SUPPRESSION DES MONASTÈRES
rite royale clans son Utopie , plan de république parfaite à l'imitation de Platon, et Henri VIII s'en vengea *. A ces exécutions succédèrent d'autres mesures. Le clergé anglican , après tant d'actes de soumission , voulait maintenir son unité , sa loi et les bases catholiques; mais Th. Cromwell , alors comte d'Essex, et Anne de Boleyn poussaient aux nouvelles opinions. Ce fut d'après leur conseil que Henri VIII proposa le premier acte pour la suppression des monastères, et il y était dit : a Le roi , à cause des mœurs scandaleuses et des factions turbulentes qui divisent les moines , propose aux lords de son conseil privé s'il ne serait ])as utile de les supprimer et de réunir leurs biens à la couronne**. » L'opposition que cet acte trouva d'abord amena un terme moyen. On prescrivit des visites par coipmission royale dans les monasfères ; elles devaient être faites avec la plus extrême rigueur. On examinerait la conduite, les revenus, les propriétés des moines; enverrait surtout s'il y avait quelque dérèglement dans les mœurs; si les couvens de filles étaient bien à l'abri des convoitises de la chair; si elles gardaient les vœux de chasteté dont les pieuses traditions ecclésiastiques leur faisaient une loi
* J'ai analysé l'utopie de Th. Moore , chap. xii, ** Sasdeb. de Schisvi. angl. liv. i, pag. 1.38. *""BiHSET. Ilisl. de la Reforme iom. i. liv. m, pag. 248.
LES BIE>S MONASr. A LA NOBLESSE (1536). 183
Ces visites royales n'avaient d'autre objet que de prendre une note exacte des biens monastiques. Les rapports qui furent envoyés à Cranmer, archevêque de Cantorbery , dépeignaient sous la plus déplorable couleur la situation morale des communautés , et le roi en prit prétexte pour ordonner la confiscation de leurs biens; la confiscation fut pour un grand nombre volontaire , car les commissaires effrayaient les prieurs et mettaient devant leur pensée la crainte d'un châtiment ; et ceux-ci, pour l'éviter, se condamnaient à de fortes amendes. Un nouvel acte de Henri VIII, chef de l'Eglise d'Angleterre, ordonnait la nullité des vœux souscrits au-dessous de vingt-quatre ans, et permettait en outre à tous les religieux de briser les liens importuns de la solitude. Comme en Allemagne et en Suède, ces biens furent distribués ou vendus à la noblesse *. Ainsi partout la réforme plus ou moins absolue se rattachait à la terre et opérait une révolution dans les propriétés ; elle faisait passer les biens des monastères au fisc et du fiscaux hommes d'armes : la plupart des abbayes anglaises, des manses opulentes, des prieurés fertiles devinrent des manoirs féodaux; et c'est ce qui consolida la révolution religieuse de l'Angleterre et la transforma en un fait indestructible.
* BiBSEr, Hist. de la Bvformc . tom. i , liv. m . pag. 305.