elle n'ose sonner mot. Si au contraire les détractions des malvcillans empêchent tellement vos oreilles que les accusés n'ayent aucun bien de se défendre ; d'autre part si ces impétueuses furies , sans que vous y mettiez ordre , exercent toujours cruauté par prison, fouet, géhenne, coupures, brûlures; nous certes, comme brebis dévouées à la boucherie, serons jetés en toute extrémité. »
^institution chrétienne embrasse toutes les doctrines religieuses. Développant la théorie générale de la réforme , elle traite tout à la fois de la connaissance de Dieu , laquelle est le premier
214 INSTITUTION ClIRÉT. DE CALVIN (1336).
fondement de la religion ; de la connaissance de rhomme et du péché originel ; de la corruption naturelle de l'âme; de l'infirmité du franc arbitre ; de la régénération , laquelle se fait en nous par l'opération du Saint-Esprit; de la loi , où premièrement l'office et usage d'icelle est démontré ; puis aussi est parlé du vrai service de Dieu, des images, du jurement et des fêtes; des vœux, ou il est traité de la moynerie; de la foi ; exposition delà première partie du symbole , où il est discuté de la matièrede foi, de la Trinité, de la puissance de Dieu et de la création du monde ; itein, des anges et des diables. Vient la seconde partie , où il est dit de l'Incarnation , mort et résurrection du Christ , et de tout le mystère de notre Rédemption ; la tierce , où il est parlé du Saint-Esprit, la quarte partie, où il est traité de l'Église, du gouvernement d'icelle, de l'ordre , puissance et discipline ; iteyn, des clefs , de la rémission des péchés, et de la résurrection dernière; de pénitence ; de la justification de la foi, et du mérite des œuvres; de la similitude et différence du vieil et du nouveau Testament ; de la liberté chrétienne, selon Luther; des traditions humaines; de la prédestination et providence de Dieu ; d'oraison , où la prière de Notre-Seigneur est expliquée; des sacremens ; du baptême; de la cène du Christ; des cinq autres cérémonies qu'on a faussement ai»pelccs sacremens ; à savoir : confir-