LES SAVANS
gne , d'Angleterre ou de France ne pouvait commencer sa grande carrière sans faire un pèlerinage dans les récentes imprimeries de Rome, de Florence et de Venise ; il s'y faisait prote , corrigeait les scolies , comparait les versions , et sa réputation était accomplie lorsqu'il sortait de ses mains un Platon , un Virgile , un saint Jérôme avec un texte correct et commenté de quelques mille notes *.
Cette grande propagation de volumes s'appliquait tout à la fois à la littérature profane et aux livres catholiques. Avec l'imprimerie et comme pour lui donner une nouvelle impulsion , était arrivée la noble époque de la renaissance, cette émigration scientifique des Hellènes, qui avaient transmis à l'Italie et de l'Italie en France et en Allemagne la science pure de l'ancienne Grèce. On vit alors des idées nouvelles, une génération de savans se livrer à tous les travaux de l'esprit, à toutes les investigations d'une érudition travailleuse ; un échange , un commerce de lettres , de disputes , de controverse s'établit dans toutes les parties de l'Europe scientifique ; un savant au seizième siècle était un homme universel , connu
* Ébasme , Calalogus omnium Eras7ni lucubmtionum. Il avait été lui-même correcteur et prote à Venise. Caietano le lui rappelle avec amertume : Ipsum Aldi , heri sut , oflîrinœ tHiitisfrdssp , et ibidem qucestum fecisse.
LES SAVA>'S. — ÉRASME (1502—1512). Sr>
de tous, fêté par les souverains qui se disputaienî J'honneur de le posséder à leur cour, de le placer dans leur Université. Quand on découvrait un fragment d'Homère, quand on pouvait donner uu bon texte d'Euripide ou d'Anacréon, un cri de reconnaissance se faisait entendre; on visitait l'érudit célèbre dont les veilles avaient arraché le voile au précieux monument de l'antiquité , comme l'artiste qui arrachait la Vénus aux fornies d'or des entrailles de la terre; en le couronnait de lauriers dans le Capitole. Existc-t-il une imposante réputation comme celle d'Erasme ? quelque chose est-il comparable à cette puissance de renommée qu'on saluait en même temps dans la Hollande, en Italie, en France et en Angleterre* ? La vie d'Erasme est la vivante expression de l'érudition de ce siècle. Quand on parcourt ses œuvres immenses, ses commentaires, son spirituel Eloge de la Folie, ses colloques, ses adages, ses épîtres, échange d'amitié, de science et de hardiesse , on y trouve déjà les premières tentatives d'une réforme empreintes à chaque ligne, à chaque épanchement sur l'avenir **. Pontanus, Agriu-
* Je ne connais que Scaliger qui se soit élevé contre l'adiniralion générale qu'inspirait Érasme dans son Oraiio pvo Cicérone contra Erasmiim.
La première édition des œuvres d'Érasme c ( «elle dt; Khenanus, imprimée à Bâle , cl\ez les héritiers de Froben ,