II. G
s 8 TROISIÈME PÉRIODE DE LA RÉFORME EN EUROPE.
C'est la seconde période des révolutions qui remuent profondémen les masses. Les hommes de capacité qui s'en emparent, veulent raffermir le sol tremblant, et pour cela ils ont besoin d'une autorité violente. Ce ne fut pas seulement le caractère absolu de Calvin qui l'entraîna dans ces luttes contre les innovations hardies des sectaires aux dernières années de sa vie; il fallait mettre un" terme à des démolitions sans fin ; Calvin posa des principes, les identifia aux bases du gouvernement de Genève, et puis, tout ce qui attaqua ses principes fut considéré comme une rébellion au gouvernement même. La république de Genève devint un système aussi fièrement religieux que le catholicisme; elle eut ses formulaires, ses lois impérieuses. Calvin en fut la personnification. Il constitua à côté des ruines, et voilà pourquoi il dut briser tout ce qui s'opposait à sa pensée ; il y eut sans doute de la haine de docteur dans ses implacables poursuites contre Servet, Gruet et Castallion ; mais il y eut plus encore une nécessité. Où s'arrêter lorsque tant d'intelligences remuaient autour de lui les idées sociales sans poser de limites à la raison superbe? Il n'y avait plus de gouvernement possible, et Calvin, caractère de pouvoir avant luut, prévit le danger et le combattit. Sa vie fut une lutte perpétuelle, une angoisse prolongée. Sa tèle d'ordre et d'organisation cherchait à réparer les ravages des doctrines, à jeter un point d'arrêt ; il obliat un résultat pour la république de Genève, où le principe religieux se perpétua dans le principe politique. On a fait souvent le parallèle littéraire de Calvin et de Luther, jeu puéril dont on s'occupait beaucoup dans les grands jours du bel esprit. Il est un rapprochement plus haut à tracer : Luther fut le commencement d'un système dont Calvin se proclama le dernier terme; l'un démolit, l'autre organise; il y avait dans l'un l'inquiétude d'un esprit fatigué par l'ordre de choses qu'il voulait secouer ; dans l'autre, l'irritation d'un caractère alarmé des innovations qui le dépassent ; tous deux maladifs, parce que les vastes œuvres du genre humain dévorent les entrailles ; tous deux succombant sous la parole, sous le travail, au milieu des sueurs et des souffrances ; comme si Dieu avait condamné le corps à expier cette faible lueur de génie et de grandeur qu'il jette au hasard dans quelques tètes d'hommes *!
' Calvin mourut le 27 mai 1564,