‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 102 sur 144 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

PREMIÈRE GCERRE CIVILE.

Séjour de Catherine et de Charles IX à Paris. — Armement des bourgeois. — Les chaînes. — Opinion de Pasquier. — Les huguenots soulevés en province. — Occupation de Lyon. — Valence. — Chàlons. —Correspondance entre les chefs. — . Esprit des deux armées. — Les huguenots. — Les catholiques. — Tentative de conciliation échouée. — La guerre. — Désordres. — Siège de Rouen. — Mort du roi de Navarre. — Bataille de Dreux. — Siège d'Orléans. — Mort du duc de Guise. — Ses funérailles populaires. — La paix ayec Ips huguenots, — Édit de pacification.

La mesure violente et décisive qu'avaient prise les chefs du parti callîolique de s'emparer de Charles IX et de Catherine de Médicis, faisait passer dans leur camp la force morale qui se rattachait alors à la royauté. Le jeune prince et sa mère furent très-bien accueillis par les confréries de Paris qui se préparèrent à soutenir leur foi par les bons coups d'arquebuses, et à détruire toute huguenoterie.

La grande cité \ oyait se reformer son guet et sa garde. Dès l'année précédente, un ordre du conseil municipal avait prescrit à tous bourgeois d'apporter ses armes à l'hôtel de ville. Le registre de ce désarmement existe encore *, et je ne puis résister au désir de faire connaître quelques-uns de ces vieux noms de bourgeoisie, de cléricature et de métiers : « Vincent Leroi , apothicaire des bandes sous le colonel m.onseigneur d'Andelot, a apporté deux arquebouzes de guerre liées ensemble, son nom escrit dessus l'un des affûts, lequel demeure

' Petit registre des armes, couvert en parchemin, 3" carton de l'hôtel de ville, air dépôt de la Bibliothèque Royale. (Salle réservée à M. ChampoIIion.j

rue delà Mortellerie, au logis où pend pour enseigne l'image Saint- Jacques. M. Pierre Boucher, clerc au greffe de la cour des aides, demeurant à la Vieille rue du Temple, une arquebouze d'Allemagne, l'affût noirci. M. Augustin de Thou, conseiller et advocat du roy au Chastelet de Paris, une arquebouze, trois pistolets et deux petits pistolets garnis de leurs estuis, et le tout lié d'une lizière de drap ; le bon conseiller était ainsi fortement armé. Bonaventure Morel , dizeniei , quatre arquebouzes et un pistolet. Jehan Mégissier , marchand espicier, demeurant rue Saint-Denis, au logis où pend pour enseigne la Pomme d'or, un petit pistolet. Jehan Messier, marchand chasublier, une petite arquebouze et un petit pistolet. Thomas Enguizac , barbier, demeurant au carrefour Guillory, une arquebouze à rouet. Louis Bernidre, marchand coustellier, demeurant au quartier Saint- Jehan, une petite arquebouze, son nom dessus. M. François Larcher, procureur en la chambre des comptes, demeurant rue delà Verrerie, près l'église Saint-Méry, une arquebouze de guerre dégarnie de rouet. Pierre Duhamel , marchand de vins , demeurant au carrefour Guillory, au logis où pend l'enseigne de la Gourde, une arquebouze, l'affût verni. Jehan de Latable le jeune, marchand, demeurant rue de la Mortellerie, à l'enseigne la Corne de cerf, un court canon ù'arquebouze. M. Guill. Poussepin, bourgeois de cette ville de Paris, une petite arquebouze dégarnie de rouet, un vieil affût, son nom dessus en papier roulé. Nicolas de Bouy, varlet de chambre de la loyne, mère du roy, demeurant rue de Trousse- Vache , devant le logis où pend l'enseigne du Pied de biche, deux pistolets et un court pistolet, avec fourreaux. Nicolas Bonguyce, marchand apothicaire espicier, un court pistolet vieil et enrouillé. Sire Jehan Croquet , conseiller de la ville, demeurant rue des Lombards, au Mouton d'or, trois arquebouzes '. »

Le bon avocat Pasquier se plaint des nouveaux services qu'un lui impose: « Les coups de pistolet et canon nous servent de caiillun. Les armes ont été rendues, lesquelles peu auparavant avoieiit été portés en l'hôtel de ville par le commandement du prince de la Rochesur- Yon. S'il m'estoit permis de juger des coups, je vous dirois que c'est le commencement d'une tragédie qui se jouera au milieu de nous

> Toutes ces armes t'ureol depuis restituées, ainsi qu'on en voit les quittances individuelles au registre.

PREMIÈRE GUERRE CIVILE. 5f

à nos despens, et Dieu veuille qu'il n'y aille que de nos bourses *. Le roy de Navarre a enjoint aux prévost des marchands et échevins de nous faire assembler en chaque dizaine pour eslire un capitaine et un lieutenant, sous le commandement desquels nous serons tenus de garder les portes. Le cardinal de Lorraine et les curés preschent par toutes les paroisses contre la maudite huguenoterie ; un minime déclare en pleine chaire qu'il falloit mourir et se laisser espuiser jusqu'à la dernière goutte du sang, plutostque de permettre contre l'honneur de son Dieu et de son église , qu'autre religion ait cours en la France que celle que nos ancêtres avoient si étroitem^ent et religieusement observée. Ce m'a esté chose aussi nouvelle, continue Pasquier, de voir prescher un cardinal comme peu auparavant un minime ; il a excité grandement le peuple aux armes. Il n'est pas que les plumes même des poètes ne s'en meslent. Brief, on ne corne autre chose que feux, guerres, meurtres et saccagemens. Si Dieu ne nous regarde d'un œil de pitié, nous sommes taillés de voir bientôt cruellement jouer des cousteaux. »

On ne peut dire l'émotion du peuple de Paris, sa ferveur pour le catholicisme ; chaque jour on accusait le parti huguenot de quelque nouvelle tentative contre les églises et la sûreté de la cité ; les calvinistes devaient mettre le feu aux poudres de l'arsenal, saccager les maisons et les boutiques des bourgeois aux piliers des halles*. Le parlement déclarait qu'il était urgent, par les mesures les plus sévères, de réprimer les désordres que faisaient lors ceux de la religion prétendue réformée. On punissait de mort tout libelle diffamatoire lancé contre les catholiques, la cour de justice et le conseil du roi. Le corps de ville était en permanence ; il résulte de ses registres , que tout était organisé par des délibérations communes jour par jour ; les bourgeois ne recevaient d'ordres que de leurs échevins.

Le bureau de la ville fit visiter les chaînes tendues, et il résulta du procès-verbal des quarteniers : « qu'il y avoit bonnes chaisnes en la rue de la Charonnerie, aboutissant en la rue Sainct-Denis, et de l'autre costé aboutissant en la place aux Chats; en la rue Tirechappe, près celle de Bétizy, en la rue de Bétizy au bout de la rue de la Monnoye, en la rue Thibautodé, en celle de la Limace, en celle Sainct-

' Et. PASQViER, leUre io, liv. IV.

* Regist. de l'iiôtel de \illc. MSS de Colbert, vol. CCLII, in-fol., page 212.

