CHAPITRE XXIX
Le Iriumvirat. — Adhésion du roi de Navarre. — Ligue huguenote. — Mouvement municipal de Paris. — Catholicisme du parlement. — Correspondance de Catherine de Médicis et du prince de Condc. — Le roi conduit à Paris. — Armement des huguenots. — Acte de foi des calvinistes. — Gouvernement du parti catholique. — Le prince de Condé et le parlement.
Le parti catholique ne pouvait longtemps subir les intolérables menaces des calvinistes. Dans la vie des peuples souvent s'est produit ce fait d'une minorité parleuse, turbulente, triomphant à la fin des masses inertes. Ceci n'arrive pas aux temps d'effervescence où la multitude s'agite pour une grande cause, mais seulement dans les sociélésfatiguées;et tel n'était pas encore le catholicisme au seizième siècle.
Tout poussait le duc de Guise à prendre la haute main dans le mouvement des halles , qui appelaient la guerre. Le rapprochement avec le connétable de Montmorency s'était fait de lui-même ; le maréchal de Saint-André fut également adjoint pour soutenir la foi sainte ; et l'acte suivant fut arrêté entre eux : « Premièrement , afin que la chose soit conduite par plus grande autorité, on est d'avis de bailler la superintendance de toute l'affaire au roi Philippe catholique, et à celte fin d'un commun consentement, le font chef et conducteur de toute l'entreprise ; le duc de Guise se déclarera aussi chef de la confession romaine, et fera amas de gens d'armes vaillants et de tous ceux de sa suite. L'empereur et les autres princes allemands qui sont encore catholiques , mettront peine de boucher les passages qui vont
en France pendant que la guerre s'y fera, de peur que les princes prolestants ne fassent passer quelque force. Durant ce, le roi d'Espagne baillera part de son exercite ' au duc de Savoye , qui, de son côté, fera levée de gens si grande que commodément faire se pourra en ses terres. Le pape et les autres princes d'Italie déclareront chefs de leurs armées le duc de Ferrare, qui se viendra joindre au duc de Savoye. Et pour augmenter leur force , l'empereur Ferdinand donnera ordre d'envoyer quelques compagnies de gens de pied et de cheval allemands. En France, pour bonnes et justes raisons, il fait bon suivre autre chemin, et ne pardonner en façon quelconque à la vie d'aucun qui, autrefois, ait fait profession de cette secte, et sera baillée cette commission d'extirper tous ceux de la nouvelle religion au duc de Guise , qui aura en charge d'effacer entièrement le nom de la famille et race des Bourbons , de peur qu'enfin ne sorte d'eux quelqu'un qui poursuive la vengeance de ces choses, ou remette sus cette nouvelle religion.
» Ainsi les choses ordonnées par la France et le royaume remis en son entier, ancien et pristin état , ayant amassé gens de tout côté, il est besoin d'envahir l'Allemagne, et avec l'aide de l'empereur et des évoques, la rendre et restituer au saint-siége apostolique. Et où cette guerre seroit plus forte et plus longue que l'on ne pense et désire , afin que par faute d'argent ne soit conduite plus lâchement ou plus incommodément, le duc de Guise , pour obvier à cet inconvénient , prêtera à l'empereur et aux autres princes d'Allemagne et seigneurs ecclésiastiques, tout l'argent qu'il aura amassé de la confiscation et dépouille de tant de nobles bourgeois et riches qui auront été tués en France à cause de la nouvelle religion , qui se monte à grande somme ^. »
Ce traité de ligue, si vaste et européen, était d'abord dirigé contre le roi de Navarre ; son adhésion au parti catholique en fit une force de plus au triumvirat^^ car c'est ainsi que les pamphlets calvinistes
' Armée.
••' « Sommaire des choses premièrement accordées ciiire les ducs de Guise, {çrandmaître , pair de France ; de Moulmorcncy, connétable , ei niarccbal Sainl-Andrc , 1S6'2. » J'ai trouvé cette pièce , qu'on a crue supposée, en original et signée dans les MSS Colbert, Bibl. du Roi.
