PRÉPARATIFS A PARIS
plus légère cervelle et amateurs de nouveautés, tant à Paris qu'ailleurs, pour se tenir prests; et afin qu'en un épais brouillard, les approches de cette outrecuidée exécution se pussent plus commodément faire , se remuèrent en mesme temps plusieurs tumultes par les provinces , et entre autres en la Picardie où le duc d'Aumale et autres associés dudict sieur de Guise faisoient asprement et ouvertement la guerre au roy et à ses villes , pour divertir ses forces d'autour de sa personne et les esloigner de Paris, comme aussi Sa Majesté y envoya la meilleure partie d'icelles, afin d'y maintenir son auctorité. M. de Guise, de l'autre part, se résolut d'aller à Paris trouver Sa Majesté, peu accompagné, pour esloigner le soupçon, mais néanmoins asseuré de trouver en ce petit monde et forests espaisses , des relais d'hommes et esquipages d'armes plus grands qu'il n'en falloit pour surprendre un roy*. » Afin de préparer ce dessein , chaque jour entraient dans Paris quelques braves et bons chefs de guerre catholiques; ils s'abouchaient avec les quarteniers , visitaient les bourgeois. « Ce qui fortifioit davantage le peuple téméraire en son courage , estoit l'appuy ordinaire de personnes de qualité en armes et esquipages, qui entroient par divers endroits en cette grande ville , et s'y fondoient comme dans une mer spa-
* Relation de ce qui se passa à Paris, niss. Diipuy, n" 47.
MESURES PRISES PAR LE ROl (1588). 323
cîeuse , sans y estre de prime face aperçus ni autrement recognus que par leurs partisans. »
En présence de ce mouvement municipal , il était impossible que le roi n'aperçut pas que quelque dessein se tramait contre lui , et que la ligue éclaterait bientôt , peut-être par les armes : « Et combien qu'on ue lui dict ouvertement ce qui advint après, Sa Majesté néanmoins (qui, avec l'expérience des choses , s'estoit de longue main exercée à l'anatomie des cœurs et conseils de la maison de Lorraine et de Guise) se douta de la maladie, et se résolut d'y remédier, empeschant par toute voye gracieuse et fondée sur beaucoup de raisons , que pour ceste heure-là M. de Guise ne s'acheminast à Paris ; mais comme l'ambition est impatiente , et l'eau retenue plus bouillonnante , ainsi le dessein entrepris redoubloit sa ferveur, et en estoit le retardement estimé une perte irréparable. »
M. de Bellièvre avait reçu l'ordre du roi pour qu'il eût à défendre à M. de Guise de venir à Paris ; le conseil n'ignorait pas que la présence du chef populaire donnerait de l'énergie et une certaine unité aux desseins de la ligue. « M. de Bellièvre devoit dire et déclarer à M. de Guise ( en cas qu'il le vist continuer en la délibération de ce voyage) haut et clair devant tous, que s'il y venoit contre la volonté de Sa Majesté , icelle le tenoit pour criminel et auteur des troubles et