52 PllEiMlÈllE GUERRE CIVILE.

Denis et celle des Ramoneurs, en une petite rue sortant du cloistre Saincte-Opportune à la rue Sainct-Denis. Le quartenier Rhoc se plaint qu'on a osté la grosse chaisne attachée contre la muraille neuve du cimelière des Saincts-Innocents en la place aux Chats, ce qui étoit dommageable à la défense de la ville et bien public. D'après le récit des bourgeois et voisins, il étoit licite de la faire remettre. En la rue Neuve-des-Jeux-de-Paulme, du côté de celle de la Lingerie , seroit licite faire une petite chaisne de douze pieds ou environ de longueur, et un rouet avec la clef pour fermer le bandage de ladite chaisne '. »

On avait bien raison, dans la bonne cité catholique de Paris, de prendre ces précautions; les calvinistes ardents se levaient partout en armes aux provinces où ils étaient en majorité. Dans le Dauphiné, le Lyonnais, le Maçonnais, ils s'emparaient des villes principales ; îe dernier jour d'avril 1562, Lyon fut pris par les huguenots; « ils avoient fait entendre à MM. les consuls et autres notables, qu'ils vouloient avoir presches ; et comme MM. de Saulx et de Nemours leur refusoient leur demande, lesdits huguenots voyant l'arrivée de M. de Mogeron, créature de 31. de Guise, vinrent devant Lyon au nombre de plus de mille ; après les prières faites, ils se divisèrent en mi-partie; une bande passa par le carré de l'Espicerie ; l'autre par la rue Longue à côté de Saint-Nizier ; ils Grent prisonniers les capitaines, lieutenans, enseignes de la cité; sur l'heure même les protestansse saisirent de la porte Saint-Sébastien et du pont du Rhône. Les nonains de Saint-Pierre gagnèrent le haut; les célestins quittent leur fort ; les évangélistes percent la muraille regardant l'église de Saint-Jehan , propre pour saluer tous les comtes (chanoines) ; lesquels, pendant qu'on se saisissoit des places de la Saône, pendant que l'artillerie raarchoit par la ville et que l'on tendoit les chaisnes, se réunissoient paisiblement en leur chapitre. »

Une capitulation fut enfin arrêtée aux articles qui suivent, accordés entre les habitants : « On lèvera mille ou deux mille hommes protestans pour la garde de ladite ville, souldoyés partie par les catholiques, partie par les revenus ecclésiastiques ; tous ceux qui se sont absentés pour cause de religion pourront s'en revenir librement; il ne se dira plus de messes; chacun sera libre en sa foi ; on élira douze

' Peliie feuille ou rapport délëcbc d'un registre de chaisnes. Bibliothèque Royale, cartons de 1 hôtel de ville, n» 3.

des plus capables entre les évaiigélistes pour être juges avec les consuls ; il ne pourra se tenir consulat sans que les nouveaux conseillers y assistent *. » A'^alence, Mâcon, Châlons, subissaient les mêmes lois de domination huguenote ^.

Tout cela retentissait à Paris et dans les villes catholiques ^ ; de grossières gravures reproduisaient les massacres des fidèles et comment les hérétiques donnaient lescorpssaints aux pourceaux, les tiraillaient avec tenailles ardentes, leur arrachaient les entrailles ou les précipitaient dans la rivière; comment ils mutilaient les reliques pieuses, et brisaient les images protectrices des cités'*. Dans cette efifervescence de guerre, le tiers parti n'avait pas perdu tout espoir; dès que Catherine de Médicis était arrivée à Paris, elle avait pris un certain ascendant dans le conseil du roi, et presque aussitôt avait dominé une tendance pour les rapprochements et les négociations. Les chefs des deux partis armés étaient en rapport de familles et d'intérêts ; le roi de Navarre était l'aîné du prince de Gondé ; le connétable de Montmorency était oncle

' La prise de Lyon par les fidèles au nom du roi. Lyon, lofô.

^ « Aulrc discours de ce qui a été fait aux villes de Valeiice et Lyon, loG2. » Brochures.)

' Rcgist. de l'hôlel de ville, 7, fol. 141 à 205; il y est expliqué comment le feu fui mis aus poudres de l'arsenal ; le secours que les Parisiens douncrcnl à la ville «le Meaux ; quels ordres on prescrivit pour la sûreté de la ville de Paris et des environs, ensemble pour les provisions de vivres en icelle ; que le 20 du mois de juin, la populace ayant traîné par les rues un homme qui venait d'être pendu pour un larcin au cimetière de Saint-Jean, quelques-uns avaient été pris et menés [irisonniers ; le 28, une rébellion à justice fut occasionnée par la négligence des archers, arbalétriers et autres; il fut ordonné de faire un rôle des défaillants qui étaient dès lors condamnés à dix livres parisis d'amende, et privés de leurs états jusqu'à ce qu'il.s aient découvert les factieux et mutins. (Voilà la physionomie de Paris.) . * Les protestants avaient aussi leurs gravures pour dénoncer les horreurs des Catholiques. J'ai trouvé une vieille estampe avec celte légende : « Le massacre fait à Tours par la populace en lo62. On voit Tours ; le pont de ladicte ville duquel i:îubieurs de la religion furent jetés en la rivière par la populace; fauxbourgs de la Riche où plusieurs fureut massacrés de diverses sortes ; une église dans ledit faubourg où furent mis en prison environ deux cents personnes, lesquelles furent deux ou trois jours là dedans sans boire ni manger ; le nommé Bourgeau, président du roy en ladite ville, dcspouillé et puis pendu à un arbre, et ses boyaux semés en terre, dedans lesquels plusieurs pensoient trouver des escus, car aucun avoienl dit un bruit qu'il avoil avalé une partie de son trésor ; un gravier près de la rivière là où plusieurs corps morts furent jetés et puis mangés des chiens et oiseaux; un enfant tenu par un soldat qui crie à un escu le luujuenol, puis un autre soldat qui le tue; une femme despouillée toute nue et puis tuée. (Biblioib. du Roi, cabinet des eslampes; collection du règne de Charles IX.)

.j4 PRE3I!ERE GCERllE CIVILE.

de l'amiral Coligny et de la maison de Châtillon. Le 12 mai 1562, le connétable de 3!onlraorency écrivait à l'arairal : « Considérez-moi comme le meilleur oncle qu'ait jamais neveu. » Il ajoutait que les troubles du pays l'affectaient profondément ; le priant de croire que jamais il n'avait cherché le mal de personne , et encore moins des siens : le connétable n'avait en vue que le bien et service du roi et repos du royaume, qu'il voyait avec douleur marcher à sa ruine universelle, s'affligeant de trouver son neveu de la partie ; il ne savait à quoi attribuer la défiance qu'on avait de lui; cependant il y avait déjà eu assez de malheurs, sans chercher à les recommencer. »

L'amiral répondit « que jamais ceux delà religion n'avoient pris les armes par son conseil et advertissement ; ses ennemis ont toujours voulu le faire chef de parti, afin de le rendre plus odieux au roy, qui cependant n'avoit pas de plus zélé serviteur. Il s'étoit toujours tellement comporté pendant les troubles, qu'il avoit paru suspect à ceux de la religion, qui le croyoient d'intelligence avec le roy. 11 n'avoit en vue que le bien et repos du royaume, et s'il avoit eu un autre dessein, il avoit bien le moyen d'entreprendre autre chose qu'il n'a fait. Il ne vouloit pas surtout que l'on dît que ceux de la religion ne faisoient rien que par son ordre ; cela n'étoit pas. Il ne prétendoit pourtant pas nier qu'il avoit des défiances de ceux de la maison de Guise, qui cherchoient toujours à faire épouser leurs querelles à sa majesté; mais que pour cela il ait conseillé à un seul de prendre les armes, il assuroit sur son honneur qu'il ne l'avoit pas fait. Il déclaroit d'ailleurs devant Dieu que ceux de la religion n'avoient autre volonté que de bien et fidèlement servir le roy ; et quant à lui, il n'étoit pas si méchant ni si malheureux pour attenter à la personne de sa majesté *. »

Tout ceci tenait à des rapports de bienveillance personnelle ou de famille ; les chefs craignaient d'en venir à des batailles décisives qui feraient pencher la balance d'un côté ou d'un autre absolument. C'est chose même à remarquer que la terreur que semblait éprouver le parti calviniste à l'approche de ces sanglantes journées. Calvin, l'ardent Calvin, et Théodore de Bèze, écrivaient ^ à Coligny qu'il ne ferait pas mal de s'acheminer à la cour si il n'y faisait pas trop mauvais, « car on a connu par votre absence combien il eût été profitable que vous y fussiez toujours demeuré, et même il semble que tout

' 12 mai loG2. MSS de Béthune, in-fol., B. R., vol. col. 8913. * MSS de Béthune, vol. cot. 8702, fol. 76.

