EFFORTS CATHOLIQUES
mais qu'il n'y eust plus qu'une seule ioy, qu'une religion unique en ce royaume. »
La cour se réunissait à Blois. Henri III, Catherine et le conseil n'ignoraient pas quel était l'esprit de la majorité des députés ; et comment concilier cet esprit avec le dernier édit de pacification ? On savait également la force de ces ligues, et comment y opposer une barrière , si ce n'était en adoptant leurs opinions , en prévenant leurs plaintes ? « Le dimanche 2 décembre 1576, le roy tint un petit conseil où estoient les roynes, sa mère et sa femme , Monsieur, et MM. les cardinaux de Bourbon, Montpensier, le chancelier, Chavigny, le grand aumosnier , pour voir comme il auroit à se gouverner pour faire qu'il n'y eust qu'une religion en .son royaume. Et tint expressément ledict conseil ce jour-là , afin de commencer une si saincte œuvre , avant qu'aucune province fust arrivée en la cour, de peur que l'on ne dict que ce fussent esté eux qui l'eussent incité à telle louable entreprise. Là fut résolu que suivant la requeste que les trois assemblées luy feroient , de jjermettrc (ju'il n'y eust qu'une religion en son royaume , qu'il l'acceptcroit *. »
On était donc pleinement dans l'esprit catholique , et pour témoigner toute cette bonne vo-
« Extrait d'un journal faict par M. le duc de Nevers jicnJaiit les Estais tenus à Blois , es années 1576 et 1577. >
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lonté, le roi s'efforça de gagner plusieurs députés de la minorité. Le duc de Nevers raconte luimême les efforts que fit alors Henri pour conquérir des suffrages : « Le mercredy, 12" décembre, leroy m'a dict que le baron de Senecey, élu de la noblesse pour porter la parole , ne voulait pas conclure à ce qu'il n'y eust qu'une seule religion, disant qu'il ne falloit point entrer en guerre. Ce qu'il trouva fort estrange. Je luy dis qu'il falloit luy parler pour le gagner , et mander le père pour le gagner aussi. Il me dict que le père le conseilloit à cela. Je luy dis qu'il falloit essayer tous moyens et l'y faire résoudre par amitié ou autrement. Ce qu'il trouva bon de faire. Le 1-4" décembre, fut dressé par la royne la forme des propos que le baron de Senecey devoit dire touchant la religion ; et le roy à la messe le vit et y corrigea ces mots : « la plus saine et meilleure partie du royaume , c'est-à-dire ceux de la religion romaine. » Je gagnai les députés du Lyonnois le matin pour y mettre une seule religion. Le 19" décembre, le roy m'envoya quérir le matin et me montra une exhortation qu'il faisoit aux députés pour faire tenir bon pour la religion catholique *.» L'opinion du conseil paraissait jusqu'ici penchepour l'unité religieuse ; quelques-uns des mcm-
* Mémoires du duc de Neccrs. in-fol. édition de IG65 , t. I, pag. 167.
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bres auraient voulu l'imposer d'une manière violente et armée ; d'autres au contraire l'amener doucement et par voie de transaction.
Avant l'ouverture solennelle des Etats , chacun des ordres s'était réuni dans sa chambre particulière , afin de délibérer sur la proposition qui lui serait faite par le roi , et surtout pour rédiger le grand cahier des doléances. Le député Versoris, expression du tiers-état, lut sa harangue en ce comité ; la majorité se prononça fortement « pour qu'on demandast au roy que la réunion de tous les subjects à la religion catholique et romaine s'entreprist par doux moyens et sans guerre. On devroit supplier Sa Majesté de maintenir son peuple en paix , réunir les princes les uns avec les autres , et leur représenter les calamités et misères qui accompagnoient les guerres civiles. » Cette opinion était modérée : le tiers-état, composé des parlementaires et des bourgeois, craignait surtout que la guerre n'entraînât une trop forte somme de subsides , qu'il supportait impatiemment. D'ailleurs il y avait dans ce comité une minorité qui défendait la liberté de conscience. Le parti catholique du conseil avait cherché à en détacher plusieurs; quelques-uns demeurèrent invariables dans leurs opinions , ne serait-ce que Jean Bodin , député du Vermandois, qui , s'occupant alors de son livre sur la République et d'un commentaire sur tes Sorciers et l'In-
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fluênce des Astres, s'opposa aux mesures des Etats proclamant l'unité religieuse *.
Ces États s'ouvrirent le 6 décembre 1S76 dans leurs vieilles formes et leur grande solennité : « Le roy estoit monté sur son siège royal , couvert d'un drap de velours violet , semé de fleurs de lys d'or ; au costé droit , la royne-mère et le duc d'Anjou, frère du roy; au costé gauche, la royne , femme du roy. Sur un eschafaud plus bas que le marche-pied du roy, les princes et ducs à droite sur un banc; les pairs de l'Eglise à gauche sur un autre banc. Sur cet eschafaud , au bout du drap au pied du roy , le siège du chancelier non adossé, couvert d'un drap de velours violet semé de fleurs de lys d'or. Derrière la chaise du roy estoit une barrière, et par-delà les deux cents gentilhommes tenant leurs haches en bec-de-corbin. Au-dessus à costé du dais du roy , petite galerie pour les princesses. Au pied de l'eschafaud à droite du siège du roy, table des quatre secrétaires d'Estat , couverte d'un tapis de velours violet. Des deux costés de la table, les membres du conseil privé sur un banc de droite ;
' Bodin a fait lui-même l'histoire ou journal de tout ce qui se passa en ces États. Voyez Recueil de tout ce qui s'est négocié en la compagnie du ticrs-ctat en France assignée par le roi en la ville de Blois, le 15 novembre 1576; par M. .1. Bodin , l'un des députés. Il faut le comparer avec le journal de M. le duc de Ncvers.