‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 167 sur 185 · LUTHEK SUR LE CONCILE · texte numérisé non relu

LUTHEK SUR LE CONCILE

cupations de Chorles- Quint; il y voyait un moyeu ùe ramener l'ordre dans les doctrines et dans les souverainetés. Il avait long-temps négocié avec les papes Clément YII et Paul III, leur présentant la grande assemblée ecclésiastique comme «n terme à la réforme ; mais plusieurs questions préparatoires devaient être soulevées. Les protestans admettraient-ils l'autorité d'un concile convoqué par le pape ? Sousquelle influence et d'après quels principes agirait-il ? Dans quelle ville et sous (quelle domination serait-il réuni?

Lorsque les premières ouvertures furent faites aux princes protestans, ils se bornèrent à répondre que pour être libre, le concile devrait se tenir en Allemagne, et , selon les vieilles lois, être convoqué par l'empereur.

Dès que Luther eut également appris la résolution arrêtée par Charles-Quint de confier à un concile le jugement des questions religieuses, il se hâta de publier un pamphlet pour déterminer précisément quelle était l'autorité des assemblées épiscopales. « Il ne leur est pas permis, s'ccrie-t-iL j d'établir de nouveaux articles de foi, d'ordonner de nouvelles œuvres, de gêner la conscience par des pratiques ou cérémonies religieuses, enfin, de se mêler du gouvernement politique ou civil. Ce qu'elles doivent faire, c'est de ramener les ])rincipes de l'Eglise à la pureté de leur origine , et par conséquent elles doi\ ent forcer le pape ,

LUTHER CONTRK LE flOlNCILE (1539). 327

qui séduit les fidèles par de fausses doctrines , à remettre les choses dans leur état primordial*. » Dans un autre écrit tout entier de la main de Luther, le réformateur développe avec un soin^ tout particulier les points que le concile devra résoudre : sur la présence réelle , le péché originel, la pénitence, le mariage des prêtres. Pour toutes ces questions il ne fait pas une seule ("oncession aux antiques lois de l'Eglise ; il déclare raème que ce sont les conditions invariables qui doivent servir de base à toute espèce de transaction avec Rome **.

Dans la vérité , les luthériens ne voulaient plus du concile; l'école de Mélanchton , dépassée depuis les derniers succès des prolestans sur l'archiduc Ferdinand, se serait plus facilement arrangée d'uue assemblée générale; mais Luther, impitoyable alors contre toute organisation catholique et romaine, dédaignait un jugement qui,

* Erfurt. 1539.

*' Cet écrit, que je crois de la main de Luther, porte ce titre : ■' Articuli qui dehiierant in concilia apud Mantuam tel ubiquumque futuruvi essct : exhiberi noinine uosl. pati. et quid nos recipero aul concedere oel non possimus. » Il est signé de ces initiales D. M. L. , chiffre habituel de Luther ; il est en original dans les manuscrits Dupuy ( Bibliothèque du Roi), n"' 355, 356. Dans le niiinc manuscrit se trouvent plusieurs pièces qui tiennent à l'histoire des deux époques du concile de Trente.

328 COiNVOCATlON DU CO?JCiLE (1537).

dans le système d'un concile quel qu'il pût être, lui aurait été nécessairement défavorable , en lui enlevant surtout la puissance matérielle qu'il avait ac({uise par la réforme *.

Charles-Quint persista dans sa première idée; et puisque les protestans se refusaient à un concile , il résolut de le convoquer tout catholique. L'empereur pensait qu'aux yeux, du monde chrétien l'autorité d'un concile lui donnerait des armes , et qu'il pourrait agir plus efiicacement une fois que les hautes questions en dispute dans les écoles seraient décidées. Quand il eut entraîné le pape Paul III à ses desseins, il se hâta de faire fixer un lieu pour la tenue de l'assemblée , et surtout de l'environner de telles solennités, que son éclat et sa force d'opinion répondissent à la grandeur du but qu'il se proposait. On avait d'abord désigné Mantoue , puis Bologne ; la ville de Trente , libre alors , fut acceptée , et on arrêta que le pape inviterait tous les princes séculiers à députer des ambassadeurs auprès du saint concile , afin de lui donner un caractère d'universalité **. Pour assurer la pleine liberté des délibérations,

' Paiiwicin. , Hist. concil. Trident, liv. v, c. 17,n° 8. — Labbe, Collect. concil. tom. xiv, pag. 732.

*' Il faut comparer, pour les deux époques du concile de Trente , les deux grands historiens : Fra Paolo , dévoué au tiers-parti, et Pallaviciii tout entier dans les intérêts du pape.

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