PREMIÈRE OCEBRE CIVILE. 85

doive aller de mal en pis, si Dieu n'y pourvoit bientôt, ee que nous cnérons qu'il fera par votre moyen; ainsi, estant persuade quilvous a îéservé à cet usage , nous vous supplions de ne pas laisser passer 1 oc-

'° Mai'sîes masses de partis qui se groupaient autour des chefs pour les' dominer, ne voulaient point subir de conditions modérées; les catholiques présentèrent requête au roi et à la reine régente' pour démontrer « qu'il n'étoit pas possible de tendre la mam a a hugueno™ rie : que s'il en étoit ainsi, on considéreroit tout conse, 1er de ces plœuvres comme déserteur de l'honneur de Dieu, nfldele a leur roy e emiemi de leur patrie, si par eux n'étoit donné prompt remède uv invasions et entreprises de ces nouveaux chrétiens et l.beratcu » de leur roy; par quoi estimoient nécessaires, non-seulement pou l'acquit de 1 ur conscience, mais de celle du roy, suivant le sermen qu'il avoit fait à son sacre et pour ne confondre tout ordre divin et humain, dont s'ensuivroit après la fin du royaume, que le roy ne d ,c t autoriser diversité de religion par la France, mais la seub église catholique, apostolique, romaine, reçue de tous ses predeces-

*'Te p'rincèi Condé écrivait également à la reine Catherine pour lui indiquer les moyens de pacifier les troubles qui étaient en ce :; ûm et ces mo ens étaient « l'exécution de l'édit du 1 janvier u qu'à la convocation d'un concile libre ; tous les outrages aits aux Cguenots seroient réparés. Enfin, parce que désordre est a venu de la présence du sieur de Guise, du connétable et maréchal Saint-André, et du soupçon qu'ils ont donné, par leur déporlement et transgression des édicts du roy, ledit seigneur prince ne voit aucun autre moyen de pacification et tranquillité que leur retraite '. » Ces deman e étaient trop en opposition les unes avec les autres, pour qui j eut poÏÏb i^Se rapprochement. Le conseil municipal de Paris, le parlent, poussaient à un éclat. Un arrêt solennel condamna le prince de Condé comme criminel de lèse-majesté , tandis que le ro. de ^a- V rre était forcé par les échevins de rendre «ne ordonnance pour expulser tous les huguenots de la ville '; « car il étoit a craindre que

. „ Kenuéle mteenléc »a roy « à la royne par le Iriumviral. 1362. ., (Brochure.)

. Leur de M. le r.i"ce d« Co»-i* '"">'" * ""<""',= 'V"'""^-," ' ""' '" L . I Mie, dû .0. de Navarre comte ceux soupronnés de la relig.oo. . - We-

moires de Condé, lome 11, page 209.

J'REMIÈUE GUERRE CIVILE.

Paris estant desgarni d'hommes de cheval Pf Hp • ^ •

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hommes modéré vonuren,'"''"'*^ P" '" ^™S, lorsque quelques modères, oulurenl encore parler de transactions. .Ilontluc,

évêque de Valence, tout à fait dévoué au tiers parti, prépara une entrevue à Thoury ; Catherine et le roi de Navarre devaient y représenter les catholiques, le prince de Condé et l'amiral Coligny les protestants. On se trouvait dans les deux armées, frères, parents et amis, et tous gentilshommes. Aussi, quoique des précautions eussent été prises pour marquer la distance qui séparait les camps, ces gentilshommes se prenaient les mains, se témoignaient la plus vive amitié. Plus tard ces formes de gentillesses étonnèrent les étrangers qui ôombaltaient sous des couleurs diverses : « Les reistres du prince de Condé, qui ignoroient nos coutumes *, entroient en soupçon d'être trompés et trahis par ceux qui s'entre-faisoient tant de belles démonstrations, et s'en plaignirent aux supérieurs. Depuis, ayant vu les trêves rompues, que ceux mêmes qui plus s'entre-caressoient étoient les plus âpres à s'entre-donner des coups de lances et de pistoles, ils s'assurèrent un peu et disoient entre eux : « Quels fols sont ceci qui s'embrassent aujourd'hui et s'entre-tuent demain ! » Le prince de Condé persista à imposer le renvoi du duc de Guise et du connétable de Montmorency; le roi de Navarre, au contraire, demandait l'immédiate dissolution de l'armée calviniste. Cette première conférence n'eut aucun effet.

Une seconde entrevue fut assignée à Talsy, sur les bases suivantes : le duc de Guise, le connétable, le maréchal Saint-André seraient éloignés de la cour ; mais l'armée des huguenots devait, en reconnaissance d'une si grande concession, rentrer dans ses donjons et terres. On en vint à ce point de proposer que comme les réformés étaient les moins anciens dans le royaume, et puisqu'il y avait impossibilité de concorder les deux religions, ils en sortiraient instantanément pour avoir la paix.

J'ai besoin de répéter qu'il existait deux grands partis dans le camp des huguenots ; celui des gentilshommes sous le prince de Condé, et plus facile à se rapprocher de la cour que celui des Genevois, puritains plus austères, sous la conduite de d'Andelot et des ministres. Le prince de Condé avait accepté les conditions d'un exil ; tous les jeunes chevaliers entre eux riaient et gabaient de la nouvelle condition qui leur adviendrait à l'étranger : « Nous serons tous hommes de métiers ^, disaient-ils; toy, tu seras gantier et faiseur de brassards;

' Mémoires de La Noue. Année 1362.

2 Ibid.

toy, tréGleur d'or et de soie; toy-môme, fileur de chanvre; nous gagnerons ainsi notre vie à manœuvres hors du beau pays de I rance. » Mais les Genevois, plus zélés, ne voulaient pas entendre parler de ces conditions, en supposant même qu'elles eussent été acceptées sérieusement par la noblesse ; ils exigeaient le triomphe absolu des opinions calvinistes. Ce que faisaient les chefs n'allait pas au delà de leurs proches : l'armée appelait la guerre ; les deux partis ne s'étaient pas bardés de fer pour s'en retourner paisiblement en leurs villes et en leurs manoirs.

Tout arrangement étant rompu, il n'y eut plus que batailles et retentissement des trompettes et buccines; on en vint aux cousteaux, comme l'avait craint le prudent et sage Pasquier. Les voies de conciliation se trouvant ainsi épuisées, la reine Catherine requit sentence du parlement envers les rebelles qui saisissaient arquebuses contre le roi ; et, par son arrêt du 26 juin, la cour déclara tous les huguenots portant-armes crimineux de lèse majesté divine et humaine '. « Contre cet arrest les huguenots crient et protestent que ceux qui possèdent le roy ont forcé la cour de ce faire. Et en disant cela, ils connoissent qu'ils ont été envoyés à l'escole, quand, ayant pris les armes, ils ne se joignirent au roy lorsqu'il estoit à Fontainebleau, donnant le loisir à leurs ennemis de le faire *. » Mais qu'importait, au milieu des hasards de batailles, un arrêt du parlement facilement révoqué par la victoire? La statistique militaire des calvinistes pouvait alors ainsi se résumer : les huguenots tentaient Tours, Blois, Angers, Saumur, Le Mans, Poitiers, Bourges, Meaux, Rouen, Lyon, Mâcon, Orléans, Le Havre, Valence, Montauban ; « même en la ville de Toulouse, a esté fait un cruel estoc entre le catholic et huguenot; toutefois, le dessus nous est demeuré ^. »

Dirais-je le caractère cruel de cette guerre religieuse, tous ces souvenirs de massacres, dont les monuments des villes, les annales de familles attestent la barbarie? Calvinistes, catholiques n'épargnèrent

' Le prince de Condé publia contre cet arrêt une protestation sous ce litre ; « Remontrance de monseigneur le prince de Condé et ses associés sur le jugement de rébellion donné contre eux. par leurs ennemis, se disant estre la cour de parlement de Paris, avec protestation des maux et inconvéniens qui en pourroiriil ad- \enir. » Bibliolh. du Roi, collection Fontanicu; recueil de pièces in-i», coté P,288.

