COMMENCEMENT DE L'ATTAQUE
Paris; ils criaient à aucun des habitans : « Mettez, mettez du linge blanc en vos lits, Messieurs et Mesdames ; sur la minuict nous irons coucher en vos maisons. »
Le roi avait mandé à la Ville « que plusieurs seigneurs et gentilshommes par lui départis dans les quartiers de Paris, allaient s'y rendre et commander aux bourgeois de se contenir, et si aucun se vouloit remuer, le faire arrester ; et les asseurer que l'intention de Sa Majesté n'est que de les contenir en repos; mandant aux prévôt des marchands et eschevins de faire joindre auxdits gentilshommes, les quarteniers et colonels à raesme fin *. » Ladite ordonnance ne put être exécutée, car le tumulte avait éclaté.
Je laisse ici parler une fois encore le bon bourgeois de Paris, qui confie à un sien ami les grands événeraens de la capitale. « M. le président Tambonneau, colonel des quartiers de la cité, qui avoit faict tout ce qu'il avoit pu pour garder les bourgeois de s'assembler et faire les barricades, alla sur lés commencemens de ceste émotion vers Sa Majesté pour la prier de faire retirer ses gar» des suisses; ce que jamais elle ne voulut lui accorder, comme il me l'a dict lui-raesme. Au ({uartier du président Brisson, la barricade estant
* Ueg. de rnôtel-de-Ville. — Mss. de Colbert, vol. tcui , m-fol. \" pag. 353.
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desjà dressée, plusieurs estoicnt d'advis d'envoyer vers le roy pour le prier d'oster les gardes, entre lesquels estait le sieur Daubray. 11 s'en trouva un d'entre le peuple qui dict au sieur Daubray, sans penser à mal, qu'il y allast luy-niesme puisqu'il estoit homme de bien. Et fut remarqué que jamais on ne vit le roy plus content ni plus joyeux qu'en caste matinée, tant en ses propos qu'en son visage ; on cognoissoit mesme à ses paroles qu'il avoit quelque grand dessein. L'archevesque de Lyon voyant cela, emprunta à un sien amy, voisin du Louvre, une bonne mule sur laquelle il revint en toute haste à l'hostel de Guise, où, après avoir rendu compte de l'intention du roi, il dict à M. de Guise qu'il estoit venu là pour vaincre ou mourir avec luy. En cet hostel survint un autre évesque armé d'une cuirasse, lequel en passant du faubourg Sainct-Germain en la ville, avoit mis huict arquebusiers en la tour de Nesle. Environ huict heures du matin furent desputés de par la cour de parlement MM. les présidens Brisson et Séguier, pour aller vers Sa Majesté Tadvertir que les habitans n'ouvroient leurs boutiques, et qu'il seroit bon d'envoyer par la ville M. le gouverneur, afin de les faire ouvrir. Dans les rues on rencontroit un grand nombre de bourgeois qui alloient et venoient, avec des armes sous leurs manteaux.
» Au cimetière des Innocens, le capitaine Bonomirut, qui estoit là avec bonne troupe de sol-
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dais des gardes et quatre ou cinq enseignes suisses, se mit à braire quand il vit que l'on commencoit à se barricader contre lui; et comme il apperçut entre les bourgeoisie capitaineSainct-Pol, n'ayant autres arnîes que son espée, lui dict : qu'il le plaignoit et qu'il feroit bien de s'en aller à Chaalons ; auquel le capitaine Sainct-Pol respliqua qu'il feroit mieux luy-mesme de s'en aller de là et qu'il n'y seroit guère asseuré; les marchands de la rue Sainct-Denis voyant ces troupes arrangées dans ledict cimetière, s'allèrent confesser et communier, et tost après s'armèrent de cuirasses et autres armes oflensives et défensives ; ils furent incontinent suivis de plusieurs autres avec lesquels ils commencèrent à dresser leurs barricades es advenues et embouchures.
» En la place de Grève , il y avoit environ cinq enseignes de Suisses sous le capitaine Cossin ; elles se rangèrent en face de l'Ilostel-de-VilIe ; sept ou liuict officiers, conseillers et autres dudict hoslel sortirent et vinrent lui demander ce qu'il en estoit , et s'il falloit que les bourgeois prissent les armts ; le capitaine fit response avec bravade qu'il n'estoit question que d'obéir; qu'aujourdhuy le roy seroit le maistre. Une heure après vinrent vers lui quelques marchands des environs, qui le prièrent de supplier le roy de faire retirer ses gens de là , parce qu'ils craignaient quel qu'émotion du peuple. Mais M. D'O, frappant sur l'épaule