CONFISCATION DES DIMES
rUjiivei'sité de Witlembcrg. Gustave se montra si pénétré de la nécessité de secouer ce qu'il ap- .pelait la superstition romaine , que dans la diète d'Upsal et dans celle d'Arohscn , il déclara hautemejtit que si la réforme n'était point adoptée , il abandonnerait un empire si difficile à régénérer *. Il fallait nourrir les soldats de la conquête et de la délivrance. La diète en majorité déclara que tous les biens ecclésiastiques seraient réunis au domaine ; que chaque noble homme pourrait réclamer auprès du fisc tout ce que ses ancêtres avaient donné à l'Eglise. Les clercs et les moines recevaient la faculté de se marier ; toutes les affaires ne ressortiraient plus des évéques , mais des tribunaux ordinaires du royaume. C'était la sécularisation de tout le clergé , la constitution du luthéranisme plus puissante que partout ailleurs, puisqu'elle était à l'Eglise même sa juridiction. Dans la diète de lo'34 , Gustave marcha plus ferme encore aux nouveautés ; le sénat de Stockholm déclara confisqués les deux tiers des dîmes au profit des soldats qui combattaient sous l'étendard du prince, et les vases sacrés durent payer les vieilles dettes de la Suède **.
* PcFFEKDORF , Histor. Suecic. liv. II, et l'Histoire spéciale (le Gustave Wasa, publiée en allemand par Archcnhollz. Tubing , 1801. On ])cut en rectifier les erreurs par l'excelicnt travail de l'évêquc Olaiis Celsius (en suédois).
** LoccEUU's, rei tim Suecicar.Vih. yi.
154 ÉTABLISSEMENT DU LUTflÉRx\NISJlE (1534).
Les clercs essayèrent un soulèvement ; le peuple resta insensible; on aurait dit que la nation Scandinave était mûre pour la réformation, et qu'elle se ployait d'elle-même sous la main qui lui préparait de grandes destinées. Gustave exerça un pouvoir absolu au profit du luthéranisme; il força les évêques à lui remettre les forteresses qui dépendaient de leur juridiction et à dissoudre leurs corps militaires; toutes les cloches furent fondues; les sénateurs et les valeureux compagnons de la conquête purent retirer leurs terres engagées entre leS mains des clercs; ce fut un de ces grands changemens dans la propriété, comme Charles-Martel l'avait osé en France au profit de ses fiers hommes de batailles.
Gustave releva autant qu'il put l'ordre de la noblesse; les évêques qui assistaient toujours au banquet royal à côté du prince lui-même, furent relégués au dernier rang. Vainement voulurentils protester ; la violence de Gustave brisa l'autorité des clercs. Un nouveau décret de la dicte porta : « Comme la trop grande richesse des évêques ne sert qu'à entretenir le luxe et la débauche parmi ceux qui devraient vivre avec sobriété , tout ce qui dépassera un revenu honnête sera définitivement réuni au domaine. » Dix-sept mille fermes, sans compter les vastes forêts, furent partagées et distribuées à l'ordre des chevaliers. Ici la prédication du luthéranisme portait ses