2 Est. Pasqcier, liv. IV, lettre 17.

^ L'ambassadeur d'Espagne Cliantonney s'occupe beaucoup de cette statistique. Dépêches fol. 185.)

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rien. Au siège de Beaugency, la première des expéditions du prince de Condé, la haine des sectaires s'attacha aux monuments des arts comme aux habitants sans défense ; partout où passaient les réformés, le marteau iconoclaste détruisait les vieilles statues des saints; ils arrachaient au tombeau les reliques, brisaient les vases sacrés pour les transformer en monnaies; « où le huguenot étoit le maître, écrit encore Pasquier, il ruine les images (ancien retenail du commun peuple en la piété), démolit les sépulcres et tombeaux, mesme passant par Clery, il n'a pas pardonné à celui du roy Louis onzième, enlève tous les biens sacrés et voués aux églises. En contre eschange de ce, le catholic tue, meurtrit, noyé tous ceux qu'il connoist de cette secte, et en regorgent les rivières. II n'est pas que parmi cela quelques-uns n'exécutent des vengeances privées sur leurs ennemis au dépend de la querelle publique *. » Les chefs les plus habitués à ces grandes terreurs de la guerre étaient effrayés de cette rage des camps. Le vaillant La Noue, pourtant si accoutumé à conduire ses gens d'armes pillards, s'écrie : « Nos soudards agirent à Beaugency comme s'il y eût eu un prix proposée celui qui pis feroit. Ainsi perdit notre infanterie son pucelage, et de cette conjonction illégitime s'ensuivit la procréation de mademoiselle La Picorée. »

On peut personnifier cette guerre en deux caractères qui se montrèrent alors dans les camps opposés : Montluc parmi les catholiques et le baron des Adrets parmi les protestants, tous deux vaillants guerriers, images de ces violences féodales dont les annales de Flandre nous ont laissé un type dans le Sanglier des Ardennes. Biaise de Montluc a écrit lui-même ses mémoires : « M'estant retiré à l'âge de soixante et quinze ans, après cinquante-cinq ans que j'ai porté les armes pour le service des roys mes maistres, ayant passé par les degrés de soldat,

' Comparez sur ces désordres : « Discours sur le saccagenient des églises calholiquespar les hérétiques, anciens et nouveaux calvinistes.» Biblioth. du Roi, collect. Fonîanicu, vol. in-S», coté P, 393, A. — « Lettre de M. le duc de Montpensier à M. le connestable, par laquelle il lui mande ce qu'il a fait contre les huguenots dans la ville de Champigny sur Vende en Tourainc, qui appartenoit audit duc. » >ISS de Béthune, vol. cot. 8694, fol. 38. Imprimé dans les Mémoires de Condé, cdit. in-8", 1743. tome III, page 509. — «Ordre de M. de Craon, gouverneur et lieutenant pour Je roy à Chinon, sous monseigneur le prince de Condé, de lui apporter 1rs reliques et autres oriiemens d'église qui sont dans les paroisses dépendantes de l'élection de Chinon, avec l'inventaire qui en a esté fait. » — MSS de Béthune, vol. col. 8(198, fol. 36. Imprimé dans les Mémoires de Condé, édit. in-4<', 1T'»3, tome II i, page 471.

enseigne, lieutenant, capitaine en chef, nnaistre de camp, gouverneur des places, lieutenant du roy et maréchal de France, estropié presque de tous mes membres, d'arquebusades, coups de piques et d'espée, à demi inutile, sans force, après avoir remis la charge de gouverneur de Guyenne, j'ai voulu employer le temps qui me reste à descrire les combats auxquels je me suis trouvé, pendant cinquante-deux ans que j'ai commandé *. » Biaise deMontluc avait retrouvé toute la vaillance et toute l'énergie du vicomte de Montfort, si redouté des pieux Albigeois. Un hérétique, dans l'esprit du vieux soldat, lui inspirait une horreur indicible ; il le condamnait sans frémir aux plus affreux supplices, le pendait aux créneaux comme à Amboise, ou le jetait sous la roue ou à la rivière; il avait continuellement deux bourreaux auprès de lui, qu'on appelait ses laquais, parce qu'ils ne cessaient de lui faire compagnie. Il n'était bruit parmi les campagnes que des cruautés de Montluc : « il apprenoit à ses enfans à estre tels et à se baigner dans le sang, dont l'aîné ne s'espargna pas à la Saincte-Barthélemy ^. »

Beaumont, baron des Adrets, le héros des huguenots du midi, était célèbre en Dauphiné, dans le Lyonnais, le Languedoc, la Provence et l'Auvergne ^; taureau furieux, comme l'appelle un vieux chroniqueur, qui de ses cornes renversait églises et bataillons entiers de catholiques; il s'empara de Lyon, et la cathédrale de Saint- Jean porte encore l'empreinte de sa masse d'armes ; les bons chanoines avaient quitté la ville, et un presche s'éleva dans ce beau monument de l'art. Un manuscrit de la bibliothèque de Lyon a conservé dans de nombreuses miniatures toutes les barbaries des huguenots dans la cité; là on voit les croix démolies, les cloches brisées, les saints de la cathédrale sans tête ; partout des hommes dont on arrachait les entiaille?, des prêtres au supplice, des moines expulsés, des religieuses exilées et poursuivies par les soldats du baron des Adrets *. « Je le vis trèsvieux à Grenoble dans mes voyages, dit M. de Thou, mais d'une vieillesse encore forte et vigoureuse, d'un regard farouche, le nez aquilin , le visage maigre et décharné et marqué de taches de sang noir, tel que l'on nous peint Sylla. Du reste, il avait l'air d'un véritable homme de bataille ^. »

» Mémoires de Monlluc, liv. I et V. — • Brantôme, tome VII.

* Brantôme. — Le baron des Adrets, lonie VI.

* MSS de tristibus Gulliœ carmen. — ' Vie de De Thou, tome XI, page 8.

La guerre était ainsi engagée ; les deux partis arrivaient au résultat inévitable, lorsque les passions politiques et religieuses sont parvenues à un certain degré d'exaltation ; on se courait sus en toutes les provinces; les alliances étaient traitées par chaque opinion à l'étranger: les catholiques et les réformés à quelques nations qu'ils appartinssent, allaient paraître dans les batailles. J'ai précédemment indiqué la situation respective des deux religions dans les divers l'^tats de l'Europe. Dès que la lice était ouverte, il était facile de prévoir sous quel étendard chacune des puissances devait marcher. Philippe II avait des engagements avec la maison de Guise. Son ambassadeur à Paris avait particulièrement influé sur la résolution de guerre; il considérait le triomphe du catholicisme comme une victoire pour son propre pouvoir; il s'était obligé à secourir les catholiques avec ses doublons, persuadé qu'on viendrait à bout des calvinistes ; six mille arquebusier*: italiens et espagnols devaient entrer en France pour seconder la prise d'armes du duc de Guise *. Le pape était dans de semblables idées , et plus fortement prononcé peut-être ; il déclarait la guerre religieuse, se hâtait d'envoyer un légat ; il voulait donner à ces expéditions militaires le caractère sacré qu'avaient eu les croisades et les batailles contre les Albigeois. Le duc de Savoie partageait le même enthousiasme; la maison de Lorraine d'ailleurs, afin de l'engager par des intérêts positifs, lui cédait plusieurs villes à sa convenance sur la frontière.

