CO^CILE DE PISE
qu'il faut retirer le peuple des mains Je Goliath et de la ruine dont les Philistins le menacent , c'est-à-dire de ce déluge de crimes qui inondent l'Eglise dans son chef et dans ses membres , que la foi périclite et que la maison de Dieu tombe en ruines, le saint concile ici présent s'est réuni pour réparer ces désordres. Tel a été le dessein de cette assemblée qui a été tant traversée depuis son commencement , principalement par celui qui devait la protéger. C'est pourquoi le saint concile exhorte les cardinaux , les patriarches , les archevêques à ne plus reconnaître le pape Jules II, et défend de lui obéir à l'avenir comme contumax , auteur de schismes , incorrigible et endurci *. »
Cette résolution des évêques constitués à Pise, tradition des conciles de Bàle et de Constance, fut vivement repoussée par les excommunications du pape et de l'assemblée pontificale qui poursuivait à Latran une réforme de pure discipline dans le sein de l'Eglise. Un premier décret de cette assemblée restreinte régla les monts-de-piété où l'usure s'était introduite ; il s'occupa ensuite de corriger les mœurs des chapitres dans lesquels les clercs n'observaient ni devoirs, ni prescriptions ecclésiastiques ; les évêques durent désormais pénétrer une fois par mois dans les
* //♦ Acl. concif. PiaaH. ii , pag. 93.
58 CONCILE DE LATRAN (1512— î 5 17).
couvens de filles, afin d'y maintenir l'ordre et les mœurs, car il s'y passait des scènes de débauehes scandaleuses, jusque dans les cellules où pendait l'image de la Vierge. Enfin , un dernier décret s'opposa à ce mouvement philosophique des esprits qui menaçait la puissance du catholicisme. « La science s'acquiert par la lecture des livres , et l'imprimerie facilite aux savans des moyens sûrs pour acquérir de nouvelles connaissances; mais il est venu au\ oreilles du pape que plusieurs imprimeurs publient grand nombre de livres latins, traduits du grec, de l'hébreu, de l'arabe, qui contiennent des dogmes pernicieux et des erreurs de foi : le concile ordonne qu'aucun livre ne sera imprimé ou publié qu'il n'ait été examiné à Rome par le vicaire du pape et le maître du sacré palais ; et dans les autres diocèses, par un docteur du choix de l'évêque ou par l'inquisiteur pontifical *. »
Une double impulsion était ainsi donnée dans l'Eglise : le concile de Pise cherchait à suivre le mouvement des esprits , à procéder en grand , afin d'éviter une révolution prochaine; les pères de Latran et le souverain pontife , en faisant quelques légères concessions , s'opposaient aux nouveautés réformatrices , à la tendance des opinions, et avec une habileté sans égale Léon X , à son avè-
*R\i5AL. ad ann. 1515, n" 5, e.v acf. Concil., 1515-20.