‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IVChapitre 106 sur 144 · TROISIÈME PÉRIODE DE LA RÉFORME EN EUROPE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PÉRIODE DE LA RÉFORME EN EUROPE

Les Vaudois des Alpes. — Leur liberté religieuse. — Les Pays-Bas révoltés. — Philippe IL — L'E-pagne catholique. — L'Angleterre sous Elisabeth. — Réforme en Ecosse. — Marie Siuart. — L'Allemagne. — La Suisse. — Genève. — Calvin. — Mort du réformateur.

La lutte philosophique, qui se produisait éclatante dans les conciles et les écoles luthériennes , se traduisait par les armes dans la multitude; celle-ci restait indifférente à ce choc de disputes trop élevées pour que les intelligences des masses pussent les saisir. Le peuple catholique ou réformé se groupait autour de deux idées Gxes : le premier demandait à combattre pour conserver la vieille suprématie de son église , son culte pour des saints et des confesseurs ; le second appelait le libre exercice de sa foi nouvelle, souvent sa domination, et prenait les armes pour les conquérir.

Tandis que la guerre religieuse éclatait en France , les Vaudois expulsés de la Provence avaient cherché un asile dans les vallées profondes du 31ont-Cenis, de Luzerne, de La Pérouse et de Freissinière, lieux déserts qu'ils défrichaient de leurs mains. Sans adopter toutes les opinions des calvinistes et de l'école genevoise, les Vaudois les avaient saluées comme une réformalion de mœurs et de doctrines; tous professaient la simple croyance des Albigeois , ces traditions pures des pauvres de Lyon qui se retrouvaient alors dans beaucoup de campagnes du Midi. Le duc Emmanuel venait de reprendre possession de son duché de Savoie par le traité de Cateau-Cambrésis, sous la main du pape et du roi d'Espagne. Sa plus vive sollicitude fut

donc de rétablir la foi catholique, dont ces deux tètes si hautes étaient la grande expression. L'inquisition se montra d'abord à Carignan; elle imposait la nécessité d'une soumission immédiate à l'église romaine ; et l'on vit l'appareil des supplices dans les vallées, lis furent quelque temps suspendus par l'équitable protection du comte de Raconis, jusqu'à ce que là, comme partout ailleurs où il était attaqué, le catholicisme recourût à la violence *.

Quand les armes grondèrent menaçantes, les Vaudois se divisèrent en deux partis : les uns, les plus modérés , résolurent d'abandonner leurs retraites paisibles, leurs champs bien cultivés, et vinrent se mettre sous la protection des Suisses; les autres, exaltés par des ministres plus ardents, se préparèrent à la résistance. La lutte commença, et les Vaudois, se retranchant dans leurs inexpugnables montagnes, s'emparèrent de tous les défdés. Par un traité d'alliance simple comme tous les actes des pasteurs, les Vaudois qui restaient encore sous la domination de la France s'unirent à leurs frères de Savoie, et ces nouvelles forces changèrent la face de la guerre. La victoire leur demeura après d'incroyables efforts et de glorieux combats. Une convention, immense dans ses résultats, fut de part et d'autre signée. On accorda aux Vaudois pleine et entière liberté de conscience : ils devaient jouir de la faculté de s'assembler pour entendre leur prêche et la voix de leurs ministres ; ils pourraient désormais avouer tout haut leur croyance sans en répondre sur leur vie et sur leurs biens; amnistie était concédée pour le fait de la guerre en même temps qu'on leur restituait les champs cultivés de leurs labeurs et les troupeaux*.

