‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 63 sur 234 · CARACTÈRE DE HENRI III · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE HENRI III

catholique extrême , ce parti le flétrit plus qu'aucun autre, parce que ce qu'une opinion exagérée poursuit avec le plus d'acharnement, ce sont les modérés de sa couleur *. Henri III avait commencé sa vie par d'étonnans succès ; son courage était aventureux , sa tète ardente , chevaleresque et folle de plaisirs comme toute cette race des Valois, sous l'influence de ses alliances d'Italie; il aimait les banquets , mascarades et fêtes, et sous l'impression de ces douces mœurs, Henri mêlait la dévotion ascétique aux dissipations de la vie : « Le roy alloit pendant le caresme , deux ou trois fois la semaine , faire collation aux bonnes maisons de Paris , et y dansoit jusqu'à minuict avec ses mignons fraisés et frisés et avec les dames de la cour et les dames de la ville ; entre les autres chez la présidente Boullencour, où il passoit souvent le temps avec M"*" d'Assy sa belle-fille **. » II n'était sorte d'accusation qu'on n'adressât au roi; et comme il s'entourait déjeunes gens aux suaves manières, aux tournures efféminées, les pamphlets le dénonçaient comme l'héritier impur de ces mœurs communes à la Grèce, et que

Le plus curieux de ces pamphlets sur les mignons porte ce titre : Complainrtc do la Franco sur les démérites de Jean- Louis de Nogaret de La Valollc , duc d'Epernon, présentée au roi. Paris , 1580.

'* Journal de Henri III. tom. 1, pag. 235.

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l'Italie avait léguées à la cour de France avec'ses fils intrigans et débauchés. Il existe même une ingénieuse etdégoûtantc caricature dans les nionuniensde la ligue; Henri, le jeune et bel Henri, y est représenté sous les formes hermaphrodites, pour signifier les tristes plaisirs de ses sens émoussés. Lisez encore les pamphlets , vous verrez toutes les folies qu'on attribue au roi pour ses mignons ; il les baise morts ; il attache de ses mains blanches et parfumées des colliers d'or à leur cou d'albâtre , des pendans de saphir à leurs oreilles ; il leur livre les édits bursaux et les trésors enfouis des vieux parlementaires.

Je ne prétends rien juger et justifier ; mais quand, à côté de ces peintures, nous voyons ces braves jeunes hommes : Schomberg, Quelus, Maugiron, Saint-Mesgrin , Joyeuse, tirer l'épée avec tant de vaillance, courir aux duels comme à une fête, insoucians comme l'enfance, exposer leurs belles têtes frisées * à la mort pour le service du roi ou de leur dame, tendrement aimer, comme Saint-Mesgrin adorait la duchesse de Guise, n'est-il pas permi d'effacer quelques-unes des accusa-

* Antraguet et ses compagnons Ont bien étrillé les mignons; Chascun dict que c'est grand dommage Qu'il n'y en est mort davantage.

Pfnquil contre les mignons.

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lions que l'esprit de parti acoumula dans ces vies flétries et mortes avant vingt ans; et d'Epernon , l'hoiunie des politiques, l'habile et fidèle gouverneur de Normandie , le négociateur de la paix avec Henri de Navarre , n'était-il pas autre chose qu'un mignon de plaisirs et de couchette , comme l'appellent les journaux du temps ?

J'explique cet abandon, cette confiance du roi, cette vie intime de palais à une époque d'assassinats, d'empoisonnemens, d'attaque , de spadassins et d'ennemis, aux rues étroites et tortueuses; n'était-il pas naturel que le roi , en face tout à la fois du parti protestant et catholique extrême, se confiât à cette garde de jeunes hommes dévoués qui couchaient auprès de lui et veillaient à sa conservation avec toute la tendresse de compagnons d'armes et de plaisirs? Quoi de plus naturel encore que Henri III récompensât celte fidélité par des postes de confiance quand tout le délaissait, et par des prodigalités méritées ? Et quoi de plus simple aussi que les partis , qui dénaturent tout, aient cherché dans ces témoignages d'une confiance abandonnée, des rapports secrets et éhontés ? 3Iignon ne signifiait alors que de braves et nobles compagnons d'enfance, comme vienin signifia plus tard les jeunes compagnons du dauphin. Le duc d'Anjou avait ses mignons comme le duc de Guise avait les siens , tous fidèle.s à leur couleur: ils engageaient souvent des

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