CARACTERE POLITIQUE DE LA PREMIERE PERIODE DE LA RÉFORME EN FRANCS
Esprit de la cour de François F'". — Cause de la réforme. — Opposition qu'elle rencontre. — Université. — Parlement. — Vieux souvenirs d'hérésie. — Tendance de la cour. — Marguerite de Navarre. — Prédications. — François F*" et Mélancbton.
1517 — lo33.
Ai>si, dans presque la moitié- de l'Europe , la réforme s'accomplissait ! Au milieu de ce mouvement général des esprits , où était la France ? S'était-elle cnveloppre dans sa vieille foi catholique
186 LE LUTHÉRA?<IS31E E?i FRANGE (1519).
pour ne point subir les nouveautés de Luther ? J'ai besoin de préciser ici les progrès de la science et de la civilisation afin de suivre avec quelque exactitude le mouvement des croyances religieuses.
Le luthéranisme avait été dans son principe une dispute d'école à laquelle tous les savans de l'Europe avaient pris plus ou moins de part. J'ai dit que ceux qui n'avaient pas eu la hardiesse de prêcher ou d'adopter la réforme s'étaient associés dans une opinion commune et mixte opposée au clergé et à la suprématie romaine. Il était peu d'érudits de l'école philosophique ou des études grecques et latines de l'époque de rénovation qui défendissent l'Eglise en toute sa pureté. Dans, les épanchemens de Tamitié, Erasme, Vatable, Robert Etienne, Scaliger, tous ces savans qui abondaient alors dans les Universités , avouaient plus ou moins ouvertement la puissante nécessité d'une î réforme. Le goût des sciences , de la poésie latine et nationale , noble apanage de François P"", la protection qu'il aimait à étendre sur l'érudition , laborieuse, avaient appelé auprès de lui une multitude de savans et de poètes , qui tous prêtaient une oreille favorable aux doctrines qui de l'Allemagne retentissaient dans les écoles de Paris *.
* Goi'JET , Mémoire historique sur !c Collège de France. Paris , 1758, iii- 4".
LES rSAUMES TRADUITS (1529). 187
C'était une mode que cette tendance à tout changer alors; les esprits les plus légers, les plus dissipés de la cour, s'occupaient de doctrines religieuses, et Marot, au milieu de ses jeu\ d'amour, de ses licencieuses ballades , mettait les psaumes en vers sur la traduction que lui en faisait le grave Valable *.
François P' et sa sœur Marguerite de Navarre , la fille de Louis XII, duchesse dfe Ferrare , aimaient surtout ces jeux d'esprit, tenaient en une considération particulière cette science d'érudition que le monarque venait de royalement abriter dans le collège de France. Ce prince qui faisait écrire à Erasme , accusé d'hérésie , « qu'un établissement en son royaume lui était destiné, et que la riche trésorerie de Tours était à sa disposition *, » pouvait-il avoir une grande répugnance
* Cette traduction est adressée à François l*^"".
Puisque voulez que je poursuive , ô Sire,
L'œuvre royal du psautier commencé,
Et que tous ceux ajmant Dieu le désire , D'y besogner m'y lient tout disposé.
Les psaumes de Marot, censurés par les auteurs catholiliques, ont donné lieu à une vieille réfutation (rès-rare , sous ce titre : Contre-poison des cinquante-deux chansons de Clément Marot, Jaussement intitulées par lui psaumes de David. Paris. 15(50 et 15fi2.
tRKsnE, inter cpi^fol. 98.