ÉLECTION DE FERDINAND
poursuivit les restitutions avec une persévérance implacable. Tout ce ([ui possédait vui ficfclu cleroé ou des moines réguliers était persécuté jusqu'à la réintégration complcle , et ces poursuites agitaient violennueiil le corps entier de la confédération*.
L'empereur, sans tenir compte de ro[>position des princes protestans et de l'électeur de Saxe surtout, réunit une diète à Cologne afin de procéder à l'élection du roi des Romains. Tous les princes catholiques s'y trouvèrent rassemblés , et prenant exemple sur Frédéric III qui sept ans avant sa mort lit reconnaître Maxiniilien son fils , Charles-Quint demanda l'élection de Ferdinand son frère ; il donnait pour motifs ses longs voyages , cette haute surveillance qui s'étendait sur deux mondes , et qui ne permettait pas toujours à l'empereur de présider à toutes les diètes et de gouverner les larges intérêts de la Germanie. Les princes catholi([ues en petit nondjre ne firent aucune opposition , et Ferdinand reçut la dignité que sollicitait Charles-Quint.
Alors la ligue de Smalkalde fortifiait ses liens : un traité secret fut signé afin d'éluder les anciens statuts de l'Allemagne qui ne permettaient aucune réunion politique sans l'assentimeut de l'empereur"'*. On borna l'objet de l'association à une
* SiriDAîf. liv. vin, pag. 261.
*' GoLDAST., Constit. impérial, collection des Iraités , ad aiiii. 1531.
280 ALLIANCÏS DE SMALKALDE (1531).
défense pure et simple envers et contre tous ceux qui attaqueraient un membre de la confédération pour cause de la réforme. Aucun but politique ne fut avoué. On stipula qu'il s'agissait pour tous de protéger la foi évangélique , si elle était attaquée.
A mesure que la ligue prenait , d'après les conseils de Luther , une existence régulière , les assentimens lui arrivaient de toutes parts. Ayant un but avoué de religion plutôt qu'un caractère de nationalité, on pouvait appeler à son aide tous ceux qui professaient la même croyance. Les rivalit^-s politiques contre Charles-Quint donnaient pour alliés à la réforme les princes en hostilité contre son grand système. Il fut résolu que l'électeur de Saxe écrirait au nom de la diète aux rois de France et d'Angleterre pour solliciter leur alliance afin de déjouer les projets ambitieux de Tempereur qui ne tendait rien moins qu'à la monarchie universelle.
L'assemblée de Smalkalde publia un long manifeste sur la conduite et l'esprit de ses délibéralions belliqueuses * ; et des envoyés secrets furent députés auprès de chaque prince dont on demandait l'appui. Henri VIII était alors trop occupé de la question de son divorce pour se jeter absolument dans de nouvelles diflicultés religieuses;
* On en aftiiLue In rédaction à Mclanclilon et à Luther.
LIGUE DE SMAl.K. ET DE FRANÇOIS I" (1531). 281
il avait d'ailleui's combattu Luther , et le théologien se reti'ouvait tout entier avec son esprit de dispute et ses petites haines; mais François I" , à qui le traité de Cambray pesait déjà , se hâta de répondre aux princes protestans. Il mit de côté les querelles de dogmes, pour ne plus voir que le point politique *. Guillaume du Bellay , seigneur de Langey , de cette famille d'habiles négociateurs à cette époque de hautes transactions et de droit public européen ** , fut envoyé auprès de la ligue de Smalkalde , avec mission spéciale de régler avec elle un traité d'alliance.
Ce traité ne stipula que des conditions relatives à la constitution germanique ; il n'y fut pas question du luthéranisme. On décida que François l" prendrait sous sa protection les privilèges des princes et des villes libres, et qu'il maintieu-
* Mémoires et négociations de du Bellay , liv. iv , pag. 131. — Pailvv. Hist. concil. Tridcnl. (om. i.
*' Voyez Lettre d'un setciteur du roi à un secrétaùe allemand , sur les différons entre la roi de Franco et femlierour. Paris, Sarteiias , 1546. Les Mémoires de Guillaume du Bellay ont été recueillis par son frère Martin, et se trouvent parmi les manuscrits de la bibliothèque du roi , n° 6205; et ancien fonds Colbert , n" 6240 , sous ce titre : Guill. Bellaii domini de Langei de Relus gest. Francise. I régis , in-4". Ils ont été publiés et translatés en français par l'abbé Claude-François Lambert. Paris, 1753, 7 vol. iii-12.