* Le triumvirat se hâta d'en donner avis à M. de Chantonney. « M. l'ambassadeur, nous vous écrivons pour vous faire entendre que, pour la conservation de notre saincte et ancienne religion catholique, nous recevons tous les jours tant de
commençaient à désigner la ligue du duc de Guise, du connétable et du maréchal Saint-André. La coutume des expressions romaines, dos vieux mots de la république s'agrandissait ; en déplorant les troubles de la France, l'érudition cherchait les comparaisons dans les antiques dissensions de Rome, « Le prince de Condé lit une faute, selon Pasquier, de quitter Paris et de l'abandonner au parti catholique. Puisqu'il lui étoit advenu de franchir le Rubicon , il ne devoit désemparer ni la ville de Paris, ni la présence de son roy. Celui qui demeurera en possession de l'un ou de l'autre , aura de grands avantages sur son ennemi. Le premier pas de clerc que fit Pompée en la guerre civile qu'il eut contre César , fut quand il quitta la ville de Rome pour la laisser à son ennemi. »
Pasquier ne voyait pas la question des masses ; il était impossible au parti huguenot de tenir dans Paris, ville alors hautement prononcée pour le catholicisme ; les halles impatientes ne voulaient pas supporter les presches; elles saluaient le duc de Guise comme un libérateur, comme l'expression de leurs opinions. II faut voir quelles suites de mesures catholiques furent prises dès lors par le corps municipal , les confréries, le parlement ; tout ce qui, en un mot, faisait la force et la constitution de la cité. « Le 16 mai 1562 ', ordonnance du roi de Navarre qui enjoint aux capitaines et lieutenans de chaque quartier, élus par les bourgeois, de choisir les enseignes, caporaux et sergens de bande, et de mander tous les habitans de leur dizaine, tant maîtres que serviteurs, de l'ancienne religion catholique, capables de porter les armes , pour leur commander , de par le roi et lui, de s'équiper en armes à eux appartenant, et s'ils n'en ont d'en acheter, et en outre d'enjoindre à tous les chefs d'hôtels et chambrelans d'assister aux montres et revues. »
bonnes faveurs du roi de Navarre, que nous ne saurions désirer de lui de meilleures et plus louables offices , ayant à cela tellement levé le masque, qu'il ne faut plus craindre ni douter qu'il ne soit diverti du bon el vrai chemin ; vous recevez beaucoup de plaisir d'un si grand bien non-seulement pour ce royaume, mais pour toute la chrétienté, vous priant, M. l'ambassadeur, de le faire entendre à sa majesté catholique, et de lui faire connoistre le bon zèle dudit roi de Navarre, et combien il s'c^t rendu digne d'un favorable traitement de sa majesté. Nous vous prions d'y tenir la main et de vouloir, de notre part, supplier sadite majesté que, par sa libéralité et lonté, il lui plaise donner occasion à ce prince de continuer cl augmenter le bon vouloir en quoi il est. » (Archives de Simancas, B, 14 *'.) ' Regist. de l'hôtel de ville, 7, fol, 121.
« Autre ordonnance de par le roi et de M. le maréchal de Brissac, lieutenant-général de sa majesté en celte ville, qui ordonne à tous notoirement dilTamés pour être de la nouvelle religion, de sortir delà ville dedans vingt-quatre heures sur peine de la hart ; quant à ceux qui étoient seulement suspects d'hérésie, ils étoient tenus d'aller en personne dedans vingt-quatre heures , par-devant monseigneur l'évêquede Paris et ses vicaires, pour faire leur confession de foi *. » On n'épargna même pas les échevins et officiers municipaux soup- «;onnés de huguenoterie ; il y eut un arrêt du parlement ^ , portant que conjointement à l'élection d'un prévôt des marchands , il sera procédé à celle de trois échevins , l'un de ceux qui devaient faire la seconde année s'étant retiré pour la nouvelle religion et se nommait •Asnières, et porte encore l'arrêt « qu'il seroit pourvu à la place d'un quartenier au lieu de Pèlerin, qui s'étoit absenté pour même sujet. »
Le parlement veillait avec la plus scrupuleuse attention à ce que tous les officiers se maintinssent régulièrement dans l'observance du catholicisme. « Les gens du roi, les cardinaux de Lorraine, de Guise et Armagnac, le duc de Guise, le connestable, le maréchal Saint-Audré, étoient aux vespres à Saint-Germain-l'Auxerrois; après vespres, le cardinal de Lorraine exposa de la part du roy de Navarre, lieutenant de sa majesté, et le représentant , que ceux de ladite religion s'étant emparés de plusieurs grosses villes du royaume, il falloitpourvoir que cela n'advinst pas à Paris. On avoit donc donné ordre au lieutenant civil défaire vider la ville par ceux de la religion; mais ledit lieutenant avoit refusé de l'exécuter pour le regard de ceux des gens des cours souveraines, disant que c'étoient des supérieurs. Alors on avoit résolu de le faire faire par les présidens, chacun en son regard ; ils dévoient donc assembler toutes les chambres et remontrer fraternellement à ceux de la huguenoterie qu'ils eussent à se retirer dans le temps contenu audit mandement. On craignoit que le peuple ne leur courust sus pour les piller et saccager ; c'est pourquoi ils dévoient s'en aller doucement, car si on leur faisoit aucune violence, ils ne dévoient s'en prendre qu'à eux. Le lieutenant civil arriva alors pour annoncer que le peuple désignoit le nom de ceux qui dévoient vuider la ville ; s ils ne le faisaient pas , il voulait les piller et saccager : on
' Regist. de l'hôlcl de ville, 7, loi. 124.
* Ibid. — MSS de Colbcrt, vol. CCLII, in-iol., page 207, verso.