Les huguenots avaient comme protectrice Elisabeth auprès de laquelle le prince de Condé entretenait un envoyé dont la correspondance nous reste encore. Un traité stipulait qu'elle fournirait six mille hommes , dont trois mille seraient placés en la ville du Havre de Grâce, pour la garder au nom du roi , « afin de servir d'asile à ses fidèles sujets persécutés pour la religion , et les trois mille autres dans les cités de Rouen et de Dieppe. » C'était une des alliances les plus utiles aux huguenots ^; ils avaient peu d'argent ; plus que jamais le caractère de l'armée était mercenaire ; les Suisses et les reîtres n'avaient pas une grande conviction religieuse , et se donnaient à qui

' « Je suis venu trouver la cour pour avoir moyen de parler à la roync; elle m'a fait grand merciement de l'ayde de 30 mille escus avec les trois mille piétons hispaignols et les trois mille italiens. Tous lesdicls Hispaignols sont pour cejourd'hui en France. » (Dépêches de Chantonney, folio 20i.)

* Voyez aussi : Protestation failc par la Toijne d' Angleterre, Londres, 1362.

62 PREMIÈRE GCERRE CIVILE.

payait bien et le mieux. Il y en avait sous l'un comme sous l'autre drapeau. D'Andelot négociait en Allemagne , et il promettait « trois mille chevaux et six mille piétons *. En tout cela, les étrangers, comme dit La Noue , frétilloient pour entrer en France. » Ils y étaient appelés par les deux partis; et s'il y avait alors quelque chose de n^,tional , c'était l'armée catholique formée de bons bourgeois , des confréries et du peuple, marchant sous leur bannière à l'image sainîe pour le maintien de la foi.

La lice était ouverte forte et 6ère ; le duc de Guise pénétrait en Normandie, siège principal delà huguenoterie ; car c'était là qu'elle recevait les secours d'Elisabeth. Voyant qu'il n'y avait d'appui et d'avenir que dans le parti catholique , la reine mère très-dévouée s'y ïnontrait extérieurement; elle écrivait à M. de Brissac une lettre pour être communiquée au conseil des échevins de Paris : « Surveillez bien les calvinistes ; je soupçonne que Meaux est infecté de l'hérésie ; prenez-y garde ^. » Le duc de Guise , infatigable, vint mettre le siège devant Rouen , ville alors pleine de presches et qui avait subi cette domination iconoclaste qui n'épargnait ni les monuments des arts ni les ornements des vieilles cathédrales. Un épouvantable massacre suivit la prise de la vaste cité vaillamment défendue par les ministres et les gentilshommes. La reine Catherine y était en personne. Elle écrivait encore à M. de Brissac : « Mon cousin, je suis devenue bon capitaine, car je suis allée à l'assaut avec M. le légat ^. « Là périt le roi de Navarre ; il y mourut d'un coup de balle , sans être regretté ni des uns ni des autres , condition de ceux qui abandonnent un parti pour passer à une autre couleur. Il avait cherché à donner toute espèce de gage aux catholiques. » Dans cette guerre, dit Brantôme, il se montra le plus animé , échauffé, colère , et prompt à faire pendre les huguenots, qui l'en haïssoient comme un beau diable*. » Le

' « La royne avoit nouvelle d'Allemagne et des apprêts dudict sieur d'Andelot ; même le sieur de Lorraine avoit esté adverli que d'Andelot avoit demandé passage pour trois mille chevaux et six mille piétons. » (Dépêches de Chantonney, fol. 204.) - Regist. de l'hôlel de ville, VII, fol. 136. — ' Ibid., fol. 124. * Brantôme, Antoine de Bourbon. — La version protestante veut qu'il soit mort dsns les sentiments de la confession d'Augsbourg. On fil plusieurs chansons sur sa Jinort dans le camp calviniste.

Ha, ha, ha, pauvre caillette, Tu sauras bien mesouan, Ce que valent prunes de Rouen Pour avoir tourné ta jaquette.

cardinal de Bourbon , quoique revêtu de la robe rouge et de la barrette de Rome, prit les armes et l'aînesse de la maison de Vendôme ; la huguenoterie de Jeanne d'Albret en avait fait exclure le prince de Béarn.

Blois secouait l'hérésie , tandis que le prince de Condé , par un mouvement hardi , se portait sur Paris. Cette attaque subite ne pouvait avoir aucun résultat; indépendamment de ce que la ville était défendue par une troupe considérable de soldats du duc de Guise, il était peu de cités en France qui fussent plus prononcées pour le catholicisme ; tout était organisé sous cette haute et grande influence : confréries , marchands et métiers. L'expédition du prince de Condé se borna donc à quelques démonstrations de batailies ; on se riait parmi les halles de ces impuissantes parades , et les plus prudents des gourgeois ne manifestèrent aucune crainte. Il y eut pourtant une ordonnance de 'vî'' le maréchal de Brissac aux prévôt des marchands et échevins, portant commandement de prescrire en son nom aux capitaines de faire visite et état de toute personne capable de porter les armes , soit gens de justice ou autres ; et mandement de la ville auxdits capitaines suivant l'ordre de monseigneur '. « On s'est moqué de cette entreprise , écrit Pasquier ; que celui qui avoit failii de prendre Corbeil , se vinst aheurter contre Paris. Et pour cette cause, court maintenant un commun proverbe : Prendre Paris pour Corbeil, quand après n'avoir pu venir à chef d'une petite entreprise on se promet de parvenir à une grande ^. » L'émotion était vive dans celte population des halles ; on n'y respectait pas même les ambassadeurs qu'on soupçonnait de favoriser les huguenots. Une dépêche de Chantonney , l'envoyé d'Espagne, rapporte une conférence qu'il a eue avec Trockmarton , ambassadeur d'Elisabeth , lequel quittait Paris à la suite des insultes du peuple catholique. Trockmarton lui avait dit « qu'il n'étoit ni bien vu ni assuré en ce royaume, attendu les rudesses qui lui ont été faites en entrant et sortant par les portes de cette cité, et la crainte d'être un jour saccagé en sa personne^. »

Les secours étrangers abondaient cependant, et tandis que les

' Regist. de l'hôtel de ville. MSS de Colbcrt, vol. CCLII, in-fol., page 208, verso,

' Est, Pasquier, lettre 18, liv. IV,

^ « Relation de ce que le sieur de Chanloiiney, ambassadeur du roy catholique en la cour de France, a parlé avec Trockmarton, ambassadeur d'Angleterre à P^ris^ le 2 août 1362. » (D.^péclics, fol. 163.)

catholiques saluaient les carrés de piques et d'arquebuses espagnols , le prince de Condé se retirait du siège de Paris pour recevoir les soudards d'Elisabeth et les mulets chargés d'argent qui devaient lui servir à payer les lansquenets. L'arrivée des Anglais et des Allemands porta la vie dans le camp des huguenots ; jusqu'ici il n'y avait eu que de simples estocades , point de batailles ; Catherine de Médicis voulait éviter un tel malheur qui appauvrissait de si bon sang le royaume, et toujours persévérante à la tête du tiers parti , la reine cherchait à prévenir les grandes crises et les chocs des combats. Mais les factions avaient alors le cœur enflé ; les secours qu'elles avaient reçus ne permettaient pas de trêves; des engagements étaient pris; on voulait aller jusqu'au bout. Catherine avait offert aux huguenots l'exercice public de leur foi nouvelle dans tous les lieux où ils l'avaient eu depuis redit de janvier, excepté à Paris, Lyon , les cités sièges d'un parlement ou d'un présidial et les villes frontières. La reine disait hautement: « On va leur porter des conditions si raisonnables que je ne conçois pas comment ils pourront les refuser*. » Catherine comprenait mal la situation des deux partis : les catholiques auraient désavoué des propositions que les calvinistes trouvaient trop resserrées et inacceptables. Quand l'heure a sonné pour les guerres civiles, il faut qu'on en vienne aux mains : on a soif de sang pour apaiser les premières émotions des masses.

