HARANGUE DE HENRI III
les chevaliers de l'ordre et conseillers de robe courte sur un autre banc à gauche. Derrière le banc des conseillers de robe longue , dix banquettes devant l'escbafaud pour les desputés de l'Église, les archevesques et évesques , séans les premiers ayant leurs rochets et camails ; après eux les religieux chefs d'ordre et autres selon la préséance des lieux d'oîi ils estoient desputés au nouibre de cent quatre. Au bout de ces bancs estoient le prevost des marchands de la \ille de Paris , président du tiers-estat et avec luy les desputés de ladite ville. Sur quatre autres bancs, d'autres desputés du tiers-estat. Au costé droit de l'escbafaud , les évesques non desputés sur un banc , les intendans de finances et thrésoriers de l'espargne sur un autre banc. Derrière les conseillers de robe courte, il y avoitsix bancs pour les soixante-douze desputés de la noblesse et six autres pour les desputés du tiers-estat qui remplissoient encore trois bancs contre la muraille. Ils estoient cent cinquante y compris ceux de Paris. Au bout de ces bancs derrière la barrière, on laissa entrer le commun peuple *. »
Dans ce grand appareil du clergé , noblesse et bourgeoisie , le roi dut exprimer toute sa pensée : « 11 n'y a personne de vous , dit Henri III ,
* Collection des Élats-Généraux , tom. xui , pag. 135 pf STiiv.
HARANGUE DU KÛI (1576). 5"3
qui lie sçache les causes desquelles j'ai esté mû à convoquer cette assemblée. Pour ce , n'cst-il besoin de consommer le temps à vous le faire entendre. Je crois qu'il n'y a celuy de vous qui ne soit venu bien instruit et préparé pour satisfaire à tout ce que j'ai mandé par mes commissions publiées en chacune province , et m'assure davantage qu'il n'y a homme en cette compagnie (jui n'y ait apporté le zèle et affection qu'un bon et loyal subject doit avoir envers son roy et le salut de sa patrie. Présupposant cela , j'espère qu'en ceste assemblée de tant de gens de bien, d'honneur et d'expérience , se trouveront les moyens pour mettre ce royaume en repos , pourvoir aux désordres et abus qui y sont entrés, délivrer mon peuple d'oppression , et en somme, donner remède aux maux dont le corps de cet Estât est tellement ulcéré qu'il n'a membre sain et entier, au lieu qu'il devroit estre le royaume le plus florissant , plus heureux et sur tous autres renommé de religion envers Dieu , d'intégrité en justice, d'union entre les subjects , d'amour et obéissance envers leur roy et de bonne foy envers les hommes. Toutes lesquelles choses se voient maintenant tant altérées et en plusieurs endroits si effiîcées , qu'à peine s'en reeognoist ombre ni marque *. »
Colleclioiides Élats-Généraux, (om. xîii,pag, ISôetsuiv IV. 6
58 CONSKIL DE CABINET (invr.).
Jnsfju'ici il n'y avait aucune n.anifestalion publicjue sur la {ijrancle question qui divisait la société ; le roi s'exprimait en ternies jjénérauv sur les besoins du pays, sur les réformes à faire; mais se déclarerait-il pour l'unité religieuse ? Le 24* de décembre , au conseil du cabinet de la royne , le roy déclara sa volonté qu'il ne vouloit plus qu'il y eust deux religions en France , et qu'il ne pouvoit aller contre son premier serment faict au sacre. Qu'il avoit faict l'édict par force, pensant qu'il dust avoir la paix. Que, voyant le contraire , il remplissait le vœu des Estats et que tous princes en faisoient ainsi dans leur pays *. » Le roi se décidait pour l'opinion de la majorité de son conseil , demandant l'unité religieuse puissante et forte : « Le 26 décembre fut résolu que le grand aumosnier feroit une déclaration des occasions qui avoient mû le roy à ne vouloir qu'une religion en son royaume. La reine-mère avoit été d'advis comme tous les autres sur la question catholique; elle avoit déclaré qu'elle n'avoit fait la paix que dans l'espérance que, voyant son fils âgé de vingt-cinq ans, elle le supplieroit de ne permettre qu'une religion en son royaume. » Mais lorsque Catherine eut mieux apprécié la situation des esprits , l'immi-
* Mémoires tlu duc de Nrvers, in-fol. édilion de 1665. ton». I, pag. 168.