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avoit vu, depuis l'ordonnance, à la procession du saint sacrement plusieurs conseillers qui n'y avoient jamais paru et qu'on n'avoit jamais aperçus en leurs églises et paroisses ; le peuple disoit que ce n'étoit que faintise, et qu'il iroit tout de même les saccager en leurs maisons '. »
C'était donc le peuple qui prononçait les arrêts de proscription contre les huguenots, objets de sa haine et de ses sombres méfiances. Aussi , le jour même on enjoignit de nouveau à tous notoirement diffamés pour être de la nouvelle religion, de vuider Paris dans vingtquatre heures ; « et sont diffamés tous ceux à qui les capitaines de dizaines ont fait commandement de sortir de la ville ^. » Et ce peuple était plein de force et de vie ; il était partout en bandes. On fit annoncer par l'organe deséchevins, qu'au moyen des arrangements pris pour la garde de Paris, si le tocsin sonnait on trouverait en une heure cinquante mille hommes en armes ^. Pour le moindre prétexte on se précipitait sur les huguenots. A peine le maréchal de Montmorency avait-il pris le gouvernement de la bonne cité, qu'il fît abattre les trois temples qui servaient aux psaumes, à la cène et à la prière ; l'un au faubourg Saint- Jacques , dit le temple de Jérusalem ; l'autre au faubourg Saint-Marcel , appelé le Patriarche, et le troisième au faubourg Saint-Antoine , dit Popincourt. Il fut levé dix-huit cents hommes par ordre du roi de Navarre et aux dépens des habitants pour la garde des portes. Le 15 mai, le connétable, pour voir les dispositions des Parisiens , sonna une alarme de nuit, ce qui fit prendre les armes aux bourgeois ; ils garnirent toutes les rues en arquebuses et en bon état*. Pour servir cette effervescence des sentiments populaires , on faisait longues et nombreuses processions expiatoires. Le 6 juin 1502, un arrêt de la cour ordonne la profession de foi de tous les conseillers et de tous les officiers , et qu'il serait fait procession à laquelle ladite cour assisterait en robes rouges comme expiation des blasphèmes , excès et cas exécrables commis en l'église de Saint-Médard par les contempteurs de notre sainte foi catholique ^.
Pour l'exécution de cet arrêt, les maîtres des requêtes, les gens du
' Extrait des regist. du parlement ci MSS de Baluze, 238, page 14.
2 Rpgisl. de l'hôtel de ville de Paris. — MSS deColbert,vol. CCLII,in-fol., p. 207.
» Ibid,, page 208.
♦ Ihid., page 200.
• Bibl. du Roi, recueil Fonlanicu, vol. CCCI-CCCII, et MSS deColbert, vol. CCLII.
38 ORGANlSATfOX POUR LA GDEBRE CIVILE.
roi et tous les officiers de ladite cour firent leur profession de foi selon la forme de l'édit. « Et , par ordre du parlement , fut faite la description d'une notable et solennelle procession à laquelle laditle cour assista en robes rouges et chaperons noirs, avec grand nombre de notables prélats, grands seigneurs et autres nobles personnages; le tout pour l'expiation des blasphèmes, excès et cas exécrables commis dans l'église Saint-Médard par les malsentans de la foi catholique'. » Ces démonstrations religieu«es s'étendaient à tous les états, étaient imposées à tous les officiers de judicature comme à ceux de la cité. Le 24 juillet , acte de catholicisme signé des prévôt des marchands, échevins de Paris, conseillers de ville, procureurs, receveurs et quarteniers '^ ; et le 27, profession de foi des sergens de la ville et autres officiers, en présence du grand vicaire, de l'évêque et du prévôt des marchands et échevins^. Tout cela se faisait par l'ordre d'un pouvoir populaire en dehors de l'autorité royale, laquelle n'en avait plus que le nom.
En arrivant à Paris, le duc de Guise et les chefs de la ligue ne manifestèrent pas immédiatement l'intention de s'emparer de l'autorité. Catherine de Médicis le craignait cependant ; elle redoutait avant tout le pouvoir des Lorrains ; elle se souvenait de la puissance absolue qu'ils avaient exercée sous le règne de François IL La reine écrivait, par des agents secrets, au prince de Condé pour s'abandonner à sa loyauté, elle, son fils et le royaume : « i\lon cousin, j'ai parlé à y voy aussi librement que si c'étoit à vous-même , m'assurant de sa fidélité , et qu'il ne dira rien qu'à vous-même , et que vous ne me repousserez point , et aurez seulement souvenance de conserver les en fans et la mère et le royaume, comme celui à qui il touche, et qui se peut assurer qu'il ne sera jamais oublié. De brûler cette lettre incontinent. Votre bonne cousine. * »
Dans une autre lettre, Catherine lui disait encore : « Mon cousin, je vous remercie de la peine que prenez de si souvent me mander de vos nouvelles, et pour espérer vous voir bientôt, je ne vous ferai plus
' Biblioth. du Roi. Liasse pour former un recueil de pièces, in-8'^; cotée L 13G1, pièce 10.
2 Regist. de l'hôtel de Aille. - MSS de Colber», vol. CCLXII, in-fol. page 207.
' Ihid.
