‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 132 sur 185 · LES CAPUCINS. LES MOINES · texte numérisé non relu

LES CAPUCINS. LES MOINES

ducation savante; institution polie, animée d'un seul esprit, d'une seule tête, elle se ployait aux nécessités , conservant néanmoins sa pensée fi\e , sa destinée d'avenir ; c'était en quelque sorte la portion diplomatique dans le vaste système de lEglise.

El puis, au milieu de ces dissolutions de mœurs, de cette pompe des autels, de la dissipation des cloîtres, il se formait une association d'hommes, les capucins, dont le premier vœu était de se couvrir d'une bure grossière, de ceindre leurs relus fatigués par les macérations , d'une corde noueuse , sans pouvoir jamais orner leurs solitu- ^les , recevoir aucune chose , si ce n'était une petite pièce de monnaie. Cette austère réformation ne pouvait sans doute opposer une résistance au protestantisme rationnel; mais l'aspect d'un moine mendiant au milieu de la catholicité devait , dans un siècle d'émotions religieuses , réchaufl'er la vénération des fidèles pour l'Eglise. Dans l'organisation de ce large système , tous les ordres religieux, aboutissaient à Rome, où résidait leur chef ou général. Le pape avait sous sa main cette puissante milice qui se rattachait d'autant plus intimement à la tiare , que toutes deux étaient menacées en commun par le mouvement réformateur. L'univers catholique était divisé en départemens où résidait un provincial ; les couvons étaient respectés des populations; presque

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tous possédaient des reliques vénérées , un oratoire protecteur. Dans leur sein vivaient des hommes de science, d'éloquens prédicateurs à la parole hardie , dont la voix populaire retentissait aux églises, dans la campagne et les halles. Le pape députait auprès des monastères des hommes de confiance , entretenait avec eux des correspondances intimes ; il était informé de toutes les intrigues de cour, de tous les secrets des localités ; il pouvait donner l'impulsion et trouvait partout une commune obéissance.

Pour répondre à un vœu plus universellement exprimé encore , les pontifes songèrent , quoique avec répugnance, à la réunion d'un concile gêné-* rai. Ils y étaient forcés par un mouvement d'opinion auquel les pouvoirs résistent difTicilement. Tout clerc lettré d'Université, de magistrature, appelait le concile œcuménique ; déjà des assemblées de provinces avaient procédé à une indispensable réformation. Les actes du concile national de Sens avaient décidé que les prêtres seraient rappelés à la vertu et à la science ; désormais les églises devaient s'abstenir de ces fêtes puériles des fous et des innocetis , de toute musique molle, efféminée, lascive surtout; le son de l'orgue et du serpent devait seul accompagner l'hymne sublime du Gloria Patri , que les prêtres entendraient debout. Simplicité dans les vêtemens : la soie devait en être bannie, et les aubes ne fléchi-

NÉCESSITÉ D'UN GRAiND CONCILE (16" siècle). 257

raient plus sous le poids des broderies d'or ou d'argent *.

L'opinion de l'école luthérienne était divisée sur la question de l'autorité des conciles. Mélancliton et quelques amis les plus intimes de Luther pensaient que la réunion d'une grande assemblée ecclésiastique était nécessaire dans l'état des troubles religieux que la réforme avait fait naître. Luther, au contraire, niait la puissance des conciles convoqués par le pape , et s'en tenait aux quatre assemblées de l'Eglise primitive qui avaient été reconnues dans la confession d'Augsbourg.

Dans cet état , la convocation régulière d'un concile général ne devait-elle pas jeter la division au sein de la réforme et favoriser le catholicisme? L'empereur Charles-Quint pressait le pape d'en assigner l'époque **; car , tête de ménagement et d'avenir, il y apercevait un coup puissant porté à la réforme. Si elle refusait de se soumettre à cette assemblée , elle se déclarait par-là en dehors de l'Eglise , mot magique encore sur les consciences et sur les imaginations : lesprotestans pouvaient sans

* Colleci. concil. reg. toin. xxïiv, pag. 622, 624. Lé concile défend aussi les habits déchirés : Non patinosi sint Clerici , aut in vestibtis laccri. Neque eniin affectalœ sordes, aut e.vquisilœ dcUciœ laudeni hahent.

** Foyes le livre curieux .^f/a tn/erC/cOTe/i/. ac Cœsar. de coHcilio. [in lib. nnhic. Vatic. Inslnict. ad concil. Tiidcnf)

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