DU GOUVERN. CIVIL PAR CALVIN
malion , pénitence , extrême-onction , ordres ecclésiastiques et mariage; enfin de la vie chrétienne. » C'est dans ce chapitre surtout que Calvin sent le besoin de justifier ses doctrines sur le gouvernement civil; car on accusait déjà le calvinisme d'attaquer la forme monarchique pour appeler les institutions républicaines ; aussi l'adroit réformateur se hâte de faire une profession de foi politique.
« C'est vaine occupation aux hommes privés, lesquels n'ont nulle autorité d'ordonner les choches publiques, de disputer quel est le meilleur État de police ; et outre , c'est une témérité d'en déterminer simpleiuent , vu que le principal gît en circonstance ; et encore quand on comparerait les polices ensemble , sans leur circonstance , il ne serait pas facile à discerner laquelle serait la plus utile, tellement elles sont quasi égales chacune en son prix. On compte trois espèces du régime civil , savoir : monarchie , qui est la domination d'un seul , soit qu'on le nomme roi , ou duc ou autrement; aristocratie, qui; est une domination gouvernée par les principaux et gens d'apparence; et démocratie, qui est domination populaire en laquelle chacun a puissance. Il est bien vrai qu'un roi ou autre à qui appartient la domination, aisément décline à être lyran. Mais il est autant facile , quand les gens d'apparence ont la supériorité , qu'ils conspirent à élever une
21*6 ■ DU GOrVERN. CIVIL PAR CALVIN (1536).
domination inique. Et encore il est beaucoup plu.s facile où le populaire a autorité qu'il émeuve sédition. Vrai est que si on fait comparaison des trois espèces de gouvernement que j'ai récitées, que la première de ceux qui gouverneront, tenans le peuple en liberté, sera plus à priser. Car cela a toujours été approuvé par expérience. Et Dieu aussi l'a confirmé par son autorité, quand il a ordonné qu'elle eût lieu au peuple d'Israël , du temps qu'il l'a voulu tenir en la meilleure condition qu'il était possible. Et de fait, comme le meilleur état de gouvernement est celui-là où il y a une liberté bien tempérée et pour durer longuement , aussi je confesse que ceux qui peuvent être en telle condition sont bien heureux ; et dès qu'ils ne font que leurs devoirs s'ils s'employent constamment à s'y maintenir ; même les gouvernemens d'un peuple libre doivent appliquer toute leur étude à cela , que la franchise du peuple de laquelle ils sont protecteurs , ne s'amoindrisse aucunement entre leurs mains. Que s'ils sont nonchalans à la conserver, ou souffrent qu'elle s'en aille en décadence, ils sont traîtres et déloyaux. Mais si ceux qui par la volonté de Dieu vivent sous des princes et sont leurs sujets naturels, transfèrent cela à eux , pour être tentés de faire quelque révolte ou changemens , ce sera nonseulement une folle cogitation et inutile , mais aussi méchante et pernicieuse. »
LES A?.AMPTISTES (1536). 217
Calvin ne s'expliquait pas nettement sur la forme du gouvernement préférable ; il appelait seulement la liberté sous le pouvoir établi. La popularité du livre de VInstitulion chrétienne, systématisation de la théorie ealviniste, fut si haute, qu'en moins de cinq années huit grandes éditions sortirent des presses de Genève et d'Allemagne. Il fut traduit en toutes les langues , et Calvin lui-même le translata en vieux français *.
J'ai placé dans une couleur plus tranchée les opinions des anabaptistes ; avant de se régulariser en secte philosophique et paisible, elles avaient fait de nouvelles tentatives de troubles. Ces opinions s'étaient reproduites hostiles à tout ordre social. Les anabaptistes avaient publié sept articles capables de bouleverser l'organisation politique et civile des Etats. On y disait : « Il n'est permis au chrétien de porter des armes ni de reconnaître les magistrats établis : il ne peut jurer, alors même que la loi humaine le prescrit : Dieu ne l'appelle ni à rendre la justice , ni à veiller à la sûreté publique : quiconque n'adopte pas la secte anabaptiste sera mis au ran^^ des boucs dans le jugement dernier : eux seuls peuvent prêcher et annoncer l'Evangile; et ceux-là sont réprouvés
* Je me suis procuré celle édilion originale ; elle porte ce ti(re : Inslilulion de la religion chrétienne, Genève, 1 536.