* « Lettres envoyées par la royne à Mgr le prince de Condé, par lesquelles clic le {trie d'avoir en recommandation l'étal de ce royaume. 1562. y
ORfîANTSATrON POUR LA GUEBRE CIVILE. 39
longue lettre. Et vous prie seulement vous assurer que n'oublierai jamais ce que faites pour moi. Et si je meurs avant avoir le moyen de le pouvoir reconnoistre , comme j'en ai la volonté , j'en laisserai une instruction à mes enfans. ' » Le prince de Condé lui répondait en l'invitant sans cesse à venir le joindre avec son fils; il lui rappelait la tyrannie qu'elle subissait sous la main des Guise ; avec lui et les huguenots seulement il était possible d'exercer l'autorité royale. Le parti catholique la débordait, en effet, par son action sur les ma-ses, et Catherine de Médicisse hâta de quitter Paris : d'après les conseils du prince de Condé , elle se retira à Melun , emmenant avec elle Charles IX enfant.
La présence du roi dans un parti était beaucoup alors, et Pasquier jugeait bien quand il le considérait comme un étendard facile à reconnaître et à suivre. L'armée du duc de Guise était campée dans les en\ irons de Paris, tandis que le prince de Condé rassemblait tous les gentilshommes huguenots , pour faire irruption dans la ville. Catherine ne voulait se jeter clans l'un ni dans l'autre camp , quoique son penchant fût pour le prince de Condé, qui lui faisait les conditions moins dures et lui otïrait la plénitude du pouvoir de régente ^.
Le départ de Catherine de iViédicis avait produit une vive impression à Paris. Le bourgeois, par habitude dévoué à la cour, très-jaloux, de la prérogative de voir son roi, murmurait de ce que la reine eût cherché un asile au dehors ; c'était dans sa bonne ville qu'il fallait trouver un point d'appui , en se plaçant à la tête des catholiques ardents. Le prévôt des marchands, du nom de Marie, et les échevins, allèrent auprès de ladite reine et se plaignirent de ce qu'on leur avait enlevé le roi : ils demandèrent qu'on le leur rendît, avec les arquebuses dont le maréchal de Montmorency avait privé les Parisiens. La reine promit tout ; elle restitua provisoirement les armes aux; bourgeois, et pour donner preuves du peu de craintes que lui inspiraient les partis, elle vint au château de Fontainebleau, attendant les ouvertures qui lui seraient faites de part et d'autre. ^ Le prime de Condé lui écrivait : « Tout porte à croire que je m'emparerai d'Orléans. Ce seroit une bonne ville pour y mettre le siège de l'État
' « Lettres envoyées par la royne h Mgr le prince de Condé , par lesquelles elle le prie d'avoir c;i recommandation l'élat de ce royaume. 1562. » - Mémoires de Ccistelnau, liv. III. La NorE, 26" discours. « De Triou, liv. XXIX.
avec monseigneur le roi. » Antoine de Navarre, au contraire, attaché à la cause catholique, assurait la reine Catherine que si elle consentait à ramener le roi dans Paris, on lui rendrait fidèlement son pouvoir ' ; tout ce qu'on faisait c'était pour maintenir la vraie religion attaquée par les maudits huguenots.
La reine conservait tout son penchant pour le prince de Condé, et allait se décider à le joindre, lorsqu'on entendit dans la cour de Fontainebleau un bruit d'armes, et bientôt de larges éperons de fer firent retentir les grandes voûtes du palais; on annonça le roi de Navarre. C'était dans la semaine sainte ; on chantait les tristes vêpres des morts ; Antoine de Bourbon, prenant fièrement les mains de la reine, lui dit : « Madame , il faut venir avec nous vers Paris , où l'on nous mande; monseigneur le roi voudra bien aussi nous suivre.» Catherine, selon son habitude, composa son visage; mais l'enfant royal se prit à pleurer. Le lendemain on arrive à Vincennes et puis à Paris ; dans ce voyage Catherine avait plusieurs fois écrit au prince de Condé d'accourir à l'aide du roi enlevé par les rebelles : le prince ne put faire assez de hâte ; Charles IX et sa mère descendirent au Louvre ; et dès lors ils furent au pouvoir des catholiques et durent suivre l'impulsion du parti ^.
Les opinions catholiques et huguenotes se dessinèrent dès lors sans
' « L'assurant que leur intention n'était aucunement de lui osier le gouvernemenf, comme elle soupçonnoit, à cause de la venue de MM. de Guise et du connestable. » (Dépèche de l'ambassadeur de Florence au roi catholique, 2 avril loC2, fol. 29 de la correspondance de Chantonney.)