Au pied des Alpes la liberté de conscience était proclamée , et les Pays-Bas se levaient également pour la conquérir. J'ai plusieurs fois décrit l'organisation fière et libre de ces municipalités de bourgeois et de métiers. Philippe II en avait confirmé le gouvernement à Marguerite de Parme , sa sœur naturelle , femme de modération , mais qui suivait avec une fidélité scrupuleuse les instructions secrètes émanées deSan-Lorenzo. Les motifsd'une surveillance inquiète avaient porté Philippe II à introduire dans les Pays-Bas l'inquisition, police nécessaire dans ce grand mouvement qui menaçait l'Église. L'insti-

' De Tnou, dans son Histoire, s'est parliculièrement occupé de celle vaste école des Vaudois, ad ann. laGl, liv. XXVIl. * De Thoc, ad ann. I06I, liv. XXVII.

tulion de ce tribunal , la multiplication des évêchés , brisaient tout d'un coup les antiques privilèges des corporations et des métiers, les droits de la noblesse qui là se mêlaieut aux vieilles chartes des villes. Le refus d'accepter le concile de Trente fut le premier acte de la révolte des Flamands. La politique du roi d'Espagne était de dompter par l'action religieuse cette puissance des communes et des nobles qui avait troublé la vaste domination de Charles-Quint. L'opposition se manifesta dans la Flandre comme elle s'était partout montrée ; on protesta par écrit contre le despotisme religieux, et le comte d'Egmont fut envoyé à Madrid pour exposer à Philippe II les justes plaintes de ses provinces. Le comte, qui était à la tête du parti modéré et national , demanda cette liberté de conscience partout réclamée comme un droit, et l'abolition du saint office. En réponse le roi d'Espagne déclara qu'il fallait se soumettre sans conditions aux édits de Charles-Quint et au concile de Trente, à la royauté absolue et au catholicisme dans sa pureté ^

Pendant ce temps la Flandre fermentait. La prédication réformatrice avait fait d'immenses progrès, et là sa cause s'unissant aux franchises nationales, il se forma une ligue secrète, tout à la fois religieuse et politique, pour défendre la liberté de conscience et les prérogatives du pays. Cette ligue se formula en une réclamation apportée à la régente par quatre cents des nobles et des magistrats communaux, à la tête desquels se trouvait le comte Louis de Nassau. On y rappelait ce principe fondamental de la constitution du Brabant : « que si le souverain violoil quelques-uns des principaux articles deses chartes, le peuple se trouveroit dégagé envers lui de tout serment de fldélité ^. » Cette fière requête dut être envoyée en Espagne afin d'obtenir une prompte et franche réponse, une réparation aux griefs dont on se plaignait. La multitude des villes n'attendit pas la satisfaction qu'elle sollicitait à Madrid ; les prédications anabaptistes et celles de Calvin avaient enflé les cœurs, et, tandis qu'on tentait de leur imposer l'inquisition , les métiers se révoltèrent dans plusieurs cités , renouvelant toutes les actions furieuses qui avaient signalé la présence des calvinistes. Les monastères furent ouverts à quiconque

' Collection de papiers historiques et politiques du temps de Philippe II. Bibl. Royale de Madrid, dans la pièce des manuscrits, H. 1.

* Strada, De bell. Belgic. Il vient d'être public à Bruxelles une curieuse collection de pièces neuves et diplomatiques sur cette époque.

voulait renoncer aux vœux de continence. On en expulsa les religieux qui persistaient dans leur serment aux pieds des autels. Les statues des saints furent mutilées; les objets de la vénération publique dispersés dans les rues et souillés de boue *.

La sédition de quelques villes, cette première guerre des gueux réunis autour de l'étendard où brillèrent depuis la besace et Vécuelle^ n'avaient eu rien d'unanime et par conséquent rien de redoutable. Cambrai, Anvers et Tournai, ces trois têtes de la révolte, abaissèrent leur front, et l'autorité espagnole y fut rétablie. En cette circonstance, la régente avait suivi le parti des nobles modérés et conciliateurs. Elle désigna le comte d'Egmont et le prince d'Orange pour négocier, par des concessions, un traité d'union et de paix publique qui, satisfaisant en quelques parties les griefs du peuple, éviterait à la monarchie espagnole une séparation d'avec ses provinces de Flandre, car celles-ci couraient à leur liberté.