Et cependant braves et loyaux gentilshommes , ils ne croisaient pas le fer sans courtoisie. Lorsque les deux armées se rencontrèrent à Dreux , il y eut comme spontanément une espèce de suspension de batailles : « Tous ces bons et valeureux carrés de lances, dit La Noue, restèrent plus de deux grosses heures à une canonnade l'une de l'autre; il ne s'attaqua aucune escarm.ouche : chacun alors se tenoit ferme , repensant en soi-même que les hommes qu'ils voyoient venir vers soi , n'étoient Espagnols, Anglois ni Italiens, mais François, voire des plus braves, entre lesquels il y en avoit qui étoient ses propres compagnons, pareus et amis, et que dans une heure il faudroit se tuer les uns les autres ; ce qui donnoit quelque horreur du fait , sans néanmoins diminuer le courage^. » EnGn on s'ébranla, et ces beaux sentiments n'empêchèrent de se battre pendant sept heures avec la

' Mémoires de Condé, tome IV. — Le LABOVRErB, tome II. ' JUémoires de La Noue, chap. i".

plus grande animosité. On y vit des prodiges de valeur ; le seigneur de Mouy, huguenot ardent , s'empara, à la tête de soixante chevaliers hardis, de toute l'artillerie et coulevrines du duc de Guise ; le connétable de Montmorency tomba captif, ainsi que le duc de Nevers , le duc d'Aumale , blessé. Les huguenots à leur tour furent rompus ; M. de Guise flt une merveilleuse charge de cavalerie , et le prince de Condé fut saisi et mené au camp des catholiques par le maréchal Damville. Dans ces drues batailles , le maréchal de Saint-André avait été pris , puis tué de sang-froid par les calvinistes. « Le malheur voulut qu'il soit tombé aux mains d'un gentilhomme duquel il s'estoit, pendant sa grande vogue , fait donner la confiscation pour un homicide commis ; et combien que ce don ne lui eust réussi pour les empêchements qui s'y trouvèrent, toutefois ce gentilhomme couvoit de longue main dans sa poitrine une vengeance; Dieu a permis que ce grand seigneur soit tombé lors à point nommé entre les mains de son ennemi , qui l'a traité de cette façon que je vous escris; qui est une belle leçon aux grands de n'abuser de leur crédit contre les petits , lorsqu'ils ont le vent en poupe '. » La bataille dura pendant plus de huit heures avec un acharnement dont il n'y avait pas d'exemple. I! existe encore plusieurs gravures contemporaines qui en reproduisent tous les accidents dans une piquante naïveté d'expressions: a La première charge de la bataille là où M. le connestable fut pris prisonnier ; la compagnie tant de M. le prince de Condé que des sieurs de Mouy et d'Avaret se jetant impétueusement au milieu de l'escadron des Suisses ; cornettes de reistres en deux colonnes tirant des pistoles contre les compagnies de M. Damville; cornettes d'Argoulet et les enfans perdus ensemble se jetant et tirant arquebusades contre l'escadron des Suisses. M. le connestable pris prisonnier par ceux du prince de Condé ayant reçu un coup de coutelas dessus la tête et un de pistole dans le menton ; sa compagnie se retire ; les autres la poursuivent ^. »

Le résultat politique de la bataille de Dreux fut de faire passer le

' Est. Pasqcier, liv. IV, lettre 18.

'■' Bibliolh, du Roi, cabinet des estampes ; règne de Charles IX. — Voyez sur la bataille de Dreux, indépendamment des Mémoires, Lettre du 22 décembre 1562, de deux Espagnols, contenant des relations sur ladite bataille. Dibliolh. du Roi.MSS fol. 2o3 et 2o4. Imprime dans hs Mémoires de Condé. Édit. 10-4", 1743, tome IV, pages 183 et suiv.

f56 PREMIÈRE GUERRE CIVILE.

pouvoir aux mains du duc de Guise, et par conséquent au parti f atholique extrême : le maréchal de Saint-André n'existait plus ; le connétable était prisonnier des huguenots ; dès lors des chefs influents deux avaient disparu de la grande scène : rien ne balançait plus l'autorité absolue des ardents catholiques. Au camp des calvinistes le même résultat était produit. Le prince de Condé, expression de la gentilhommerie provinciale et ménageant le conseil , était également pris par les catholiques , et Catherine exigeait qu'on en eût un grand soin ^ Elle écrivait à M. Dam ville : « Mon cousin , depuis votre parlement de ce lieu , j'ai avisé qu'il est plus que nécessaire que vous demeuriez auprès de mon cousin le prince de Condé , pour le garder sûrement , je vous prie donc d'en vouloir prendre la charge que le roy M. mon fils et moi vous en donnons , et de croire que c'est le plus grand service que vous puissiez nous rendre. Que nul ne le voie ni parle à lui , de quelle qualité qu'il soit s'il n'a lettre écrite de ma main *. »

L'autorité arrivait dans l'autre camp à la fraction austère des calvinistes, à Coîigny , à d'Andelot , au parti de Genève. Il y avait donc moins que jamais chance d'arrangement. Le sang versé n'avait point apaisé les haines ; on courait à de nouvelles batailles. Le combat de Dreux n'avait pas eu militairement des résultats décisifs ^ « Par

' « Forme observée pour le traitement de M. le prince de Condé. » MSS de Béîhune, \ol. cot. 8703, fol. 2. Imprimé dans les mémoires de Condé. Édit. in-4°, 1743, tome IV, page 182.

2 MSS de Bélhune, vol. cot. 8703, fol. 3.

3 Recueils anciens, 5ISS de Rassc des Neus, vol. A, page 112.

On chantait dans le camp des huguenots, sur le prince de Condé :

Le petit homme a si bien fait Qu'à la parfm il a défait Î.C5 abus du pape de Rome ; Dieu garde de mal le petit homme.

Le petit homme fait complot Âvecque monsieur d'Andelot D'accabler le pape de Rome ; Dieu garde de mal le petit homme.

Mais en contre lui s'éleva Un Guise qui mal s'en trouva, Défendant le pape de Rome ; Dieu garde de mal le petit homme.

Le pape prévoyant ce mal , Et sentant monsieur l'amiral Menacer le siège de Rome ; Dieu garde de mal le petit homme.

Envoya grand nombre d'escus Dedans Paris à ces cocus.

Qui avoicnt tous juré pour Rome ; Dieu garde de mal le petit homme.

Enfin bataille se donna.

Près de Dreux qui les estonna.

Et les fit fuir jusqu'à Rome ; Dieu garde de mal le petit homme.