* Le triumvirat de François de Guise, Montmorency et Saint-André se hâta d'en donner avis au roi Philippe II d'Espagne ; « Sire, sçachant de long-temps le hon zèle et singulière affection que vous avez à la conservation de notre saincte religion catholique, nous ferons entendre à votre majesté que la royne, nous ayant, ces jours passés, fait assembler bonne et grande compagnie, sa majesté nous a fait si ample et honnesle déclaration de l'extrême déplaisir qu'elle a des troubles de ce royaume pour le fait de la religion, et combien elle désire d'y pourvoir et employer pour cei effet toutes ses forces, nous vous pouvons assurer, sire, que par le moyen du bon ordre qu'elle y a déjà donné et l'assurance que nous avons de la continuation de si bonne volonté, nous devons bientost espérer de voir ce royaume en repos et tranquillité ; ne voulant faillir de vous dire, sire, que par les propos que nous a tenus sadicle majesté, nous avons certains témoignages que c'est avec bien grand regret qu'elle a souvent différé l'exécution de ce qu'elle a toujours, plus que nulle autre chose, désiré. »
Archives de Simancas, 21 avril 1562, B, 14*. Une apostille, signée Antoine (le roi de Navarre, approuve et tient pour vrai le contenu ci-dessus.
nuances ; Pasquier divisait ainsi les deux camps : « Au demeurant, ceux qui conduisent entre nous principalement le parti catholique sont le roy de Navarre, les seigneurs de Guise, le connestable et maréchal de Saint-André ; et pour le parti huguenot, M. le prince, l'admirai, les seigneurs d'Andelot et de La Rochefoucauld. Et combien que tout se fasse de deçà, sous le nom, ou du roy, ou bien du roy de Navarre, toutefois M. de Guise a la plus grande part au gasteau. Comme en cas semblable de delà, l'admirai, ores que M. le prince soit le chef. Ce sont, en somme, deux grands princes du sang, frères, dont les autres (chacun en son endroit) se tergent pour parvenir audessus de leurs intentions. »
En face de ce mouvement catholique si fier, si hautement prononcé , que faisaient les huguenots? ils avaient dénoncé le triumvirat, semé partout des pamphlets sur la captivité de monseigneur le roi ' , et pour opposer ligue à ligue, association à association, tous les chefs arrêtèrent l'acte suivant : « Nous soussignés, n'ayant rien en plus grande recommandation après Dieu que le service du roy et la conservation de sa couronne pendant sa minorité, sous le gouvernement de la royne sa mère, eslablie et autorisée par les états ; et dès maintenant, après avoir invoqué le nom de Dieu, comme bien avisé et conseillé par bonne et mûre délibération, nous avons d'un commun accord et consentement libre et volontaire, promis et juré par le nom de Dieu vivant, une association et saincte compagnie mutuelle, aux conditions suivantes, que nous jurons et promettons, devant Dieu et ses anges, garder inviolablement et de point en point, comme s'ensuit, moyennant la grâce et miséricorde de Dieu, notre seule espérance. Premièrement, nous protestons que nous n'apportons en cette saincte alliance aucune passion particulière, ni respect de nos personnes, biens et honneurs, mais qu'entièrement nous n'avons devant les yeux que l'honneur de Dieu, la délivrance des majestés du roy et de la royne, la conservation des esdicts et ordonnances faites par eux, et finalement la juste punition et correction des contempteurs d'icelles. Et durera cette présente association et alliance inviolable jusqu'à la majorité du
' Bibl. de M. de Fontanieu , recueil de pièces in-i», coté P, 288 , pièce 15. « Discours des moyens que M. le prince de Condé a tenus pour pacitier les troubles qui sont à présent en ce royaume, par lequel l'innocence dudict seigneur prince est justinée, les calomnies et les impostures de ses adversaires clairement descouvertes. » Impr,
roy. Secondement nous entendons et jurons qu'en notre compagnie nous ne souffrirons qu'il ne soit fait chose qui déroge aux commandemens de Dieu et du roy, comaie idolastrie et superstition , blasphèmes et paillardises , violences, ravissemens , pilleries, brisement d'images et saccagemens de temples par autorité privée. Tiercement, nous nommons pour chef et conducteur de toute la compagnie, M. le prince de Condé, prince du sang, et partant conseiller-né et l'un des protecteurs de la couronne de France. En quatrième lieu, nous avons compris et associé en ce présent traité d'alliance toutes les personnes du conseil du roy, excepté ceux qui portent armes contre leur devoir pour asservir la volonté du roy et de la royne *. »
Cette ligue ou confédération portait enfin « que tous ceux qui se levoient avec le prince de Condé ne quitteroient pas les armes avant d'avoir obtenu la liberté du roy et des consciences; tous s'engageoient à fournir des chevaux pour faire la guerre. » Signé à plusieurs exemplaires, ce traité était envoyé par la gentilhommerie de France à la noblesse allemande , afin de bien expliquer l'objet de la ligue. Les huguenots leur demandaient de hâter les secours que les luthériens avaient promis pour soutenir les droits des gentilshommes et de l'Ëvangile^.
Le prince de Condé appela à son aide tous les partisans de la foi nouvelle ; Coligny écrivit une pieuse exhortation aux deux mille cent cinquante églises réformées des provinces ; il les invita à saisir le glaive temporel dans une guerre où il s'agissait de la conscience et de la foi. Bèze, Calvin, Marlorat, tous les pasteurs de Genève secondèrent les efforts du parti protestant pour une prise d'armes ; les ministres s'adressaient au peuple ; le prince de Condé aux braves gentilshommes, lesquels devaient aller dans chaque province pour servir de capitaines et de chefs aux paysans et bas vassaux.
