CHAPITRE Xm
RÉSISTANCE DU CATHOLÏCISRIE.
Esprit des corporations municipales et des métiers. — Monarchie catholique. — Organisation systémati({ue contre la réforme. — Avances au parti philosophique. — Proposition du cardinalat à Érasme. — Institutions nouvelles dans l'Église. — Les Jésuites. — Les Capucins. — Accord du pape et de l'empereur.
L'édifice religieux que la réforme attaquait était trop solidement établi , trop puissant sur les opinions et la croyance des peuples, pour crouler
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tout à coup et sans résistances. Le catholicisme sortait tout armé du moyen âge , oîi son incontestable autorité avait présidé à la destinée des nations. Le pouvoir des papes et de l'Eglise universelle, ces cérémonies si imposantes, cet aspect merveilleux des cathédrales embellies, ces chasses, ces saints patrons, ces autels, ces sanctuaires, ces orgues, ces vitraux , ces cloches, ces sacrcmens qui prenaient l'homme à son berceau et le conduisaient jusqu'à la tombe; cette brillante hiérarchie de pontifes, ces vêtemens de lin, d'or, ces mitres , ces crosses épiscopales , tout cela parlait à l'imagination des multitudes. Le catholicisme s'était lié pendant plusieurs siècles à la constitution intime de la société. Tout était encore organisé pour correspondre à cette puissance dominatrice; au haut de l'échelle sociale, les rois recevaient par l'impression de leur sacre une autorité plus profonde , plus solennelle aux yeux de tous ; dans les basses conditions vous trouviez les confréries pieuses , les corps de métiers, chacun rangé sous la bannière et le patronage de la Vierge et de ces nombreuses légendes de saints qui protégeaient leurs travaux * ; la liberté de
' On a tout-à-fait négligé pour l'iiistoire les belles et grandes collections des métiers, que possèdent les archives de la préfecture de police. — Voyez les livres si curieux (les bannières où toutes les pieuses émotions des confréries se trouvent déposées.
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chaque ville municipale s'identifiait à une pensée catholique; ses chartes étaient sous l'aile d'un des noms vénérés par l'Eglise ; les anniversaires des franchises locales, de la délivrance de la cité, se mêlaient à quelque cérémonie dans la chapelle voisine ; l'esprit de pèlerinage n'était point effacé dans le cœur des peuples ; on allait saluer l'ermite , pieux protecteur de la contrée. Les chroniques de chacune de ces petites nationalités racontaient dans leur naïf langage les dangers auxquels l'intervention divine d'une patronne les avait fait échapper; ici c'était sainte Marthe qui avait délivré la contrée d'un monstre; là saint Christophe avait écrasé de ses énormes bras une race d'hommes jnalfaisans ; saint Roch guérissait de la peste , saint Victor avait vaincu les barbares; que de consolations dans ces mille légendes ! Tous les pécheurs étaient élevés au ciel par la pénitence, et la fille d'amour elle-même trouvait dans Madeleine la pécheresse une consolation et une espérance. Ces images étaient partout reproduites; les compagnies de gendarmes les avaient peintes sur leurs guidons de guerre , les confréries municipales sur les bannières de liberté ; le catholicisme se mêlait aux habitudes locales, aux souvenirs et aux privilèges de la cité *. Et ces
' J'ai parcouru bicu des chartes municipales : il i^st rare qu'elles ne soient pus placées sous la protectioit d'un saint
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grandes et belles processions auxquelles assistaient cent mille personnes , nobles , bourgeois , peuple des halles , marchands et archers , ces multitudes qui venaient rendre hommage à la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. « Et quand un des bouts d'icelles processions était à Notre-Dame, l'autre bout touchait déjà en l'église Saint-Denis*. » La réforme arrivant pour bouleverser toute cette organisation politique et religieuse; voulant substituer à ces imaginations pieuses, à ce système qui parlait si profondément à rame, une théorie rationnelle et dissertatrice, devait trouver une vive résistance. Si les esprits éclairés avaient pu s'abandonner à une réforme qui allait à leur raison; si une jacquerie esclave avait écouté avec faveur les doctrines de liberté et d'égalité sociale
patronage. Pour s'en convaincre on peut jeter les yeux sur les lomes ii, ix, x, xiv, xviii des grandes ordonnances du Louvre , qui contiennent presque toutes les chartes municipales jusqu'à Louis XI.
* Je n'ai jamais trouvé des détails plus circonstanciés sur les processions et les fêtes patronales , que dans une petite brochure de 150 pages sous ce titre : La procession de Soissons, dévote et mémorable, faite en la louange de Dieu, par le révérend père monseigneur Jehan Ollivier, abbé de Saint-Médard, le dernier juillet 1530, et rédigées par écrit par M^ Jacques Petit , procureur du roi , lequel a été maistre de cérémonie ; Paris, Tores de Bourges , 1580 , in-8". (Il y avait trois cent mille personnes.)
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prèchccs par les anabaptistes , une autre partie de la population était restée fermement dévouée aux. idées catholiques. Et quand elle voyait ces sectaires nouveaux renverser les autels qu'elle entourait de ses vœux , frapper les images qu'elle accablait d'ex voto , une indignation profonde se manifestait en elle ; elle demandait si ces barbares venaient là , comme les musulmans , pour détruire les objets de son culte saint , menacer ses privilèges et mutiler les vénérables reliques de sa foi.
Cette force du catholicisme, les souverains pontifes secondés par un immense clergé la mirent en action contre le mouvement rationnel qui tendait à détruire leur autorité. Peut-être , à l'origine du protestantisme, les papes usèrent-ils de trop de rigueur et s'opposèrent-ils trop impitoyablement à toute idée de transaction ; mais une fois la guerre déclarée , rien ne fut plus fort et plus habile que le mouvement d'attatjue et de résistance de la cour romaine; elle fut sur le point de ressaisir l'autorité universelle par la violence. Les moyens que les souverains pontifes opposèrent au mouvement de la réforme furent de plusieurs natures, et tous parfaitement en harmonie avec les émotions populaires et les idées du pouvoir au seizième siècle.
Le pape Paul III , avec une haute habileté , voyant le parti philosophique d'Érasme repoussé