‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 2 sur 185 · XVIII · texte numérisé non relu

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du royaume. Là se trouve une porlion des Archives de Simancas. En méditant l'esprit d'un travail historique sur la ligue, je crus qu'il était impossible de parfaitement juger les événeraens de cette époque sans connaître les rapports diplomatiques des partis avec l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne , Rome et Genève ; l'Espagne avait joué surfout un rôle si actif, exercé une influence si immédiate qu'il devait y avoir dans ses archives bien des confidences. Je visitai la péninsule , ses dépôts en désordre; je parcourus surtout San- Lorenzo, palais désert d'où les volontés de Philippe II partaient pour remuer le monde ; et c'est dans ces vastesv^t sombres couloirs , à l'aspect de ces belles tètes de moines hiéronymites et franciscains que je me suis le plus souvent reporté à cette époque de la ligue , où leurs voix populaires remuaient les confréries et les métiers. Quelle puissance alors que la chaire retentissante! Quelle époque d'intelligence que celle où un homme montait sur un pilier des halles ou au pied de la croix en Grève, et de là, haranguant la multitude, lui faisait tout sacrifier à un intérêt moral pour un monde à venir ! Le moyen âge fut le règne

de la parole; la chaire se posa , comme une grande tribune, au milieu des peuples.

A mou retour d'Espagne , je pus me convaincre que les débris que nous possédions à Paris ofl'raient les pièces les plus essentielles pour l'histoire des négociations de la ligue avec l'Espagne *. Vous savez , Monsieur , l'origine de ce dépôt que les hasards de la conquête et de la guerre nous ont donné, et que ministre des afiaires étrangères , vous avez puissamment contribué à nous conserver. Ces papiers furent enlevés des archives espagnoles les 2§ août et 9 novembre 1810 , et 8 mars 1811. Ils consistaient alors en huit mille deux cent quarante-six articles.

En 1814 , le gouvernement Espagnol les réclama. Une lettre du 1-4 novembre , du ministre de l'intérieur , et adressée à M. Daunou, ordonnait l'expédition de ces papiers pour Bayonne, à l'exception de ceux qui étaient relatifs aux ajffaires de France. Cette expédition se fit le 23

* Mon seplième volume ( F' des pièces) rapportera le titre de tous les manuscrits que contiennent les biblioMic(iues espagnoles sur la réforme , la ligue et le règne de Henri IV.

février 1815 ; elle consistait en cent quarantesix caisses renfermant sept mille neuf cent quarante-huit articles. La cour d'Espagne ayant fait vérifier les pièces, reconnut qu'il lui en manquait une assez grande quantité, et les fit réclamer de nouveau par son ambassadeur. M. Laine, alors ministre de l'intérieur (21 novembre 1816), écrivit une lettre au directeur des archives sur ce sujet ; il le priait de vérifier si les papiers demandés par le gouvernement espagnol étaient de quelque utilité pour la France ; dans ce cas on les conserverait; au cas contraire, on devait les rendre. Vous défendîtes, Monsieur, en 1820, les droits de la France sur les documens de sa propre histoire. Depuis cette époque il paraît que ces papiers n'ont plus été réclamés. Ils sont dans les archives du royaume , section historique La collection se compose de deux cerit quatre-vingt-dix-huit articles classés par ordre alphabétique depuis A jusqu'à R y compris. Chaque article renferme deux à trois cents pièces ; A , B , C , D , contiennent à eux seuls deux cent trente articles. Cette collection embrasse les années IS'iS à 1712, mais sans aucun ordre de da-

tes. Je publierai dans mon dernier volume les pièces les plus importantes de ce dépôt , qui m'a été ouvert par une autorisation de M. Daunou , et les soins bienveillans de M. Michelet, chef de la section historique.

La préfecture de police a aussi des archives riches de documens populaires pour la ville de Paris. Moi qui , pour expliquer l'épopée de la ligue, voulais surtout rerouver les halles, les confréries, avec leurs émotion.*, j'ai parcouru avec enthousiasme le livre des bannières du Châtelet, les délibérations des confréries, tous ces actes du peuple pris sur place et qui font si bien connaître un temps , ses mœurs , ses habitudes. Je dois beaucoup à l'obligeante érudition de M. Labal , archiviste de la préfecture ; et ceci me conduit à parler d'une découverte inestimable quand on examine l'histoire dans ses rapports avec les masses.

