‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 4 sur 234 · ÉCOLE AN\DAPT1STE · texte numérisé non relu

ÉCOLE AN\DAPT1STE

Depuis rimmeiise ébranlement causé par la prédication anabaptiste, cette turbulente exaltation ne s'était point calmée; il y avait toujours effervescence dans certaines têtes , et la lecture des Saintes Écritures, ces paraboles obscures et figurées, ces exemples de tous les gouvernemens, ces principes de tous les despotismes comme de tous les orages populaires, contribuaient à exalter les prédicateurs ambulans des anabaptistes. Après JeandeLeyde, Georges David, Melchior Hoffmann, chefs du royaume des saints établi à Munster, apparut Jean Guillaume de Ruremonde , qui restaura l'anabaptisme *. Envoyé du ciel et inspiré du Seigneur, il vint renouveler la pure doctrine : bientôt le peuple éclairé de Dieu « allait s'emparant des biens et des pays de ceux qui n'avaient aucune idée sur la divinité, comme autrefois les Israélites s'étaient rendus maîtres des terres des Chananéens; » toutes les fortunes de la terre appartenaient à Dieu et à ses disciples ; dès-lors tous ceux qui n'étaient pas les vrais disciples devaient être dépouillés : » Dieu nous envoie pour faire une distribution égale de tous les biens ; nous sommes armés de son' épée et de celle de Gédéon. » On vit se renouveler les mêmes scènes de fanatisme populaire qui s'étaient produites sous Muncer et Jean de Lejdc.

* Meshov. Hislor. nnabapt-, ad ann. 1580. — Otm , Annal., anabopl. ibid.

CIRCONSCRIPT. DE Là RÉFORME (1570—1585). H

Toutes ces opinions qui se formulaient dans l.i pensée des catholiques sous l'unique dénomination d'hérésie , étaient en progrès ; elles avaient en quelque sorte des territoires et des populations obéissantes. L'Allemagne , la Suède , le Danemark étaient restés fidèles au luthéranisme ; les autres sectes formaient des exceptions rares ; elles y avaient tolérance, mais aucun principe de domination. Il y avait quelque chose de modéré, de calme dans les Universités ; les controverses s'y empreignaient d'un sentiment de progrès sans révolution violente; aussi le luthéranisme faisait-il chaque jour de nouvelles conquêtes. En Pologne il dominait encore ; mais au milieu des savantes écoles de Cracovie , les idées antitrinitaires de Servet, le socinianisrae trouvait faveur.

Et l'Allemagne fidèle à Luther, cette Allemagne songeait alors à donner un puissant appui à la réforme. Le schisme grec avait séparé de Rome legrand patriarcat; le catholicisme avait plusieurs fois essayé de rapprocher ce que toute une révolution avait séparé ; les docteurs luthériens des Universités germaniques entreprirent cette tâche difficile. Ce projet de fusion tenté par l'école de Luther remonte à l'année 1559; les démarches n'ayant point atteint le but, en 157-4 les théologiens reprirent leur dessein , et ils adressèrent à Jérémie, patriarche de Constantinople ,. une copie de la confession d'Augsbourg, accom- IV. 2

10 SCIIISIWK flKEC (1559—1574).

pagnée d'une préface clans laquelle, reconnaissant les sept premiers conciles , ils avouaient tenir leur foi rie ces assemblées de l'Eglise *. Jérémie fut inébranlable : « Ce n'est que par de belles paroles , leur écrivait-il , que vous honorez les théologiens de la primitive Église , mais vous leur êtes contraires par les effets , vous ne cherchez qu'à éluder leurs preiives. » L'inflexible patriarche résuma ses idées dans un ouvrage contre les protestans ; il réfute tous les articles de la confession d'Augsbourg, les traitant d'erreurs et de mensonges :« Nous vous prions, ajoutait-il , de ne plus prendre la peine de nous écrire , ni de nous envoyer vos travaux sur ces matières ; tous les grands théologiens de l'Église , vous les rejetez faisant semblant de les honorer, et vous voulez rendre vains les discours qui nous servent à combattre vos opinions **. » On avait ici exploité les ressenlimens et les haines contre Rome; ces efforts avaient été infructueux ; la théologie de Luther touchait aux dogmes, et le schisme grec n'avait été produit que par une question de personnes et de hiérarchie. D'ailleurs, si le luthéranisme

* Spondus, in Annal., ann. 1574 , n° 16.

** Cette controverse donna lieu à la publication de plusieurs ouvrages. Voyez de Ecclesiâ Orient., in-S" , 1590, et l'ouvrage de Fikler contre le patriarche : il porte ce titre bizarre de Sj)ongia.

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