LE LANDGRAVE ET FRANÇOIS
cial , le Wittembcrg devait demeurer en la possession du due Ulrie, au préjudice de la maison d'Autriche *.
Le landgrave de liesse, le plus immédiatement obligé envers le roi de France , crut nécessaire de lui expliquer les motifs de cette transaction arrêtée avec l'empereur. Une lettre conservée en autographe disait** « que la convention germanique ne dérogeait en rien aux choses par nous traitées avec V. M., lesquelles nous voulons demeurer saines et entières. Nous ne devons celler à\ . M. que hier et d'autres fois ils nous sont venuçs nouvelles que nous pouvons vous assurer d'avoir une partie des gens de guerre de tous les meilleurs capitaines que eut jamais l'empereur dont il s'est aidé à l'encontre de Votre ditte Majesté, tellement que, grâce à Dieu , on en doit bien espérer. »
Cette impossibilité de faire rétrograder les doctrines de la réforme dans l'Empire était un grave enseignement. A mesure qu'elles trouvaient une plus vive résistance matérielle , elles étendaient leur conquête morale; le Wittemberg recevait la prédication luthérienne, et Charles-Quint était obligé de subir de dures conditions. Ces succès enflaient le cœur de Luther , le plus belligérant
'R^TNALD.ad aiiii. 1534, n" 18. — Si.EiDi>-, liv. ix, i)ag.278. •*3Is!(. de Béthune, n" 8493 , fol. 84.
286 CONSULTATION SUR LA POLYGA'iilt (1539).
des sectateurs de la nouvelle doctrine. C'est lui qui avait poussé le landgrave de liesse à ces hostilités heureuses, lesquelles avaient amené la dernière transaction. Ce prince était devenu son héros ; il n'avait plus pour la maison de Saxe cet attachement dévoué qui avait marqué l'origine de sa prédication. Tout ce que désirait le laiulgrave, Luther l'accordait avec zèle; que pouvaitil refuser à celui qu'il appelait le glaive de la nouvelle foi ? C'est à cette époque de triomphe que parut la singulière consultation de l'école luthérienne sur la polygamie en faveur du landgrave ; Bucer avait développé la triste situation <lans laquelle se trouvait le prince réformateur ; sa forte comjdexion ; les effets d'une table somptueuse, inévitable dans les fêtes et les assemblées de l'Empire , accroissaient ses désirs ; il ne pouvait là y conduire sa femme , à cause de l'embarras et des pompes ; il ne pouvait non plus quitter sa concubine, avec laquelle il n'avait pas la force de rompre des habitudes criminelles. Que faire en cet état, si ce n'est recourir à un double mariage permis par l'Ancien Testament ? « C'est pourtjuoi , disait le landgrave, et, pour le salut de mon âme, je consulte Luther, Mélancht(wi et Bucer , pour qu'ils me donnent témoignage sur le parti que je dois embrasser.» Les trois grands théologiens de la réforme répondirent timidement ; a Nous avons lu dans les instructions