BOURGEOISIE DE PARIS
pour aller au Louvre rompre les gardes du roy, qu'es autres lieux où il y auroit des forces pour Sa 3Iajesté , par le moyen desquelles barricades ils empescheroient aussi que la noblesse, qui estoit logée en divers quartiers , ne lui pourroit donner secours; on devoit couper la gorge à tous les politiques qui tenoient le parti du roy , spécialement aux suspects de la religion. Cela faict, on devoit crier par les rues : Vive la messe ! et ce afin d'inviter tous les bons catholiques à prendre les armes ; aussi qu'au même jour toutes les villes du parti seroient adverties de faire le semblable ; qu'aussitost qu'ils se seroient rendus maistres du roy et du Louvre , ils tueroient son conseil et lui en donneroient un autre à leur dévotion , sauvant sa personne , à la charge qu'il ne se méleroit d'aucunes affaires *. »
Tels étaient dès les années lS8o, 1386 , les projets de la bonne bourgeoisie de Paris pour le triomphe de la benoîte foi catholique ; on songeait à annuler un prince qui restait en négociation avec les huguenots. Les bourgeois et cchevins n'ignoraient pas que le duc d'Épernon ne cessait d'être en rapport avec le roi de Navarre , ce Béarnais insolent, et ces pourceaux de politiques qui ménageaient les calvinistes et
* Procès-verbal du nommé Nicolas Poulain , lieutenant (;n la prevosté de l'Isle-de-France , etc.
228 DOURGEOISIE DE PARIS (1585—1586).
parlaient encore de faire paix avec eux ! Paris et la plupart des villes municipales de France voyaient leur liberté et leur religion dans la ligue ; c'était une guerre de bourgeois à gentilhomme; de l'unité catholique contre le morcellement féodal ; de la cité contre le castel ; et cette bonne famille de Guise n'ctait-ellepas toute prête comme l'expression d'une royauté bourgeoise et dévote ! Quoi de plus populaire à Paris que M"'" de Montpensier quant elle s'arrêtait avec les maîtres des halles et des métiers , quand elle leur serrait les mains ou leur donnait à baiser ses deux joues, quand surtout elle leur disait ses haines contre Henri de Valois , roi des mignons , langue de vipère qui déchirait les dames de la cour, ses proches parentes, par des contes de licence et des vanteries de couchette! Que pouvait reprocher la multitude au duc deGuise? un peu de lenteur *.
* « Les chefs de la sainte-union reconnaissaient bien M. de Guise pour vaillant et courageux ; mais il leur semblait aussi , pesant, grossier, et sentant son Allemand. Cependant , en faveur des services rendus à la religion catholique par son père le duc de Guise , et à cause des grâces de sa personne, on députa vers lui quelques ligueurs, pour lui faire connaître la volonté des bons catholiques de Paris. Le duc leur ayant fait l'accueil le plus bienveillant, en parla aussitôt à messieurs ses frères, et surtout à M. le cardinal de Bourbon. » Mss. de Lezeau, conseiller d'État. (Bibliotb. Sainte-Geneviève.)