Il reste quelques-unes de ces lettres des ministres calvinistes aux fidèles de leur église pour les exciter aux batailles ; Spifame et Bèze
' « Traité d'association faicle par monseigneur ie prince de Condé, avec les
grinces , chevaliers des ordres, seigneurs , capitaines, gentilshoninies , elc pour
maintenir l'honneur de Dieu et le repos de ce royaume, l'estat et liberté du roy sous le gouvernement de la royne sa mère. » Paris, 1362.
^ 28 avril 13G2. MSS de Baluze, vol. côté 9037/3'^ f» 6.
« Demande par le prince de Condé de secours au parlement et aux églises de Nor. niandie lors de la prise des armes, après qu'il se fut emparé d'Orléans. » (Brocliure.j
ORGAMSATION POLU LA GUERHE CIVILE. 43
leur écrivaient : o Nous vous invitons au nom de Dieu à soutenir la religion afin d'empêcher sa ruine; il faut délivrer le roy et la royne qui sont prisonniers ; les riches doivent déployer leurs richesses, les forts leurs forces. Ne faites nulle retardation ; il n'est pas temps de discuter, mais d'exécuter ; ne vous estonnez pas des ordres que vous pourrez recevoir : notre roy et notre royne étant captifs, n'ont plus de volontés ; le jour n'est pas loin où ils seront délivrés et où ils reconnoislront leurs vrais serviteurs. Il faut recommander aux gentilshommes à cheval et aux troupes de pied de s'acheminer sur-le-champ, car le principal orage est ici , et tout dépend de l'issue de l'entreprise*. »
En même temps des négociations directes étaient ouvertes par le prince de Condé avec Elisabeth, reine d'Angleterre, pour demander secours et appui dans la cause toute protestante qu'il allait défendre. Elisabeth déclarait en réponse, « qu'elle avoit de justes motifs de prendre la protection de la cause de Dieu et la défense du roy contre les auteurs des troubles qui existoient présentement^. » Un traité fut conclu entre la reine d'Angleterre , le prince de Condé et ses alliés ; la défense du royaume en était le motifs . Des correspondances curieuses étaient engagées pour le même objet avec les princes luthériens d'Allemagne. Dans une lettre des ministres du calvinisme à l'électeur palatin, ils le remercient dans les termes les plus humbles de ses bontés ; pui?, ils lui exposent leurs misères, et le supplient d'intercéder pour eux auprès du roi et de la reine mère qu'il leur plaise octroyer la liberté et pureté de conscience pour servir leur Dieu*. Le 26 aoijt 1562, lettre du prince de Condé au landgrave de Hesse sur ce qu'il avait fait pour le prompt acheminement des reîtres et des lansquenets^. Le même prince écrivait au duc de Wittemberg <lans un but semblable; et comme quelques préventions étaient soulevées contre le puritanisme de Calvin , le théologien de Genève
' MSS de Béthune, v..l, col. 8680, fol. o.
* « Protestation faitp par la royne d'Angleterre, par laquelle elle déclare le? justes et nécessaires occasions qui l'ont mue de prendre la protection de la cause de Dieu et la défense du roy et de son royaume, contre les auteurs des troubles qui y sont présents. » ^ISS Fontaniei .
' MSS deDupuy, vol. S41. «Traité entre la royne d'Angleterre et monseigneur !e prince de Condé pour la défense du royaume. »
* Imprimé. Bibl. du Roi, portefeuillps Fontanieu, n^' 301-302. » Vnd.
s'empressait d'envoyer à Francfort à l'assemblée des luthériens sa profession de foi écrite et modifiée*.
«Nous tenons le Vieil et le Nouveau Testament pour le seul réel de notre foy ; aussi nous acceptons tout ce qui y est conforme ; comme de croire qu'il y a trois personnes distinctes en la seule essence de Dieu, et que Notre-Seigneur Jésus étant vrai Dieu et vrai homme, a tellement uni les deux natures en soy , qu'elles ne sont point confuses. Sur quoi nous détestons toutes les hérésies qui ont été jadis condamnées, tant des ariens , sabelliens , ennoniens et leurs semblables, que des nestoriens et eutychians. Et à Dieu ne plaise que nous soyons entachés de ces rêveries lesquelles ont troublé l'église catholique du temps que elle étoit en sa virginité.
» Nous n'entendons point anéantir l'autorité de l'Eglise ni des préla'ts et pasteurs auxquels la superintendance est donnée pour la gouverner. Nous confessons donc que les é\êques et pasteurs doiventêtre ouys en révérence en tant qu'ils font leur office d'annoncer la parole de Dieu, et outre cela pour toutes églises, et chacun pour soy ont puissance de faire lois et statuts pour la police commune ; et comme il faut que tout se conduise par ordre et avec honnesteté, et qu'on doit obéir à tels statuts , moyennant qu'ils n'astreignent point les consciences, et qu'on n'y établit point de superstitions; et tenons pour fanatiques et mutins ceux qui ne s'y voudroient pas conformer.