Paris joua un grand rôle dans la ligue ; son peuple , son conseil municipal , ses échevins , agirent activement; il devait rester des documens écrits de ces délibérations si fréquentes des métiers et des halles. Je recherchai donc avec pcr-

sévérance les registres du bureau de la ville; aucun historien même spéeial n'en faisait mention. J'allai à la préfecture de la Seine ; on me répondit qu'on ne savait pas ce que je demandais. Je trouvai aux Archives du royaume (section administrative ) un grand dépôt des papiers de la ville de Paris, avec 103 volumes des registres du conseil municipal depuis l'année 1-499 à 178-4. M. Champollion-Figeac m'indiqua également aux manuscrits de la bibliothèque royale sept cartons des anciens titres de l'hùtel-de-ville, et parmi lesquels un volume , petit in-folio, d'une de ces mains de savans , laborieuse et exacte. C'était l'analyse des registres du conseil municipal , jour par jour , empreinte à chaque page de la vérité naïve de l'érudition du siècle passé. Ces délibérations de la grande cité changent l'esprit de la plupart des événemens de la ligue; on y voit très-exactement le rôle que les masses y ont joué, et cojubien elles ont dominé les résolutions du conseil du roi et de la cour. Deux de ces cartons sont relatifs aux chaînes, fortifications des rues et des remparts, et aux arméniens de bourgeois , élections des officiers

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municipaux. Je les crois encore d'une vive curiosité.

Les bibliothèques de provinces offrent également de hautes ressources historiques; on a placé le siège exclusif de la ligue à Paris. Celle vaste association se composait d'une multitude d'associations particulières , et le point central est aussi bien Lyon , Marseille , Toulouse , que Paris ; ensuite, par des hasards qu'on s'explique, plusieurs de ces bibliothèques possèdent des collections spéciales et curieuses. A Besançon , par exemple , qui a recueilli le précieux dépôt du cardinal de Granvellc, on trouve §5 vol. de pièces , toutes relatives aux règnes de Charles- Quint et de Philippe II; 7 vol. de lettres de Jac([ues Ilopperus , secrétaire du dernier de ces princes; 6 vol. de lettres de Champagney, chef de ses finances, et 9 vol. encore de la curieuse ambassade de Chantonney; et je rap pellerai que c'est également à Besancon qu'il faut fouiller pour recueillir tous les documens sur Marie -la -Catholique et Elisabeth d'Angleterre , en ce qui touche les raj)ports avec la France. Les 5 volumes des négociations de Ue-

nard sont un des précieux souvenirs pour la réforme.

Lyon est la bibliothèque la plus riche, parce que cette grande et religieuse cité entra profondément dans l'association catholique. Je ne citerai que le manuscrit de tristihus Galliœ , avec ses curieuses miniatures de guerres civiles dans le Lyonnais et le Dauphinois, et ses huguenots à tète de singe renversant les antiques figures qui ornent l'église de Saint-Jean. Comment s'imaginerait-on aussi que c'est à Aix qu'on trouve la chronique originale de Roset sur les premiers temps de la réforme à Genève ?

J'ai besoin maintenant de vous dire , Monsieur, quel sera l'esprit et surtout quel est le but de ce livre. Mes études ont toujours été portées sur notre histoire. Dans Vhilippe Au (juste , j'ai cherché à reproduire les temps de chevalerie et de féodalité, l'époque des batailles, l'épopée du . moyen âge. AJHistoire Constitutionnelle embrasse les quatorzième et quinzième siècles, temps de reconstitution pour la société où tout se régularise administrati\ement pour s'assouplir ensuite sous la main de Louis XI; le grand mouvement de la

réforme et de la ligue , le règne de Henri IV , et comme je l'ai dit , l'action , la réaction , la transaction , suivent naturellement ces premiers travaux; je les donne aujourd'hui.

J'ai pensé qu'il fallait pénétrer dans ces temps sans préjugés, me dégager de tout jugement fait d'avance ; attaquer avec hardiesse les caractères défigurés par de faux éloges ou le clinquant d'une vaine philosophie ; élever sans crainte ceux que les haines religieuses de l'école du dernier siècle avaient abaissés ; faire la part des opinions ardentes, du mouvement des niasses impérieuses, des nécessités politiques; trouver moins des crimes privés que des entrainemens de parti; marcher dioit, le front haut, à la vérité entière et complète, par les documens. Il ne s'agit plus d'une lutte, mais de l'histoire. Je ne l'oublierai pas.

Et quant au but de cet ouvrage , plus que personne. Monsieur, il vous appartient de le comprendre et de le juger. Au temps de passions politiques où nous vivons, il n'est pas inutile peut-être de montrer comment les partis d'une autre époque s'agitèrent dans le sang avant d'arriver à une transaction que la parole des hommes

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