‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 195 sur 234 · ASSEMBLÉE DE NANCY · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE DE NANCY

qui est le plus propre moyen pour se desfaire des hérétiques et suspects ; sera aussi supplié de mettre entre les mains d'aucuns qui seront aussi nommés, les places fortes d'importance qui lui seront désignées , es quelles on pourra faire des forteresses , et mettre des gens de guerre selon qu'il sera advisé ; item , fournir à la solde des gens de guerre qu'il est nécessaire d'entretenir dans la Lorraine et es environs pour éviter une invasion d'estrangers voisins. Et à cette fin, faire vendre au plus tost qu'on le pourra , sans autres formalités , les biens de tous les hérétiques et de tous ceux qui leur sont associés. Ceux qui ont esté autrefois hérétiques seront taxés au tiers ou au moins au quart de leurs biens , et les autres catholiques au dixième seulement , sauf à les rembourser ci-après. ]Ve sera donné la vie à aucun prisonnier, sinon en offrant par lui valable asseurance d'estre bon catholique et payant amplement la valeur de ses biens , s'ils n'ont déjà esté vendus *. »

Les articles arrêtés embrassaient donc toutes les formes de la société. En posant le concile de Trente comme loi de l'Etat , l'inquisition comme sa police , en plaçant tous les offices d'action dans des mains ferventes et catholiques , que pouvait craindre encore la sainte-union? Le roi n'était

Articles arrêtés en l'assemblée tenue à Nancy, 1588.

308 OPIINION DE P.VRIS (1588).

plus que sou iustrument , et alors même qu'il eût trahi, la ligue se trouvait en telle position qu'elle pouvait agir seule et se passer du souverain. On mettait d'ailleurs toutes les grandes propriétés et fiefs d'hérétiques en ses mains; on imposait à des sommes considérables le parti politique , contre lequel la révolution était spécialement dirigée.

Ces articles arrêtés à Nancy furent envovés à Henri III comme la charte invariable qu'il fallait signer et exécuter si la royauté voulait conserver la couronne. Le roi était à Paris , donnant des témoignages de sa foi dévote, multipliant les saints pèlerinages , les pieuses visites de monastères, les processions longues et bénites ; tout cela était nécessaire : l'habileté du conseil devait être de détacher de la ligue ces catholiques moins fougueux qui ne voulaient point subir toutes les chances de l'association au duc de Guise; le roi mettait leur conscience à l'abri , car n'avait-il pas toute la piété orthodoxe ? n'adorait-il pas les saintes châsses , les chapelets à gros grains et à tête de mort? n'avait-il pas fait preuve de contrition pour les sacremens de l'Eglise? Contre ces témoignages de piété, et afin de les atténuer aux yeux du peuple, la ligue continuait à faire prêcher que ce n'étaient que faux scniblans et hypocrisie. Les clercs de Paris , les prédicateurs des métiers aux piliers des halles , déclaraient que tout ce que faisait le roi était singerie pure; les

?iÉGOCl.\TIONS AVEC LA LIGUE (1588). 309

pamphlets clandestins exploitaient les mêmes thèses : quelle pitié pouvait avoir Henri de Valois enivré de plaisirs, abimé sous les faux conseils des politiques, basilics et crapauds d'hérésie?

Dans cette situation , Henri III n'aperçut d'autre ressource que de négocier avec la ligue si fortement conçue et marchant comme un seul homme. Il envoya M. de Bellièvre , tête de modération et de capacité, auprès de M. de Guise ; il s'agissait de convenir des bases et d'arrêter les articles d'une nouvelle convention entre le roi et la sainte - union. M. de Bellièvre engagea les négociations en homme habile ; il admit tous les principes généraux posés par la ligue ; la difficulté ne porta plus que sur les garnisons de Picardie, que sur les places de garantie exigées par les confédérés.

C'était donc moins à l'égard des articles catholiques et des concessions à la foi orthodoxe que sur la question militaire et politique que portaient les doutes ; le roi admettait l'inquisition , le concile de Trente , sauf quelques exceptions: mais le gouvernement des places , la disposition des gens d'armes , des archers , c'était chose plus difficile , et les négociations traînaient en longueur.

î.a ligue, sentant ses forces, continuait son admirable organisation ; elle avait appris la grande «catastrophe de Uiarie Stuart et la persé- IV. 27

Page 1