‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 4)Chapitre 7 sur 185 · ÉRASME CONTIVE LES MOINES (1502 15r · texte numérisé non relu

ÉRASME CONTIVE LES MOINES (1502 15r

pa, Sannazar, Biulé, Ramus, Politicn, érudits laborieux, appelaient comme une espérance la doctrine de la raison indépendante et libre triomphant de l'autorité.

La verve d'une érudition moqueuse , sans oser encore s'attacher à l'édifice entier de l'Eglise, s'attaquait spécialement aux moines, à ces institutions qui soutenaient la primauté et la puissance de Rome sur toutes les églises. « Que signifie tnoine en grec ? s'écrie Erasme , solitaire : or quelle espèce de solitaire que des gens qu'on rencontre partout , comme des oiseaux de mauvais augure ! On les voit demander aux portes , mais d'un air si hardi qu'on dirait que vous leur payez une dette. Au terrible jour du jugement, ils présenteront leur ventre épais, .ibîmé sous le poids d'excellens poissons ; l'un pour se sauver, produira sa besace pleine de pratiques monacales; l'autre montrera son froc sale et crasseux; un autre, peut-être; se vantera d'avoir vécu cinquante-cinq ans comme une éponge, toujours attaché aux murs d'un cloître; à celui-ci, la grande solitude aura fatigué la cervelle ; le silence aura épaissi la langue à celui-là. Mais Jésus-Christ, interrompant toutes ces vanteries, s'écriera plein de courroux * : « Qu'avez-vous lait pour remplir

!) vol iii-fol. 11 en a paru une seconde édition. Leyde, 1709, 10 ou 11 vol. in-fol.

* Érasmf , Enromium Moriw , J 26. Venise, Aide , 1 515.

ETUDES GRECl^UES {I5U2 — 1517). 35

les devoirs de la charité ?» Il y avait dans ces paroles hardies le principe et' l'avenir de la grande réforme.

La double influence de l'imprimerie et des lettres grec(iues donna nnc plus haute indépendance à l'esprit et popidarisa la science en dehors du catholicisme. Les savans ne s'afTranchissaienl pas publiquement des vieilles croyances de l'Eglise ; ils ne proclamaient pas encore cette doctrine de la raison et de l'examen qui plus tard en ébranla l'antique édifice; mais dans la douce étude des muses grecques et romaines ils s'éclairaient à la source de la philosophie de Platon; ils se laissaient entraîner par l'élégant panthéisme d'Homère et d'Hésiode. On eut des systèmes sur Dieu , sur l'àme , sur l'éternité des peines, sinon en oj)positi on avec le catholicisme, au moins indépendans des dogmes religieux que l'Eglise proclamait; on commenta les Saintes Ecritures; on les mit en rapport , en concordance , et cette conservation des textes, cet amour même des scolies, des interprétations, amena des hardiesses, des emportemens de doctrine; chaque savant eut sa version, .son texte, et l'esprit de dispute marqua dès-lors un champ plus vaste et moins réglé. « Pourquoi , écrivait encore le grand érudit de ce siècle, ne me serait-il pas permis de restituer le texte de l'Écriture-Sainte suivant le sentiment des anciens sans assendilcr de concile général ? que n'exa-

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mine-t-oii si le changenient est bien ou mal fait * ? ..

Et puis ce goût pur de l'antiquité, cette ardeur pour sa philosophie , son histoire et sa mythologie , jeta dans des comparaisons des analogies au moins curieuses et qui signalent la tendance des études et des opinions. Erasme, que je citerai toujours parce qu'il domina son époque de son érudition active et de ses puissantes investigations, entendit à Rome un panégyrique du Christ. Le prédicateur enthousiaste du Panthéon mythologique s'écria ** : « Qu'est-ce que la piemière personne de la Trinité, si ce n'est Jove ou Jupiter Optimus ? la seconde est Apollon ou Esculape ; et Diane la vierge pure , Diane la chaste, peut-elle être comparée à autre chose qu'à Marie? Christ, continua-t-il , ton dévouement n'avait-il pas des exemples dans l'antiquité ? Curtius , Décius, Cécrops et Iphigénie n'avaient-ils pas été des victimes volontaires ? Kt tandis que les anciens élevaient des autels à leur sauveur, ô toi, Christ, les Juifs t'ont couvert d'ignominies ! Mais consoletoi de ces ingratitudes , Socrate et Phocion ne furent-ils pas contraints à boire la ciguë ? Scipion fut-il récompensé autrement de ses services que par l'exil ? et Aristide fut condamné à quitter son pay? , pour avoir mérité le titre de Juste ! »

* Ér*sme , Epist., lib. II, cap. 10.

'* Ibid. C»'ce;finfV?«iw*, pag. 28 à 43. Tculciise, 1620.

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