Ces desseins étaient connus de Philippe II ; la réforme se liait à l'affranchissement politique, et dès lors il était dans le caractère d'un prince plein de la grande idée de son pouvoir, tout dévoué à la défense de l'unité catholique, d'opposer ses forces au mouvement séditieux qui se préparait. Les archives de Simancas signalent celte activité de correspondance et l'inquiétude qui pressait le monarque, tout à la fois en présence d'une insurrection de Mores à Grenade, des fiers Aragonais, et de cette révolution de Flandre, calmée un moment, mais qui faisait ses conditions ^. Le conseil du roi d'Espagne se divisait en deux fractions : l'une, à la tète de laquelle se trouvaient le duc de Feria et Ruy-Gomez, penchait vers un système de ménagements; l'autre, qui comptait le duc d'Albe et le cardinal Granvelle, voulait marchera une répression violente; celle-ci entrait trop bien dans les idées et les sentiments de Philippe 3Î pour que le dernier avis ne fût pas préféré, et le duc d'Albe fut choisi pour commander la guerre de Flandre ^.

Vieux général des bandes victorieuses de Charles-Quint, e duc d'Albe quitta l'Espagne pour se porter dans les Pays-Bas ; il s'era-

' Wander-Hameu, Histoire de Philippe II, page 115.

^ Voyez les pièces de Simancas, aux années I06O à 1368, dans les archives du royaume, cotées B, 29 et suiv.

^ Pour ne point séparer les événements, je suis les faits de la révolution de Flandre jusqu'à la campagne du duc d'Albe. 1568-13G9.

barqua à Bayonne et vogua vers l'Italie ; tous les débris de la célèbre infanterie du grand empereur abandonnèrent Napk^s, le Milanais, la Sardaigne, et vinrent se ranger sous les drapeaux du duc d'Albe aux pieds des Alpes; de là, traversant bientôt la Franche-Comté, la Bourgogne et la Lorraine, ils arrivèrent après des marches longues et pénibles sur les frontières de Flandre. La régente Marguerite connaissait cet impitoyable caractère du duc d'Albe. Entourée du parti de la noblesse, des comtes d'Egmont et de Horn, elle craignait de voir briser par le fort gantelet d'Alvarez toutes ces petites intrigues qu'elle faisait mouvoir avec tant de soin pour aboutir à une pacification modérée. Elle écrivit à Philippe II son frère « que tout étoit calmé, qu'on rétablissoit les églises ; les images des saints étoient restaurées, les monastères rentroient dans leurs biens ; que vouloit-on exiger du peuple? » Philippe II répondit en donnant au duc d'Albe les pouvoirs les plus étendus. Ses instructions secrètes portaient « qu'il eût à se débarrasser de tous les chefs qui avoient pris part, soit à la révolte armée, soit à la résistance morale, lesquelles avoient empêcher le triomphe absolu des croyances catholiques '. »

Toute la haute noblesse avait eu l'instinct de ces sanglantes instructions; elle s'était dispersée en Allemagne, en Angleterre, en France même, au temps de la paix. Les comtes d'Egmont et de Horn seuls s'étaient confiés à la protection de la régente, qui ne put les sauver. Ils portèrent leur tète sur l'échafaud tendu de noir, maudissant les secours qu'ils avaient prêtés autrefois à cette royauté qui savait ainsi les récompenser de leurs nobles services. Le saint office fut établi avec sa surveillance et ses pouvoirs ; les villes perdirent tous leurs privilèges. Sur les ruines de l'hôtel de Culembourg, lieu de réunion de la ligue contre l'Espagne, il dut s'élever une haute colonne pour perpétuer le souvenir de la révolte du peuple et de la violente répression qui avait couronné la campagne du duc d'Albe dans les Pays-Bas -.

