‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 41 sur 234 · DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL (137T · texte numérisé non relu

DÉLIBÉRATIONS DU CONSEIL (137T

faut ainsi dire, les gens des trois Estais qui n'alloient que d'une fesse, pour les pousser à demander une seule religion, dans la croyance que j'avois qu'ils m'aideroieut à exécuter une si saincte résolution. Mais voyant le peu de moyens qu'ils m'en ont donné , cela m'a fait cognoistre le peu d'espérance qu'il y a d'exécuter ma première intention , laquelle je veux bien que chacun sçache avoir esté telle. Toutefois , comme dict M. de Wevers , il est permis de changer son opinion quand l'occasion s'en présente. De mon costé,je ne pense point faillir si je ne déclare pas maintenant que je veuille entretenir une seule religion dans mon royaume , puisque je n'ai pas le moyen de le faire. Je désire que l'on cognoisse mon intention , afin que hors du conseil l'on n'aille pas médire de moi et publier des choses qui me portent préjudice. Quant à moi , je pense estre affectionné à ma religion plus qu'aucun autre. Il y en a qui pour se faire appeler piliers de l'Eglise discuta travers tout ce qui leur vient à la bouche *. »

Le duc de Nevers nous a laissé le journal heure par heure de tout ce qui se passa à ce conseil. On s'étonnait de ce changement subit dans les opinions du roi ; le duc de Nevers sur-

* Extrait d'un journal fait par M. le duc de Nevers pendant les Estais de Blois , es années 1576-1577.

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tout , plaintif et triste , n'en revenait pas , car il était parmi les ardens catholiques ; il avait cité dans les grands exemples de zèle de la race royale pour la foi , ces saintes croisades où l'Europe s'ébranlait pour délivrer le tombeau de Jésus- Christ. « La royne-mère se leva et me dict en riant , continue M. de Nevers : Comment , mon cousin , vous nous vouliez envoyer à Constantinople ? Je lui respondis que je pensais que telle fust leur intention, et que pour cela j'avois afifection à la soutenir. Que je ne pensois pas qu'ils eussent changé d'opinion ; elle me dict qu'ils ne Tavoient pas changée, mais qu'ils l'avoient seulement diflerée. Je lui dis qu'elle cstoit changée, parce qu'ils la vouloient présentement rompre; et sur ce propos , en riant , elle alla outre , disant à d'autres, que je les voulois envoyer à Conslantinople; aiusi se passa cette bonne journée toute différente des autres. Le soir il fut joué une Pastorale , encore que le matin le prédicateur eust dict en la présence du roy que c'estoit trèsmal d'y aller. Le dixième mars il a esté trouvé un vilain paquet sous le chevet du lict de la royne , médisant du roy , d'elle et d'autres. L'on a faict mettre en prison tous les poètes de la

cour *.

* Extrait d'un journal fait par ^\. le dur de IVevers pendant les Islats tenus à Blois , es années 1576-1577.

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