PAMPHLET CONTRE LES PAPES
ne fait que vaguement indiquer sa théorie du serf arbitre , qu'il précisa })lus tard avec une volonté si impérieuse. Il n'est point encore assez fort pour marcher à l'absolu ; il attaque par des formes de liberté une autorité si grande sur le peuple, l'édifice antique et puissant de l'ÉHise catholique; mais il ne formule aucun corps d'o- ])inion. Les épitres de saint Paul , les œuvres de saint Augustin sur la haute- destinée de la conscience humaine , sont toujours devant ses yeu\ ; il les médite, et c'est sur cette base principale qu'il travaille à systématiser sa théorie delà grâce et de la justification *.
Pour mieux populariser sa cause parmi les princes et se défendre contre l'impression produite par la bulle pontificale , Luther publia en allemand , dans la langue des masses , une virulente diatribe contre les papes : « Combien de guerres meurtrières n'ont-ils pas soutenues pour relever leur autorité ? s'écriait-il ; quel est ce faste , cette triple couronne qu'on nomme leur tiare ? Vicaires d'un Dieu sacrifié, ne doivent-ils pas renoncer à toutes ces pompes qui corrompent l'Kglisc? Je propose à toutes les nations une grande réforme : je demande que les empereurs et les princes aient sur les ecclésiastiques le même pouvoir que les papes , et que ceu\-
* Marliv. Luth. p>o locton , édit. tic 1582. I. 10
110 LE LÉGAT ALÉANDER (1520).
ci , ainsi que les évêques , soient soumis à l'empereur *. »
Par ce pamphlet , l'habile novateur cherchait à s'opposer aux mesures que Léon X venait de prendre contre sesprédications. Ces mesures étaient violentes ; Luther se trouvait hérétique , déclaré par une bulle, et il était de droit public et canonique alors qu'aucun ne pût prêter aide et asile à un excommunié. Le pape avait envoyé en conséquence un nouveau légat en Allemagne ; son nom était Âléander , esprit plus cultivé , plus élevé dans la science que ceux qui jusqu'ici avaient été délégués pour ari'éter la prédication luthérienne. A léSïnder s'adressa à l'empereur pour la convocation d'une diète spéciale à Worms ** , afin de faire condamner par le corps entier des princes germaniques les doctrines frappées de l'excommunication. Son but surtout était d'appeler des peines temporelles contre Luther et ses adhérens , comme on avait agi il y avait déjà un siècle contre Jean Huss et Jérôme de Prague. Mais la puissance du novateur était grandie ; ce n'était plus un simple sectaire qui dans
* Inler oper. Luther, lib. de captivil. Bahylon. loni. u . fol. 60.
** Je ne suis ici que le développement de la doctrine ; le mouvement politique de la rérorme compose un chapitre a ])ar(; je parlerai là de l'élévation de Chailcs-Quint à l'empire.