Ce système tout catholique formait la politique de Philippe II ; il l'avait adopté moins par conviction, quoique son caractère sombre le portât naturellement au fanatisme, que par position au centre ^'un mouvement réformateur qui menaçait l'Église ; son habileté consista partout à opposer le clergé aux communes et à la noblesse, à tout sou-

• Pièces historiques du règne clc Philippe II. Real. Bibiiolb. Madrid, salle des niajiiiscrits, II. i, ' SinAPA, dehello BeUjic.,adann. i^(}i,ioQ7.

mettre à cette action de la police de l'inquisition qui était sa propre police. Philippe II veillait avec un soin particulier à ce que l'hérésie ne pénétrât point dans ses domaines ; il proscrivait les livres de Luther, môme les expressions les plus modérées du parti philosophique. Il venait de recevoir avec un enthousiasme respectueux le titre de vicaire du pape dans la Péninsule; et comme il avait constitué une société toute catholique, ce titre lui assurait l'exercice du pouvoir absolu. Dans ces circonstances commença le sinistre procès de don Carlos. Le drame et le roman se sont emparés de cette lamentable histoire ; ils ont attribué à la jalousie et à un amour sans vérité le résultat d'un acte politique, d'une concession faite à l'unité du catholicisme, exigeant que tout ce qui menaçait «on avenir fût sacrifié à ses craintes et à ses soupçons. Les pièces qui restent de ce procès \ les correspondances de Philippe II indiquent que l'héritier présomptif de la couronne ne manifestait pas cette ferveur religieuse, cet attachement aux doctrines romaines et monacales que le parti catholique voulait préserver en Espagne. Don Carlos était en rapport avec la fraction modérée du clergé espagnol et de la noblesse, applaudissant, sinon à la révolte, au moins aux libres plaintes de la Flandre; il devait diriger ce mouvement des cités. Ses lettres qu'il adressait à la reine d'Angleterre, prévoyant dans l'avenir un triomphe possible pour les nouveautés de Luther, appelaient appui et sollicitaient même un mariage avec Elisabeth, alors à la tète des progrès de la réformation. On lui supposait également le projet de s'unir à une des filles de l'empereur Maximilien II, pour prendre en main la cause protestante qui s'étendait en Allemagne et dans les Pays-Bas. Tout cela était des crimes irrémissibles aux yeux du parti catholique. Il fallait frapper. La mort de don Carlos fut un acte cruel ^ ; mais dans la marche des événements et des partis, les

' Le document le plus curieux sur la mort de don Carlos porte ce titre espagnol : « Relation de ce qui est arrivé dans les prisons du prince des Asturies, don Charles d'Autriche, fils du roi Philippe II; par un huissier de la chambre dumêraeprince, qui était présent. «C'est une petite brochure qui se trouve ausccrétarint d'Élatà Madrid.

2 II y avait à Simancas, dans l'intérieur dune des tours du château, un coffre de noyer fermant à trois clefs. Ou croyait généralement que ce coffre contenait les papiers relatifs à l'emprisonnement et à la mort de don Carlos ; c'était la cause du soin tout particulier qu'on mettait pour sa conservation. Lorsque les armées françaises pénétrèrent dans la Péninsule, les Espagnols profitèrent de cette circonstance pour faire ouvrir le coffre, et on y trouva seulement les pièces de la procédure criminelle de don Rodrigo de Calderon, dont on fit l'inventaire, lequel inventaire est sans imporlance. Ce coffre avait été envoyé à Simancas le 22 juin 1623 par Philippe IV.

hommes ne s'appartiennent pas. Quand on se pose au centre d'une opinion, il faut subir son pouvoir, jusqu'à ce point d'adopter, non-seulement ses intérêts, mais encore ses plus atroces caprices. La place qu'avait prise Philippe II ne lui permettait pas d'hésiter. Les sentiments de son fils, héritier de ses vastes domaines, étaient une menace pour l'avenir de la monarchie catholique ; on le sacrifia à sa perpétuité '.

