TRAVAIL POUR L'INTÉRIM
taille de Muhlberg, fut fait prisonnier, condamné à mort et gracié sur les plus vives et les plus humbles soumissions. Le landgrave de Hesse , ap- ])elé a^ ec un sauf-conduit auprès de Charlcs-Quint, fut néanmoins retenu en captivité; l'empereur imposa à l'un et à l'autre les conditions les plus dures. Dans toutes les villes qui avaient embrassé le luthéranisme , on dut restaurer la messe et les pompes du catholicisme ; les évèchés furent rendus à leurs anciens possesseurs. L'Empire était devenu en quelque sorte une grande monarchie oîi la victoire avait aboli les vieilles institutions, les prérogatives , les libertés électorales *.
Cependant la question religieuse devait être décidée. L'empereur s'était déjà mis en opposition avec le concile de Trente et avec le pape surtout'qui voulait le transférer à Bologne, ville à sa convenance et sous sa domination. Charles-Quint n'était plus si disposé en faveur de Rome opiniâtre; il ne tendait dans toute chose qu'à un point exclusif: l'unité allemande sous son sceptre. C'est dans cette vue qu'il essaya la mesure diHi- <;ile de l'Intérim, nouvelle tentative conciliatrice pour amener les deux Eglises à une commune foi. L'empereur prit prétexte des longueurs du concile pour justifier la nécessité d'une concordance entre les luthériens et les catholiques. Dans le même temps qu'il tenait une dicte à Augs-
* SiBiDAs , liv. XIX , png. 664.
346 PUmCIPES DE L'INTEROl (1548).
bourg, il manda auprès de lui Jules Phlug, prélat à mœurs douces , évèque de Naumbourg , et Jean Agricola d'Islebe, de récole de Mélanchtou, et qui avait travaillé avec lui à la confession d'Augsbourg: il leur adjoignit l'évèque titulaire de Sidon , et tous trois durent présenter à la diète un formulaire général dans lequel étaient résumées les principales questions en dissidence. C'était à peu près le même travail qu'avait entrepris Mélanchton à une autre époque; mais le nouveau formulaire avait une tendance plus fortement catholique : les revers de la religion réformée expliquaient ces concessions *.
Dans Vlntcrim, véritable traité de philosophie religieuse , on reconnaissait , avec de légères modifications , la théorie catholique sur le péché originel, la grâce, la justification, la présence réelle, la suprématie des évèques et du pape, les sacremens , la messe; on conserverait dans les Eglises les autels , les habits sacerdotaux , les croix dorées, les orgues, les chandeliers, les images pieuses et le chant des psaumes. Il ne devait plus y avoir de superstitions; on honorerait les saints, mais on ne les adorerait pas. V Intérim maintenait les processions, les lustra tions d'eau bénite et les veilles solennelles de Pâques et de Pentecôte. A l'égard des prêtres mariés, leur union était pro-
* Paiiaticin. Hist. concil. Tridenlium , lib. x, cap. xvu , II" 1.
DIFFICULTÉS SUR L'HTÉRUI (15 '.8). 347
visoirement consacrée; on attendrait les décrets du concile sans qu'on put les forcer à quitter la femme de leur couche et de leur amour. La communion sous les deux espèces était facultative jusqu'à la décision définitive d'une grande assemblée de l'Eglise *.
Cet Intérim fut également attaqué par les protestans et par les «'atholiqucs **. L'imprimerie avait créé une puissance d'opinion, et lorsqu'une mesure n'était point en harmonie avec les sentimens populaires, aussitôt se manifestait une violente opposition d'écrits qui circulaient dans toute la Germanie. Il fut impossible à l'autorité de Charles-Quint de ftiire exécuter l'Intérim et de rapprocher les vieux principes religieux des nouveautés adoptées en majorité par la confédération allemande. D'ailleurs, au milieu des inquiétudes que lui donnait la cour de Rome , Charles-Quint s'était aperçu qu'il s'aliénait une force en persécutant les princes protestans, en même temps qu'il n'acquérait pasun appui dans un pontife inflexible. L'Allemagne fermentait. Henri YIII et François P"", les plus redoutables ennemis de Charles- Quint, n'existaient jjIus ; mais Henri II de France
* Carol. V , iiiip. Aiig. Inlcrim , tom. i. — Constit. impérial. GoLDAsr. tom. i, pag. 518.
** Voyez la longue protestation de l'Eglise calholiqne, publiée par Robert Cciialis , évêque d'Avranches , sou.s ce titre: Antidotum ad postulata inlcrim. Paris, 1549 (rare).
348 TRAITÉ DE TASSAW (1552).
avait hérité des intérêts et des traités qui l'unissaient aux princes protestans. Une armée de gentilshommes s'avançait vers les villes impériales ; les populations allemandes saluaient comme des libérateurs ceux qui venaient établir parmi elles l'indépendance religieuse et les privilèges de l'Empire *. En vieillissant , Charles-Quint avait médité les doctrines des luthériens; il avait opposé la simplicité de leur foi et de leur conduite aux didicultés des conciles et de la cour romaine. Les électeurs catholiques eux-mêmes se plaignaient hautement des derniers actes qui avaient méconnu les garanties germaniques. Tous ces motifs préparèrent sans doute la grande transaction de Papsavi^ , l'acte le plus important dans l'histoire du droit public , parce que , proclamant pour la première fois la liberté de conscience, il fit passer l'Allemagne sous l'empire d'un principe tout politique.
Dans cet acte immense , le roi des Romains , Ferdinand , exposait les malheurs des guerres intestines qui pendant longues années avaient divisé l'Allemagne; il appelait comme remède la concorde religieuse; il y disait : « Sa Majesté impériale , ni nous, ni les électeurs, princes et Etats du Saint-Empire , ne souflrirons point que l'on violente aucun des Etats de la confession d'Augsbourg , par voie de fait ou autrement, pour cause
* De Tnni , Ifitl. ann. 1549.