‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 177 sur 185 · ACCORD DU PAPE ET DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

ACCORD DU PAPE ET DE L'EMPEREUR

pour constater à quel point la dissolution du corps germanique était arrivée. Quoique régulièrement convoqués , aucun des princes protestans ne s'y présenta ; à peine daignèrent-ils députer quelques ambassadeurs *. Une résolution y fut prise par les catholiques afin d'adhérer au concile. Mais quelle force pouvait avoir ce décret, qui n'était que l'expression d'une minorité ? Il fallait en fiuir avec le désordre , et l'empereur chargea le cardinal de Trente de communiquer au pape une lettre confidentielle : « Très-saiutpère, vous devez avoir appris par les bruits publics l'orgueilleuse insolence des ennemis du saint-siége et de l'Empire , les forces qu'ils mettent sur pied pour soutenir leur secte sacrilège; tout cela doit engager votre sainteté à protéger une ligue contre eux ; car sur qui se portent les coups des hérétiques, si ce n'est sur l'tglise de Rome ? J'ai besoin d'employer l'épée , et , avec le secours des électeurs et de mes sujets qui sont restés catholiques , je pourrai venir à bout des séditieux : le cardinal Madrucce vous dira quels sont les plus pressans besoins de cette ligue **. »

La lettre de Charles-Quint tendait à obtenir

* 11 ne s'y trouva que les envoyés de l'électeur Palatin , des villes de Cologne , Munster , Nuremberg , Nordlingue et Rafisboiine. (Sleidaw , liv. xvii , pag. 580.)

*' PvinviciB., Hist. rottcif. Tridenl.,V\\. vi , eap. 1, n" 2.

MANIFESTE DE fiUEKRE (1546). 343

des subsides en hommes et en argent. La question avait été déjà proposée en congrégation secrète, et Paul III , appréciant toute l'importance de réduire l'Allemagne au catholicisme, s'engagea à fournir douze mille Italiens et 200,000 écus d'or ; Charles-Quint s'obligea de son côté à faire rentrer la Germanie sous la foi romaine. Le traité était à peine scellé du sceau pontifical et les troupes auxiliaires en armes , que l'empereur publia son manifeste: il se gardait dans cette proclamation publique de parler des principes religieux , mobiles pourtant de la guerre qu'il entreprenait; il invoquait les droits de l'Empire méconnus, l'anarchie que qnelques uns avaient jetée dans l'ensemble de 4a constitution germanique *. L'empereur sortait enfin de son caractère conciliant et timoré ; il n'avait pu rapprocher les deux crovances ; il cherchait à les dompter l'une par l'autre.

Les princes protestans ramenèrent le manifeste impérial à son expression vraie ; il annoncèrent au peuple des électorats et des cités libres, qu'il ne s'agissait pas de protéger l'ordre et la constitu tion qui n'avaient jamais été troublés , mais d'éta blir la tyrannie politique de l'empereur sur la tyrannie religieuse du catholicisme **. Tous les ministres du luthéranisme , ^Bucer , Mélanchton ,

*DETHOc,ad ann. 1546.

" SiKiDi-^, liv. xvu , pag. 5'.»7,599.

344 BATAILLES EN OEUMAIVIE (1546—1547).

Juste Jonas , écrivirent des pamphlets pour appeler aux armes les cercles et les villes réformées. A ces voix si connues de la population allemande, il se fît un immense mouvement : l'électeur de Saxe et le landgrave , proclamés chefs des armées germaniques , parurent aux batailles pour combattre les soldats du pontife de Rome et de Charles-Quint, soi-disant empereur. Il y eut ligue non seulement entre la confédération, mais encore avec la cour de France. Le roi dcDanemarck parut au champ de ^aerre pour soutenir la liberté des électeurs. Les étendards furent levés dans la plaine ; on lisait sur le gonfanon armoirié du landgrave ces mots symboliques : « La coignée a déjà frappé l'arbre à sa racine. Celui qui ne porte point de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » Le duc de Saxe avait une devise plus pieuse encore: « Sauvez votre nom, Seigneur;» tandis que l'orgueilleux roi de Danemarck avait brodé de soie et d'or ; a Nos libérateurs viendront du septentrion *. »

La guerre civile fut entière. De prompts succès couronnèrent d'abord les armes des réformateurs; lelandgrave s'empara de Bona^vert et de Dillingen; juais cette confédération ne marchait pas avec ordre , avec unité; Cliarles-Quint eut la victoire. Jean Frédéric, électeur de Saxe, vaincu à la ba-

* Don Astonio de Veiiv , Hisl. Cari. V. pag. 2 43. — IkuARii s , m lomment. liv. xxiv , ii" 22.

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