La solennité que mit Philippe II à annoncer les mesures prises contre Carlos ; les lettres écrites à chaque ville municipale , aux évêques et archevêques, montrent assez dans quel esprit la sanglante condamnation fut prononcée : « Le service de Dieu, répète Philippe II, et ce que je dois au bien de mes sujets ne me laissent pas maître de tolérer la conduite de mon fils ^. » Toutes les lettres en réponse sont brèves, obscures. Celle de Murcie dit seulement: « Votre majesté a si bien gouverné son royaume, elle a maintenu ses sujets dans un tel état de paix; elle a donné un si grand accroissement à la religion, qu'elle a dû ne se décider dans une question qui la touche de si près que parce qu'elle a eu en vue le service de Dieu et le bien général de ses peuples. » Le caractère de don Carlos était tout anticatholique ; une lettre du docteur Suarez, adressée à ce jeune prince , est ainsi terminée : « Votre altesse peut s'imaginer ce qu'on dira d'elle lorsqu'on saura qu'elle ne se confesse pas et qu'on découvrira d'autres choses terribles sur son compte, et quelques-unes sont de telle nature que si elles regardoient tout autre personne que votre altesse, le saint office seroit dans le cas de rechercher si elle est chrétienne ou non ^. » On s'explique donc très-bien, en face de la ferveur catholique, la mort d'un prince jeune et passionné pour les nouveautés proscrites.

La ligue de Flandre , un moment abaissée, s'était mise en rapport avec la France pour y appeler appui. Il y avait trop de désordres dans celte cour de guerre civile pour qu'on écoutât ces propositions, si favorables pourtant à l'agrandissement monarchique , et qui pouvaient rattacher les villes de Flandre domptées par Philippe-Auguste.

' Voyez l'ouvrage du père Kircher : Principis christiani Archetypon poliliatm, lib. 2, cap. 4. On y trouve plusieurs lettres de Philippe II à Honoré de Juan , précepteur de don Carlos.

^ Lettres de Ferdinand V, Philippe II et Philippe III. Real. Bibiioth. de Madrid, D, 118, 144, lo.3. H. o, R, 29. X, loT.

' Elle est datée de Pâques (18 avril) loOS. — Pièces du procès de don Carlos,

L'Espagne était avec le parti catholique , lequel dominait encore la cour de Charles IX ; les Flamands espérèrent vainement des secours efficaces. L'ambassadeur d'Espagne écrivait chaque jour à Philippe II pour le tenir au courant de ce qu'on faisait en Flandre et de ce que le conseil de la reine régente avait résolu. Un édit môme de Charles IX défendit sous peine exemplaire de porter des armes aux rebelles des villes'. Alors les Flamands au désespoir députèrent en secret vers la reine Elisabeth.

Depuis les grandes divisions de l'Allemagne et les intrigues de la maison de Guise auprès des luthériens, Elisabeth était devenue la plus intime protectrice des calvinistes de France. La querelle était si puissamment religieuse en Angleterre qu'il fallait se mettre là , comme partout ailleurs , à la tête d'une des fractions qui divisèrent la société après la réforme. Elisabeth avait pris en mains le protestantisme comme Marie Stuart l'opinion catholique, et quand je raconterai les rivalités d'Ecosse et d'Angleterre , j'effacerai tout ce que le roman ou le théâtre ont attribué à la jalousie pour un poétique comte. En temps de partis, je le répète, qu'est-ce que l'influence d'un cœur d'homme ou d'une tète de femme? Les masses sont derrière qui vous pressent, et l'on n'est quelque chose que lorsqu'on se fait leur expression. IMarie Stuart était la personnification du principe catholique; elle voulait le faire dominer, non-seulement en Ecosse, mais encore ailleurs , comme elle le dit mystérieusement dans une lettre originale au roi Philippe II, conservée aux archives de Simancas. Elle lui demandait aide pour le triomphe de ce principe social '.

