CONCILE DE LATRAN
restreinte et limitée , n'atteignant aucun des grands principes et des tristes abus de la constitution ecclésiastique. L'archevêque de Naples fit la lecture d'un long décret touchant la vieille discipline de l'Eglise qu'on cherchait à rappeler. Les évêques ne devaient désormais êtres élus qu'à vingt-sept ans , les abbés à vingt-deux , et leur élection n'était légitimée qu'après avoir entendu des témoins dignes de croyance. Une fois élu , l'évêque ne pouvait être transféré d'un lieu à un autre que pour des raisons graves et sur une enquête. La possession de deux bénéfices était interdite sur une même tête, à moins de motifs indiqués dans la bulle d'institution *. Ces principes de discipline furent long-temps discutés et partiellement admis par le concile. Pouvaient-ils satisfaire le sentiment universel d'une plus large réforme ?
Dans ces désordres au sommet de la hiérarchie, il n'était pas étonnant que les Eglises particulières restassent sans règle , livrées à elles-mêmes : l'univers catholique était plein de disputes et de vaines querelles ; chaque ordre monastique avait son opinion et la faisait soutenir par ses membres ; i^ ordre se prononçait pour le concile de Pise, un autre pour celui de Latran; et sous les voûtes saintes de la solitude et du renoncement , on écrivait dans ce style d'école où l'injure et le mépris
* Labbe, CoUcrt. (om. XIY, png 27 à 50.
56 DÉSORDRES HXSS L'ÉGLISE (1500—1517).
étaient prodigués : les augustins , les jacobins s'accusaient réciproquement d'hérésie; les disputes sur Aristote , sur les réaux et les nominaux , ces exercices subtils de l'esprit universitaire se renouvelaient avec fureur ; TEglise demeurait sans direction. Budé nous a laissé le tableau do cette situation désordonnée du catholicisme : « J'ai visité la plupart des monastères qui se sont trouvés sur ma route ( il venait alors de Rome ) , et partout j'ai trouvé la licence des mœurs et le mépris de la règle. On ne s'occupe point assez de l'Eglise et d'une réforme dans ses coutumes , et je crains bien que tout cela ne finisse par un coup de tonnerre *. » Ces plaintes d'un esprit prévoyant et sage venaient s'abîmer devant les querelles politiques qui entraînaient Jules II dans de lon- .gues batailles sur les champs de guerre de l'Italie.
Tandis que les courses militaires et de vastes négociations diplomatiques absorbaient Jules II , le concile de Pise était encore réuni pour la réforme de l'Eglise. Une résolution sévère venait d'être prise contre le pontife qui n'avait pas accédé à la puissance de l'assemblée épiscopale : « Au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit , y était-il dit , le concile général de Pise , légitimement réuni , représente l'Eglise universelle. Puis-
* BiDEi's, Episl. 16.