» Au reste, nous tenons que la primatie que le pape s'attribue est une usurpation par trop énorme ; car encore qu'on accorde qu'il est expédient d'avoir quelque chef en l'Eglise (ce qui toutefois est pleinement répugnant à la parole de Dieu), tant y a que c'est une absurdité trop lourde que celui qui doit être chef sur les évêques ne soit point é\êque lui-même. Nous ne touchons point à toutes les dissolutions et scandales qui ne sont que par trop notoires; mais nous disons que tous chrétiens, pour n'être point rebelles à Dieu, doivent rejeter ce qu'ils connoissent contraire à la pureté de son service.
» Aujourd'hui on achète les messes comme satisfaction pour s'acquitter envers Dieu, et chacun en a part à sa volonté : telle marchan-
' « Confession de foi faite par M. Jean Calvin, au nom des églises du royaume de France durant la guerre , pour présenter à l'empereur, aux princes et états d'Allemagne , en la journée de Francfort. « — Bibl. du Roi; portefeuilles Fontanic», n»s 303-304.
dise ne peut avoir couverture de l'usage ancien de l'Eglise. Il y a encore une autre profanation , c'est qu'au lieu que la sainte cène ne doit porter que le nom de Jésus-Christ, on forge des messes à plaisir: de saint Clnistophe, de sainte Barbe, et de toute la kyrielle, comme on dit : lesquelles façons s'accordent non plus avec la nature du sacrement que le feu avec l'eau. » Cette confession, je le répète , était destinée à éclairer les princes luthériens sur le véritable caractère des églises huguenotes de France, qu'on présentait à l'extérieur, en Angleterre et en Allemagne surtout, comme turbulentes et impies, se rapprochant des anabaptistes.
De son côté, le parti catholique négociait avecTEspagne. Dès que Charles IX et sa mère furent au pouvoir de la population de Paris, le premier soin du conseil fut de renouer ses rapports avec Philippe H. Une note fort curieuse fut présentée à ce monarque par l'ambassadeur deFrance.Leroi Charles IX* avertissait sa majesté catholique, «qu'il avoitdes avis bien précis que sa majesté la reine d'Angleterre armoit fortement pour soutenir les huguenots, rebelles de France; de plus, d'autres avis du côté d'Allemagne annonçoient que l'on alloit marcher au secours desdits huguenots, et la chose était si notoire que les gens s'assembloient déjà à la file. Par quoi sa majesté très-chrétienne mandoit à son ambassadeur, M. de Fourquevaux, qu'il eût à prier trèsinstam.ment sa majesté catholique son frère de faire les offices suivants: il faut que M. le duc d'Albe embrasse dorénavant, sans aucune dissimulation ou longueur, la défense du royaume contre lesdits assaillants; car sa majesté seroit forcée de conserver son royaume par un autre expédient si elle étoit abandonnée ; ellenelecroyoit cependant pas, comptant sur l'amitié de son bon frère le roi catholique. Alors lui et le duc d'Anjou n'épargneroient pas leurs personnes pour poursuivre les rebelles jusqu'au bout. Il seroit aussi un bon expédient pour retenir la reine Elisabeth de lui déclarer que la cause de sa majesté très-chrétienne étoit la même que celle de sa majesté catholique, et qu'en se déclarant contre l'un, elle sedéclaroit contre l'autre. Le roi catholique voudroit bien l'écrire et mander à la reine d'Angleterre et lui parler tel langage, qu'elle voie que l'effet suivra les paroles ; et semblablement écrire à l'empereur qu'il ait à empêcher toute entreprise contre la France. Quant au secours que ledit roi catholique avoit
» MSS de Colbert, vol. XXXVIII, in-fol,, M. R., page H43.
