PROPOSITION CATHOLIQUE
Le travail des docteurs catholiques fut dëslors moins une réfutation qu'une véritable contre-proposition dans laquelle on admettait ou l'on rejetait les diverses maximes établies par la grande confession luthérienne. Les deux religions étaient mises en quelque sorte sur le pied d'égalité ; elles exposaient de part et d'autre les points par où elles se rapprochaient et par où elles s'éloignaient. La controverse s'engagea dans des termes modérés et libres, quoique les catholiques se servissent encore quelquefois des expressions vives et emportées des scolastiques. On ne voulait point une condamnation; l'empereur l'aurait-il désirée , qu'il aurait trouvé résistance passive dans le corps des électeurs , dont la majorité , même catholique , voulait qu'on respectât les privilèges et leur liberté princière. Des conférences olficielles furent ordonnées ; et parmi les sept personnes désignées par chaque parti on compta toujours deux grandes expressions des doctrines catholiques et réformées , Jean de Eck et Mélanchton *.
Pour rassurer les droits des princes protestans, la majorité catholique fit déclarer qu'il ne pouvait s'agir en aucune manière de blesser leurs privilèges politiques ; que la diète n'était détcr-
* CocHL^rs, pag. 217. Il assistait aux conférences. Comparez avec Sleidas, liv. vu, pag. 219.
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iiiiuée que par un grand mobile de conciliation. La conférence fut agrandie en conséquence de deux princes séculiers, Frédéric, fils de l'électeur de Saxe, et George, marquis de Brandebourg, désignés par les protestans; l'évèque d'Augsbourg et le duc de Brunswick élus par les catholiques. Les cahiers de la conférence survivent ; la plus grande intimité régnait parmi les commissaires , quelles que fussent d'ailleurs leurs croyances et leurs opinions; ils dînaient ensemble, et le soir ils discutaient convenablement autour d'une grande table sur laquelle reposaient les deux confessions catholique et de réformation *.
Dans ces diverses conférences on s'était entendu sur bien des points. Mélanchton , esprit fa cile , et qui eût été sans doute désavoué par son parti , avait concédé le libre arbitre , la justification, l'intercession des anges, la communion sous une espèce, fiicultative ainsi que les vigiles et les jeûnes. Les catholiques avaient également reconnu plusieurs articles de la confession d'Augsbourg ; il y eut dissidence ouverte sur la messe et les vœux. Les catholiques ne voulurent pas considérer la messe autrement que comme un sacrifice réel et substantiel ; ils refusèrent d'abandonner les vœux monastiques inbérens, selon eux, à la hiérarchie romaine : quelques demandes
' CoELE5ri5. loc. cilat., lom. m, pag 180.
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avalent été faites pour le mariage des prêtres; il fut répondu que ceux qui étaient mariés pouvaient garder leur femme , mais que le mariage en principe devait être défendu aux clercs *. Vainement, pour abréger et mieux résumer ces questions, on avait réduit à un comité de trois les membres de la conférence ; Mélancbton et Jean de Eck échangèrent encore de mutuelles concessions. Tout cela n'aboutit à aucun résultat; et il est à croire même, je le répète, que, si les commissaires se fussent accordés , la résistance des deux opinions extrêmes eût empêché un accord définitif et ratifié par le catholicisme et la réforme. Etait-il possible, en effet, que le pape approuvât, sans l'intervention active de son autorité , des accords arrêtés en Allemagne et qui secouaient la foi et la discipline ecclésiastique ? Et la correspondance de Luther nous prouve qu'il accusait Mélancbton de trahir les intérêts allemands dans ses concessions à l'Eglise **. Les commissaires s'étaient de part et d'autre trop avancés. Quand les hommes se touchent, il leur est bien difficile de ne pas s'entendre; mais alors, si les opinions qu'ils représentent conservent leur vivacité, elles les désavouent hautement et brisent les faibles
* Sleidas, liv. II, pag. 217.
** Rpisf. Luther, ad diversos, tUiiis la jjiaiiile coUcclion de Cœlestin, loni. w, fol. 231.