‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 130 sur 185 · LE PAPE ET ÉRASME · texte numérisé non relu

LE PAPE ET ÉRASME

par Luther , avait cherché à l'attirer à l'Eglise. Dès qu'Erasme eut publiquement attaqué les doctrines des réformateurs, le pontife s'empressa de lui écrire pour le rattacher tout-à-fait aux intérêts du catholicisme; il lui adressa une lettre pleine de douces paroles et d'engageantes promesses. Les services qu'il avait rendus à l'Église paraissaient à Paul III dignes de toutes les récompenses; il proposait donc au chef de l'école philosophique la pourpre de Rome et le riche doyenné de Dcventcr *. Par-là le pape eût brisé pour toujours l'alliance du parti modéré et de Luther. Erasme s'excusa sur son âge, sur ses infirmités; et quoique Sadolet et quelques uns de ses amis scientifiques l'engageassent à ce rapprochement, il le repoussa**, parce que sajis doute il l'aurait trop ouvertement placé dans les intérêts de l'Eglise romaine; il l'aurait surtout compromis avec le tiers-parti d'Université et de philosophie. Era.sme préféra garder cette position intermédiaire qui faisait .sa considération et sa force. Il avait refusé de s'engager avec Luther ; il refusa également de s'attacher au pape.

La résistance la ])lus grande contre les progrès de l'hérésie fut alors l'inquisition. Il ne .s'agit pas

*RnEN\«rs, Epislol. puefix. in operihus Erasm. et. Erasm. liv. XXVII , epist. 25 ef 28.

** Epistol. prfpfi.t. operib. Eiasmi.

L'INQUISITION (16'' siècle). 253

d'examiner la nature du pouvoir, les formes de procétier et les exécutions niAslt rieuses de ce tribunal ceclésiastique : on sépare trop souvent les institutions de Tépoquc où elles ont été établies. 11 n'y a rien dans le monde de cruellement absurde. Tout se met en rapport avec le principe du gouvernement et les lois de la société : or lorsque ce principe était catholique, toute hérésie devenait une véritable sédition , tout schisme une révolte. Partant de ces données , un tribunal de clercs appelés à surveiller la foi était une institution toute naturelle. Aux époques de grandes émotions politiques ou religieuses , on a besoin de ces juges spéciaux qui frappent plutôt qu'ils n'examinent. L'inquisition s'opposait comme une barrière invincible a l'hérésie; partout où elle fut complètement admise, là où elle n'amena pas une explosion comme dans les Pays-Bas , le protestantisme fit peu de progrès et s'éteignit même. Sa surveillance inquiète allait recherchant partout les opinions dans les livres et dans les consciences. Lorsqu'une hérésie se montrait dans un pays , l'inquisition la poursuivait avec une infatigable activité; sa police pénétrait partout; elle ne laissait pas à une mauvaise semence le temps de porter son fruit. Aucune considération humaine ne l'arrêtait, ni le rang, ni la fortune, ni le savoir de celui qu'elle atteignait de sa pui.ssance. Autorité indé[)enclante , elle instruisait et I. 22

Page 1