promis à sa majesté très-chrétienne, ladite majesté le réclamoit promptement; les Espagnols dévoient entrer par Bayonne. »
Dans cette situation des partis qui provoquaient tous deux, les secours de l'étranger, le prince de Condé crut indispensable de justifier la prise d'armes; il publia un long manifeste dans lequel il disoit : « qu'il avoit été contraint d'aller aux batailles non pour le soustenenient de sa religion , mais pour délivrer le roy et la royue sa mère de la captivité en laquelle ils estoient. » Il racontait le massacre de Vassy et 1p« mpnéesdu duc de Guise afin de jeter la sédition et le désordre en ce royaume; « il a^^.-^ij ginsi voulu que l'espée fust hors du fourreau. » Le prince de Conde s^-^'^ri rapportait au jugement de la reine et à l'avis de son conseil, rendu à la pic....;^e liberté de son suffrage ; il demandait que l'édit de janvier fût entièrement t- axécuté • et si l'on refusait ces conditions, si le maudit triumvirat cont'ito-,,yg^ ^ opprimer le roi et la reine, alors le prince de Condé en appelait â'^.f j.^ brave gentilhommerie provinciale pour punir les traîtres ' . ^9'
Le même jour il écrivit au parlement, autorité toute-pJa ,jjgggjjjg pour lui expliquer sa conduite et les motifs de la prise d'S03-,j.^gg .. « Messieurs, vu les troubles qui sont de présent, et à mon granm.,} j.g gret, par trop avant répandus sur la surface du royaume, tant à ca'o^^gg du fait de la religion que pour la conservation de la liberté et aufes-^ rite du roy, je ne doute point qu'une si bonne compagnie n'ait déjà connu, chacun en son particulier, les raisons qui m'ont mû, d'entreprendre pour le service de leurs majestés ce qui est maintenant no toire à tout le monde. » ?t
Et le parlement répondit : « Notre très-honoré seigneur, humbl^t ment à votre bonne grâce nous recommandons. Nous avons lu avet douleur votre déclaration et protestation, parce que vous êtes prince du sang et maison de France, la plus ancienne et la pluséminente de toutes celles qui portent couronne en toute la terre, et ne faisons doute que votre bon naturel n'y convienne, s'il n'étoit forcé et détourné de mauvais conseils, comme il advient quelquefois aux bons princes. Et combien que notre charge ne soit que d'administrer justice souveraine du roy, puisque vous nous avez fait entendre vos plaintes, nous vous répondrons avec liberté ; » et ici le parlement reproduisait tous les
' 2 mai 1862. Bibl. de M. de Fontanieu. Rec. de pièces in-4'', vol. coté P, p. 288, pièce S. « les moyens de pacifier le trouble qui est eu ce royaume, envoyés à la royne par M. le prince de Condé. » — hnprim.
griefs catholiques contre les partisans de la religion nouvelle '.
Ces remontrances de la magistrature n'arrêtaient pas le prince de Condé, qui convoquait la vaillante gentilhommerie du Dauphiné et du Béarn. Dans les commissions que donnaient les capitaines de huguenots, tous prenaient le titre de « chef de Varmée mise sus en ces pays pour le roy et sous l'autorité de monseigneur le prince de Condé protecteur et défenseur de lamaison et couronne de France. ))Une charte du comte de Montgommery, du 24 août 1562, est conçue dans ces termes de protection et de fierté ^.
Les chefs du triumvirat avaient vu avec efifroi le vaste mouvement qui embrassait une grande partie du royaume et s'étendait à l'étranger; ils étaient maîtres du roi, et de sa mère ; mais les pamphlets calvinistes les accusaient de tenir l'un et l'autre dans une espèce de captivité. Ces dangers alarmaient particulièrement le roi de Navarre; esprit timide, il ne voulait point engager une guerre ouverte , décidée , dont les résultats seraient incertains ^. Pour répondre à ces craintes, le duc de Guise fit publier deux déclarations ; la première adressée au parlement, par laquelle le roi annonçait qu'il prenait sous son autorité tout ce qui était fait par le conseil. La seconde, toute politique, tendait à détacher de la prise d'armes la fraction modérée des calvinistes ; on renouvelait l'édit de janvier, qui permettait le libre exercice du prêche partout, hors Paris et la banlieue^.
A ces déclarations le prince de Condé répondit par d'autres manifestes : « il s'étoit voué à remettre le roy en pleine liberté et à maiutenir l'observation de ses édits sans aucune dissimulation , il protesrtoit que tant et si longuement que ceux qui s'estoient emparés du roy seroient en la cour, il ne réputoit aucune lettre , mandemens ou dépêches venir de lui, quelque emprunt que l'on fît de son nom ; qu'il n'entend toutefois comprendre sous cette généralité le roy de Na-
' Portefeuille Fontanieu, n°s 301-302.
* MSS de Colbert, vol. XXIV, in-fol., n» 3.
* On cherchait de toutes les manières à retenir dans le parti catholique le roi de Navarre. Il existe dans les archives de Simancas une lettre de Charles IX au roi d'Espagne; il lui dit : « Que le roy de Navarre avoit de tout temps rendu de grands services au royaume de France ; il le prioit donc d'avoir égard à sa requeste et d'y faire droit, ou au moins le récompenser en sorte qu'il connoisse que ma recommandation lui a profité. II me porte beaucoup d'amour et affection, et il a grand désir de la conservation de ce royaume et union de mes sujets. » B 14°'.
* Iffémoires de Condé, tome II, pages 19 et suiv.
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varre. » Les calvinistes ménageaient ainsi Antoine de Bourbon pour laisser Montmorency, Saint-André et de Guise dans l'isolement. On peut s'apercevoir dès lors par la prodigieuse quantité de manifestes et de conîre-manifestes, quel immense crédit obtenait l'opinion publique, et quel cas on faisait de la presse et de la liberté d'écrire. La guerre n'avait plus ce caractère brutal et chevaleresque des douzième et treizième siècles. On justifiait toutes ses démarches : on en sentait le besoin. C'est le temps des dissertations pour tout et surtout. Alors se développe l'époque de l'examen et du raisonnement.