Deux opinions luttaient contre Elisabeth à son avènement à lacou-

' Recueil de Fontanon, ad ann. 1568.

* a 31. mon bon frère, l'affecUon de laquelle vous vous êtes toujours employé pour le maintien de notre religion catholique, m'a fait ci-devant rechercher votre aide, prévoyant ce que maintenant est advenu en mon royaume, qui tend à l'entière ruine des catholiques, l'établissement de ces mallieureuses erreurs auxquelles voulant résister, mon mari et moi, serions cii danger de perdre notre couronne, et par même moyen le droit que prétendons ailleurs , si nous n'avons l'aide de l'un des grands princes de la chrétienté. Je vous envoie un gentilhomme anglais catholique, et fidèle serviteur de nous, pour rendre compte de l'état des affaires, vous suppliant de lui donner crédit comme à nous-mesme, cl le dépêcher bientôt, car les occasions sont pressantes et nécessaires, et pour la conservation de notre couronne et la liberté de l'Église, guidé par vous, nous n'espargnerons vie ni Estât. » (Archives de Simancas. B, 18 ''".)

Glascow, le 10 seplenibic 156i>.

ronne : le catholicisme et la réforme sévère des puritains morcelée en tant de sectes. Toutes les conspirations, tous les mouvements de celte époque reposent en Angleterre sur celte double base religieuse. Les actes, chartes et ordonnances ne s'occupent que de doctrines et de formules cléricales. Elisabeth commençait à régner, et on renouvelait les peines inflexibles, les implacables proscriptions des bills précédents, envers tous ceux qui brigueraient, obtiendraient ou exécuteraient les bulles ou indulgences de la cour romaine, leurs suppôts ou fauteurs. Il y eut statuts de trahison contre les hommes et les femmes qui recevraient ou introduiraient des agnus dei, des croixy des chapelets, des chasses bénies par l'évêque de Rome. De cette intolérance bizarre on passa au despotisme. Tout sujet fut forcé «ie prendre la communion sous les nouvelles espèces, et ces prescriptions étaient accompagnées des peines de mort ou de confiscation de biens. Puis, on vota le bill de suprématie en faveur d'Elisabeth ainsi revêt'.je de la plénitude des pouvoirs.

Dans cette situation, ce n'était pas la grande liberté de conscience que la reine Elisabeth pouvait proléger, mais l'omnipotence de la réforme. Quand elle tendait la main aux calvinistes en France, quand elle promettait des secours aux Flamands révoltés, elle cherchait à créer la souveraineté du protestantisme, parce qu'elle-même, reconnue comme la protectrice de cette nouvelle foi, s'élevait à un immense degré d'autorité dans un monde où le principe religieux dominait encore. La génération actuelle peut voir avec dédain les querelles pour des dogmes qu'elle ne s'explique plus ; mais qu'elle se transporte en celte société d'alors, avec sa foi, sa croyance, elle comprendra que ses principes aient mis les armes à la main à des populations entière*. Je reviendrai sur les guerres de Flandre; elles furep.t longues, laborieuses; ia liberté ne s'acquiert que par les sueurs et le sang. Il fallut encore subir bien des cruautés du duc d'Albe, bien des maux et des batailles pour conquérir l'indépendance religieuse. La société est un état de travail pour les races d'hommes comme pour les individus; elles n'obtiennent un peu de bien-être et des éléments de sécurité qu'après des travaux inouïs.

La Suisse, toujours divisée, n'offrait pas un ordre plus parfait dans la marche des opinions. La réforme avait jeté mille doctrines en confusion, constitué une espèce de chaos intellectuel au milieu duquel l'esprit despotique de Calvin cherchait à formuler un gouvernement.

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