PREMIÈRE GUERUE CIVILE. 67

quoi , dit Pasquier, tout ainsi que les catholiques ont fait procession générale dedans la ville de Paris, aussi ont fait les huguenots dans Orléans, prières publiques, rendant actions de grâces à Dieu de ce qui leur estoit advenu. Toutefois , s'il y a aucun qui ait rapporté quelque victoire , j'estime en ma conscience que c'ait été M. de Guise, en deux sortes , tant par la prise de M. le connestable , sien ami, que de M. le Prince, son ennemi. J'ajouterai encore, si voulez, par la mort de M. le maréchal Saint-André, parce qu'il n'aura désormais aucun compagnon et personnier de ses victoires *. »

Le duc de Guise fut reçu par le peuple de Paris avec exaltation ; il y eut fête parmi les halles. Aux rues , on renouvela toutes les pompes , les jeux des mystères dans lesquels on voyait chastelets pris, cités esforcées et maints huguenots captifs. M. le duc de Guise était devenu le maître de tout en cour ; la reine Catherine ne pouvait plus rien lui refuser ; il demanda un brevet de maréchal en blanc , pour le donner à qui lui conviendrait. On publia une grande promotion aux ordres de Saint-Michel , et Catherine dans son dépit écrivait : « Nous avons fait ce matin trente chevaliers, et dites après cela que nous ne faisons rien ^. » Le valeureux prince ne resta que peu de temps à se faire gratuler et festoyer de sa victoire. Il partit pour mettre le siège devant Orléans , capitale de la huguenoterie , car il aimait à dire : « Une fois le terrier pris où les renards se retirent , on les courra à force par toute la France. » Ce fut devant ce terrier défendu par d'Andelot que vint échouer et périr le Machabée du catholicisme, il avait vaillamment combattu en la prise des faubourgs, lorsqu'un gentilhomme Angoumoisin, natif d'Aubeterre , nommé Poltrot, choisit si à propos le lieu le moin§ armé qu'il le blessa en traître, à la jointure de l'épaule. M . de Guise fut emporté grandement navré en son logis ^. On accusa de cette trahison l'amiral Coligny qui

Loué soit Dieu qui des hauts cieux Remercié soit de tout homme

Nous donne ce bien précieux, Détestant le pape de Rome.

' Est. PasQiier, lettre 18, liv. IV.

* Chantonney en envoie la liste à sa cour. (Dépêches 138.)

* M. Robertet écrit de Blois, le 19 fc>rier 1363, au cardinal de Lorraine, sur la blessure reçue par son frère : « La blessure n'est rien du tout ; je l'ai vu depuis » quatre heures, son visage n'est pas changé : les médecins disent qu'il n'est eu »> aucun danger de mourir. »jMSS de Colbert, vol. XXIV, in-fol., n« 42. — M. de Fonlanieu doute de l'authenticité de celte lettre; «M. de Guise n'avoit pas été transporté à Blois, dit-il, et le 19 février, je crois qu'il étoit mort. »

avait voulu en 6nir avec le chef des calholiques ; Poltrot était un des familiers de M. l'amiral ' : il vivait sous sa tente, recevait l'impulsion et le commandement de Coligny . Calviniste exalté, il n'eut pas besoin d'être fortement excité pour tirer sur le tyran papistique un bon coup d'arquebuse. « Il vous faut donc entendre, écrit l'ambassadeur Chantonney , qu'il y avoit plusieurs jours que ce malheureux suivoit M. de Guise pour venir à bout de ladicte entreprise , de laquelle il se repentit ; et fut devers l'admirai de Chastillon , lièze, et leur dit qu'il ne pouvoit faire ce qu'il leur avoit promis , et Bèze se mil à le prêcher de telle sorte, en lui disant que s'il tuoit ledict sieur, il gagneroit le j)aradis, car il tucroit de ce monde le persécuteur des réformés^. » La blessure de M. de Guise ne fut pas considérée d'abord comme mortelle; il vécut trois jours encore faisant testament où il se proclamait le plus fervent des catholiques ^. Chef et aîné de la famille de Lorraine , il avait élevé sa maison à un haut degré de popularité , en la plaçant à la tète d'un des grands mouvements qui divisaient la société. Dans les temps de crise on ne prend de l'ascendant qu'en se jetant dans les extrêmes ; il est rare qu'un homme de modération s'élève haut ; toute la force des opinions passe à ceux qui marchent avec elles. Le jeune roi n'était plus qu'un nom , qu'un instrument ; au besoin , M. de Guise pouvait se passer de lui ; il ne craignait plus l'influence de Catherine ; il était devenu le centre d'un immense parli , de la résistance à l'action huguenote ; c'était avec lui qu'on traitait, c'était de lui qu'on recevait les garanties, comme c'était à lui qu'on les donnait; le roi d'Espagne, le pape, correspondaient avec le duc de Guise , parce qu'ils savaient que là seulement était la puissance populaire*; brave chevalier, homme de cœur et de conscience , ne visant pas précisément alors aux vastes destinées qui plus tard tentèrent sa maison. Sa grandeur naquit des incertitudes du pouvoir royal. Les catholiques n'ayant pas de position certaine et

' « Lettre écrite, le 12 mars 1562, à la royne i)ar M. l'aniira! en lui envoyant ses réponses à l'interrogatoire de Jean Poltrot, soi-disant seigneur de Méfé. » Bibliolb. de M. Fontanicu, recueil de pièces in-4'\ cot. P, 28S, pièce 18.

* Dépêche du 18 mars, fol. 281.

s Testame7it de M. le duc de Guise, MSS de Béthune, vol. cot. 8683, fol. 82, v».

♦ Cbanlonney sehàta d'envoyer un petit billet à sa cour pour annoncer la mort du duc de Guise à la minute même qu'il expirai le voici : « Cejourd'huy xxnne du présent mois, environ les 8 heures du matin, M. de Guise est trépassé, ce que j'ay sr u depuis mes lettres serrées; Dieu lui face paix. ))(Dcp.2'o.)

continue à la cour, se mirent sous la protection de son épée. Les partis n'aiment que les hommes qui se dessinent nettement ; avec eux seulement ils s'entendent. « Ce pauvre seigneur, écrivait Pasquier, est allé de vie à trespas , après que la royne a recherché tout moyen pour le garantir. Mourant il a fait plusieurs belles remontrances et exhortations au seigneur prince de Joinville son fils aîné. Son corps fut apporté dans Paris avec grandes lamentations. Ainsi mourut ce grand capitaine et guerrier, aimé et haï d'uns et d'autres d'une même balance, accompli certes de plusieurs grandes parties tant de la fortune que de sa valeur; il fut seigneur fort débonnaire, bien emparlé tant en particulier qu'en public ; vaillant et magnanime ; prompt à la main quand le besoin le requéroit, ne sçachant que c'estoit de crainte, et néanmoins si altrempé dans toutes ses actions que jamais la témérité ne lui fit outre-passer les bornes de ce qu'il devoit *. »

Jamais d'émotion plus forte dans le camp catholique que celle qui fut produite par cette mort du duc de Guise; les hostilités s'étaient suspendues d'elles-mêmes; on leva le siège d'Orléans; on ne pensait qu'à verser les larmes devant les châsses bénites ; toutes les églises de Paris furent tendues de noir avec blasons; mille cierges brûlaient; les confréries, les métiers, se rendaient nuit et jour autour de son cercueil ; on célébra ses obsèques dans toutes les paroisses, et les moines firent des fondations pour son âme. il n'y a rien comme les partis pour avoir l'instinct de leur perte; ils en expriment toute la grandeur par leurs sympathies de deuil !

On lit dans les registres du parlement l'ordre tenu au convoi de monseigneur François de Guise. Vingt-deux sergents de la ville portaient les armoiries ; un d'eux criait coup sur coup : « Nobles et dévotes personnes, priez Dieu pour i'àme de très-haut, très-puissant, très-magnanime, très-illustre et belliqueux prince François de Lorraine, duc de Guise, lequel est mort faisant service à Dieu , au roy et à sa couronne. » Et puis on voyait foule de bourgeois armés de

' On pu'nliaun plus grand nombre de complaintes :« Regret sur le décès du (rcsjlluslre, Irès-magnanime, et irès-cotboliiiue prime François de Lorraine, duc de Guise, pr.ir et grand chambellan de France. » Bibl. du Roi, liasse pour former un recueil de pièces in-4", cot, L, O'il , pièce 8. — « Le saint et pitoyable discours comme ce bon prince se dispoî-a à recevoir le sainct sacrement de l'autel et l'exlrêmeonclion, et des regrets et coniplaincies que firent les capitaines et soudards après ([u'il fut décédé. » Bibl. du Roi, liasse pour former un recueil de pièces in-i°, col- L, Gil, pièce 7.

70 PBE5IIÈRE GUERRE CIVILE.

torches ardentes ; et les arbalétriers, arquebusiers, les capitaines de dizaines, leurs lieutenants ; huit cents piquiers de la ville ; bourgeois cinq à cinq, ayant corselet et bourguignotte ; les archers, arquebusiers et arbalétriers de l'hôtel de ville, avec leurs hocquetons argentés. Arrivaient ensuite les clercs de Notre-Dame avec les autres ; après marchaient douze personnes ayant chacune un taborin sur les épaules, couvert de drap noir. Un beau chariot recouvert de velours noir avec une croix, de satin blanc renfermait le corps ; foison de gentilshommes tant de la maison du roi que de celle dudit prince le suivait ; les prévôt des marchands et échevins , conseillers, quarteniers, cinquanteniers, dizeniers, bourgeois et marchands de la ville au nombre de quatre cents environ , et un peuple infini , tous larmoyants la perte publique d'un si vertueux prince '. Poltrot, qui l'avait tué d'un coup d'arquebuse chargée de balles empoisonnée)*, fut tenaillé et tiré à quatre chevaux, son corps brûlé, la tête fichée au bout d'une pique dans la place de Grève ^.

Le prince de Condé et le connétable de Montmorency , également prisonniers, le premier dans un camp et le second dans l'autre, songeaient à un arrangement. La tête du parti catholique ayant disparu, Catherine prenait encore une fois la direction du conseil et lui imprimait son caractère; il y a^ait fatigue des batailles, et la reine profilait de l'ascendant qu'elle avait sur le prince de Condé ; elle le flattait, le conjurait de mettre un terme aux maux du royaume; elle l'entourait de ses filles d'amour que le petit homme aimait par-dessus toute chose ; « Le connétable et M. le prince n'appréhendoient point tant la querelle du public, que leur liberté ne leur fût plus chère, » dit Pasquier. Toutes ces causes secondaient une trêve.

Catherine de 3Iédicis écrivait chaque jour au connétable de Montmorency, lui demandant des nouvelles de l'armée du prince de Condé et des siennes ; « et avec toute sûreté abrégez cette guerre, car nous n'avons plus moyen de l'entretenir à la longue ^ ; » et quelque temps

' MSS de Baluze, in-fol., cot. «o"/,, 238, page 't.

» Regist. de l'iiùtel de ville de Paris. MSS de Colbert, vol. CCLII, in-fol,, page il2. Une gravure représente le sieur Jean Poltrot , dit d.' Méré, » qui pour avoir tué monseigneur de Guise devant Orléans, est tiré à quatre chevaux, et dcniembré en la place Saint-Jehan de Grève, à Paris. » Bibl. du Roi, cabinet dos estampes ; règne de Charles IX.

* JMSS de Bélhune, vol. col. 8694, fol. 48.

après « fut expédié un sauf-conduit de M. le prince de Condé à M. de 3îontmorency et à l'évêque de Limoges pour négocier du fait de la paix avec les députés dudit sieur prince au lieu de Longjumeau *. » Des lettres respectives du prince de Condé et de l'amiral à M. de Gonnort devaient lui servir de passage et licence dans l'une et l'autre armée ^. Enfin , au mois de mars 1563, eurent lieu les conférences définitives entre le prince de Condé et le connétable de Montmorency; pendant la trêve , les preux adversaires devaient rester tranquilles et ne se préjudicier en rien ^. »

il ne faut pas croire que ces négociations fussent populaires. La cour, le prince de Condé, quelques fractions de la noblesse et des gentilshommes pouvaient bien désirer un arrangement qui ramenât la paix et les fêtes , les tournois , les pas d'armes et les joutes ; mais la masse du parti calviniste en repoussait l'idée, à moins qu'il n'y eût de larges garanties, la pleine et entière liberté de conscience. D'Anùelot et les ministres austères restaient la ferme expression de ce parti. C'est sans leur participation que fut conclue la pacification d'Amboise ; traité politique par lequel en quelque sorte la gentilhommerie provinciale s'isolait du puritanisme de Genève. Cet édit modifiait légèrement celui de janvier 1562 : « Toutes les injures provenant des troubles sont remises et pardonnées ; tous arrêts et jugemens donnés contre ceux de la religion, cassés ; chacun d'eux rendus en ses biens, prérogatives et dignités. Le prince de Condé, l'admirai et autres seigneurs de leur association, tenus pour bons et loyaux sujets du roy ; et tous les deniers par eux levés pour le deffroi de la guerre, alloués. Ils déposeroient es mains du roy les villes par eux prises, esquelles toutefois il leur seroit loisible d'exercer leur religion , et quant aux autres, leur seroit .issigné en chaque siège présidial une \'û\e pour l'exercice d'icelle ; fors et excepté dans la ville, prévosté et vicomte de Paris, en laquelle néanmoins nul ne pourroit être recherché de sa conscience pour le fait de la religion. Pourroient les barons, chastelains, hauts justiciers et seigneurs tenant pleins fiefs de haubert, exer-

' MSS de Béthune, vol. col. 8694, fol. 90.

'■^ Bibl. du Roi, MSS col. 24, fol. 13, recto, imp. dans les Mémoires de Condé, édit. de 1743, iii-4", tome IV, page o3. — « Lellre du prince de Condé à M. de Gonnort, servant de passe-port pour venir traiter de la paix. » MSS de Colbert ,, vol. XXIV, in-fol., n. 1.

* MSSdcBhétune, vol. cot.87o2, fol. 76.

eer leur religion en leurs maisons avec leurs sujets qui , librement et sans contrainte, s'y voudroienl trouver, et autres seigneurs ayant simples fiefs pour eux et leur famille seulement. Défense à ceux de la religion de troubler les ecclésiastiques en leur bénéfice, ni en leur service divin. Et prend le roy les uns et les autres d'une même balance en sa protection et sauvegarde , comme ses vrais et loyaux sujets * . »

On ne peut dire les clameurs qui s'élevèrent contre le prince de Condé à l'occasion de ce traité ; les ministres calvinistes, Bèze, d'Andelot, tout ce qu'il y avait de croyants et fanatiques dans cette armée protestèrent hautement, menaçant même de ne point exécuter l'édit de pacification. Mais isolé, séparé de la noblesse, que pouvait le parti puritain? Pouvait-il se remettre aux champs, abandonné comme il l'était par la fraction des hommes de fer , si vaillants dans les batailes? Quant au parti catholique, quoique un moment frappé par la mort du duc de Guise, il voyait avec douleur la liberté accordée aux prêches , et le triomphe de la huguenoterie. Dans une société où le principe religieux dominait profondément, les prêches ne pouvaient pas plus s'élever à côté des cathédrales que dans la période politique les couleurs d'une faction à côté du drapeau du pays.

* « Edict et déclaration faits par !e roy Charles IX, sur la pacification des iroubles de ce royaume, le dii-ncuvième jour de nîars 1363. » Impr. par Jean Daïnian. — FoNTANON, tome IV, page 272.

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